Marie de Bretagne Avaugour, duchesse de Montbazon (1610-1657)

mariedebretagne
Née en 1610
Baptisée le 21 octobre 1615 à Saint Maurice, Angers
Décédée le 28 aout 1657
Inhumée à église des Bénédictines de Montargis (Loiret)

Marie de Bretagne Avaugour est le premier enfant né de l’union de Claude de Bretagne Avaugour, comte de Vertus, et de son épouse Catherine Fouquet de la Varenne.

 Par son père, elle descend en droite ligne de François baron d’Avaugour, bâtard du duc de Bretagne François II, et de sa maîtresse Antoinette de Maignelais (François II fut le père de la reine Anne de Bretagne, femme de Charles VIII et de Louis XII).

 Par sa mère, elle est en relation étroite avec la famille royale, puisque son grand père Guillaume Fouquet, marquis de la Varenne avait été un ami fidèle d’Henri IV, qui en fit son écuyer, et surtout le messager privilégié des missives du roi adressées à sa maîtresse Gabrielle d’Estrées. Pour le remercier d’avoir pris sur sa vie personnelle à toute heure du jour et de la nuit, pour porter les courriers du roi à sa belle, Henri IV donnera à Guillaume Fouquet la place forte de Sainte Suzanne dans le Maine en 1604. C’est là que la fille cadette de Guillaume, Catherine, épousera en 1609 le rejeton de la lignée bâtarde des ducs de Bretagne.

 Agée de dix neuf ans, Catherine Fouquet de la Varenne épouse donc Claude de Bretagne Avaugour, âgé de vingt sept ans. L’entente entre les deux époux est cordiale, ce n’est pas un mariage d’amour, mais les deux jeunes gens s’entendent suffisamment bien pour que Catherine donne à son mari onze enfants les vingt premières années de son mariage. La première née de cette longue progéniture est Marie ; elle sera la première de huit filles, suivies de trois garçons (Louis, François et Claude), dont seul le cadet, Claude, (né en 1629) aura descendance.

 Le père de Marie de Bretagne Avaugour détient des titres impressionnants (détenus essentiellement sur des terres bretonnes) : il est en effet comte de Vertus, comte de Goëlo, seigneur de Clisson en Loire Atlantique, baron d’Ingrandes, d’Avaugour, vicomte de Saint Nazaire, et seigneur de Combourg. Il a, de plus, obtenu du roi de France les titres de gouverneur de Rennes, de Saint Malo, de Vannes ; il est aussi lieutenant du roi dans les évêchés de Rennes, Dol et Saint Malo.

indexLa ville de Saint Malo au XVIIème siècle

 Quand il est à Paris, il assure la charge de conseiller d’état. Mais les finances sont maigres, et garantir huit dots à ses filles est donc hors de question. C’est ainsi que Marie et ses sept sœurs (Catherine Françoise, Constance Françoise, Philippe Françoise, Angélique Marguerite, Madeleine, Anne et Marie Claire) se retrouvent toutes au couvent, où leur avenir est tout tracé : elles deviendront religieuses. C’est effectivement ce qui arrivera pour les petites dernières : Philippe Françoise sera abbesse de Nidoiseau (et mourra en 1684), Madeleine mourra religieuse, Marie Claire sera abbesse de Malnoue (et mourra en 1711), les quatre autres mourront vieilles filles.

Seule Marie, l’aînée, parviendra à se marier : née en 1610, elle est baptisée à Angers en octobre 1615, et placée dans un couvent dès l’âge de cinq ans. En grandissant, sa réputation de beauté franchit les murs de son couvent, et parvient aux oreilles d’Hercule de Rohan, duc de Montbazon, qui fut aussi un compagnon d’Henri IV (il était dans le carosse du roi lors de l’attentat sur la vie de celui-ci par Ravaillac et sera même grièvement blessé), et qui est devenu un ami de sa veuve, la reine mère Marie de Médicis. Il est devenu Grand Veneur de France, et il a été nommé lieutenant général du roi en Bretagne, gouverneur de Nantes et est depuis peu lieutenant général de Paris et de l’Ile de France.

Cela fait vingt six ans qu’il est veuf de sa première épouse, Madeleine de Lenoncourt, qui lui a donné deux enfants : Louis prince de Guéméné, et Marie de Rohan, devenue duchesse de Chevreuse depuis six ans (et qui se fera connaître comme une conspiratrice acharnée pendant la Fronde).

Hercule de Rohan duc de Montbazon, a donc soixante ans lorsqu’il envisage de se remarier, et son choix se porte sur la fille aînée de son ami le comte de Vertus, qui est breton comme lui.

 Il a entendu parler de la beauté de la jeune fille : il sait qu’elle est grande, qu’elle possède une belle chevelure noire, des yeux sombres, et une poitrine généreuse. Bref, bien qu’il ait l’âge d’être son grand père, il se décide à l’épouser et en informe la reine Marie de Médicis. Celle-ci l’avertit des menaces qu’une telle différence d’âge occasionne souvent entre une femme et son mari mais le duc de Montbazon se borne à répliquer : que « sa religieuse » (c’est ainsi qu’il appelle Marie) suivrait, une fois à la cour, le bon exemple de Sa Majesté et que celui-ci la maintiendrait dans les bornes du devoir.

Malgré les sourires, l’union a lieu au château du père de Marie de Bretagne Avaugour, à Champtocé sur Loire, le 5 mars 1628. Marie a dix huit ans, son époux en a soixante. Marie de Bretagne Avaugour passe d’un destin de religieuse sans saveur à celui plus splendide de duchesse de Montbazon.

Ce n’est évidemment pas un mariage d’amour, et Marie découvre bientôt que son mari, non content de vouloir à tout prix remplir son devoir conjugal, était un simplet qui courrait les chambrières. On raconte qu’un jour, le duc de Montbazon voulant quitter la reine Marie de Médicis lui lança : « Madame, laissez moi aller trouver ma femme, elle m’attend, et dès qu’elle entend un cheval, elle croit que c’est moi ». En plus de passer pour un sot, Hercule de Rohan promenait une personnalité de vieux satyre : s’étant entiché d’une fille de cuisine, il l’a mis dans son lit, puis s’étant rendu compte qu’elle n’avait pas dit ses prières, il l’a fit relever, lui demanda de se mettre à genoux pour réciter son pater noster, puis la reprit dans sa couche.

220px-MariedeRohandeMontbazLa duchesse de Chevreuse, belle fille de la duchesse de Montbazon

 Avec un mari pareil, Marie ne tarda pas à se consoler ailleurs, d’autant que sa beauté avait ravi les courtisans de la cour de Louis XIII. Elle surpassa bientôt toutes les autres femmes au bal, ayant le teint très blanc, les cheveux très noirs, et une taille qui surpassait toutes les autres femmes de la cour. Tallemant des Réaux, l’un des mémorialistes de cette époque lui reprochait cependant d’avoir « un nez grand, une bouche un peu enfoncée, un peu trop de ventre et la moitié plus de tétons qu’il ne faut ». Il rajoutera pour se faire excuser que les tétons de Marie de Bretagne Avaugour étaient « cependant bien blancs et bien durs, mais ils ne s’en cachaient que moins aisément ».

 A la fin de l’année 1628, Marie de Bretagne donne naissance à son premier enfant, une fille, nommée Marie Eléonore, aussitôt expédiée et élevée dans un couvent (elle deviendra abbesse de Caen). Ayant rempli son devoir conjugal en donnant un héritier, Marie prend comme premier amant Claude de Rouvroy de Saint Simon (le père du célèbre mémorialiste), qui a son âge, mais qui, selon ses contemporains était « velu et barbu et ressemblait à un ramoneur ». Il était cependant fort galant et aimait les grandes femmes : Marie lui plut, elle devint sa maîtresse, et une chansonnette ne tarda pas à être écrite sur le couple peu discret :

 Un ramoneur nommé Simon

Lequel ramone haut et bas

A bien ramoné la maison

De monseigneur de Montbazon

 Après Saint Simon, Marie de Bretagne va s’enticher du mari de sa belle fille, Marie de Rohan duchesse de Chevreuse. Or, les deux femmes se détestent. Belles toutes les deux, Marie de Rohan a vu d’un mauvais œil le remariage de son père Hercule avec cette provinciale bretonne qui, une fois arrivée à Paris, a ravi les hommages masculins auparavant délivrés à ses pieds. De plus, la nouvelle duchesse de Montbazon a dix ans de moins que Marie de Rohan, sa belle fille, et sa beauté est plus ensorcelante. Même si la duchesse de Chevreuse est blonde, la beauté brune de Marie de Bretagne Avaugour, et sa poitrine ferme raflent tous les suffrages, et le mari de Marie de Rohan ne tarde pas à s’apercevoir que la belle mère de sa femme possède bien des atouts non négligeables.

 C’est ainsi que pendant dix huit mois, le duc de Chevreuse va être l’amant insatiable de la belle duchesse de Montbazon. Seul le mari ignore cette liaison qui se passe sous son toit à l’hôtel de Montbazon, mais les chansonniers font encore un sonnet gaillard :

 Mais il fait cocu son beau père

Et lui dépense tout son bien

Tout en disant ses patenôtres

Il fait ce que lui font les autres

 Puis la duchesse de Montbazon attire pour un temps les hommages de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, mais trop inconstant à ses yeux, elle le quitte pour Louis de Bourbon Condé comte de Soissons. Là encore, Marie de Bretagne Avaugour se venge des enfants du premier lit de son mari, puisque Soissons était auparavant l’amant déclaré d’Anne de Rohan, épouse de Louis de Rohan prince de Guéméné (fils d’Hercule et de sa première femme Madeleine de Lenoncourt).

gastonGaston d’Orléans, amant de Mme de Montbazon

 Là encore, les deux femmes ne s’aiment pas, encore une fois parce que la beauté de Marie vient chasser sur les terres d’Anne de Rohan princesse de Guéméné. Cette dernière qui s’entend très bien avec la duchesse de Chevreuse (sa belle sœur) participera avec elle aux heures d’intrigue de la Fronde, et elle enrage de voir son amant la délaisser pour cette grande bringue. Rusée, cette dernière s’arrangera un jour pour qu’Anne de Rohan surprenne Soissons en train de remonter ses chausses alors qu’il est encore dans ses appartements.

 Mais Soissons s’accroche à Anne de Rohan, et Marie choisit de séduire un petit rouquin trapu du nom d’Henri de Saint Nectaire marquis de la Ferté Nabert. Il a dix ans de plus qu’elle, l’aime vraiment et a une vigueur exceptionnelle au lit : Tallemant raconte « qu’il ne souffrait pas que la duchesse de Montbazon se levât de son lit qu’il ne l’eut prise trois fois, il la laissait ensuite bien repue pour s’en retourner en sifflant à son logis ».

 Mais l’aventure avec Saint Nectaire ne dure que quelques mois, les beaux yeux de Marie se tourne alors vers des seigneurs de plus grande envergure : avant l’âge de trente ans (elle avait dit un jour qu’à trente ans, on était bon à rien, et qu’elle voulait qu’on la jetât dans une rivière quand elle les aurait), elle devient la maîtresse du séduisant François de Bourbon duc de Beaufort en 1652, de Louis II d’Orléans duc de Longueville, d’Henri II de Lorraine duc de Guise, de Frédéric Maurice de la Tour d’Auvergne comte d’Evreux, de François d’Aubusson comte de la Feuillade, de Charles de la Porte duc de la Meilleraye, et de Michel le Tellier marquis de Barbezieux.

 Tallemant des Réaux précise qu’« elle défaisoit toutes les autres au bal » ; c’est au cours d’un de ces bals donné à la cour qu’elle attire l’œil d’un valeureux maréchal de camp de Louis XIII, Charles de Monchy, marquis d’Hocquincourt qui ne sait que faire pour attirer l’attention de la belle duchesse de Montbazon. Il répétait, un peu perdu, à qui voulait l’entendre : « je ne sais que faire pour gagner Mme de Montbazon, et si je la battais un peu ? ».

 On ne sait s’il dut la battre pour la mettre dans son lit, mais il parvint enfin à en faire sa maîtresse. On raconte même qu’il avait pris l’habitude d’attendre sa maîtresse, caché sous le lit de celle-ci, afin de la surprendre agréablement ; mal lui en prit, car un soir, le duc de Montbazon, se sentant d’humeur gaillarde se hâta d’entrer dans la chambre de son épouse, suivi d’une bande de petits chiens qui l’accompagnaient partout. Ceux-ci dénichèrent l’intrus, et le marquis d’Hocquincourt fut contraint de sortir de sa cachette. Comme il savait le duc de Montbazon un peu simplet, il s’en tira par une pirouette : « ma foi, Monseigneur, je m’étais cachée pour savoir si vous êtes aussi bon compagnon qu’on dit ». Agé de soixante quinze ans, et totalement dépourvu de malice (d’ailleurs sa femme n’avait pas été présente dans la chambre), il accepta l’excuse du vaillant homme de guerre.

retzLe cardinal de Retz

 Avec une vie aussi libre, Marie de Bretagne Avaugour eut bientôt une réputation détestable à la cour. D’autant que le duc de Montbazon, qui ne se décidait pas à mourir, tenait les cordons de la bourse, et n’était guère généreux vis-à-vis de sa jeune femme. Celle-ci se mit donc à choisir ses amants en fonction de leurs générosités financières : elle se donna pour cinq cent écus à François Rouville, laid à faire peur mais riche comme Crésus, puis au fils de l’intendant Bullion.

 Le cardinal de Retz dira d’elle qu’il « n’avait jamais vu personne qui eut montré dans le vice si peu de respect pour la vertu ; Mme de Montbazon était d’une très grande beauté. La modestie manquait à son air. Sa morgue et son jargon eussent suppléé, dans un temps calme, à son peu d’esprit. Elle eut peu de foi dans la galanterie, nulle dans les affaires. Elle n’aimait rien que son plaisir et, au-dessus de son plaisir, son intérêt. ».

 Saint Simon (dont le père avait été le premier amant de Marie) écrira, quant à lui : « « La vie de la duchesse de Montbazon fut obscure, et ses mœurs et sa tête mal timbrée avaient beaucoup fait parler d’elle »,

 Avec autant d’amants, Marie de Bretagne Avaugour se retrouvait souvent enceinte. Après sa fille Marie Eléonore, elle mit deux autres enfants au monde dont le père officiel restait le vieux duc de Montbazon : un garçon, François, un an après la naissance de sa première fille, qui deviendra le premier prince de Soubise, et une deuxième fille, Anne née en 1640, qui épousera Louis Charles d’Albert de Luynes, duc de Chevreuse (fils de l’ancien amant de sa mère né du mariage de celui-ci avec Marie de Rohan la belle duchesse de Chevreuse).

 Lorsqu’elle se découvrait enceinte, la duchesse de Montbazon grimpait dans son carrosse et parcourait au grand trot les rues de Paris afin de provoquer une fausse couche ; lorsque le résultat escompté arrivait elle déclarait en rentrant chez elle : « je viens de rompre le cou à un enfant ».

 La duchesse de Montbazon, comme toutes les grandes dames de la cour n’éprouve guère de sentiments maternels. Elle n’apprécie guère de monde, sauf peut être sa sœur Catherine Françoise, Melle de Vertus, qui est proche d’elle et qu’elle héberge chez elle à Paris. Les femmes de la maison de son époux la détestent (sa belle fille Marie duchesse de Chevreuse, et son autre belle fille Anne la princesse de Guéméné), mais les dames de la cour ne l’apprécient pas plus, puisque sa spécialité est de leur voler leur mari.

duchesse_longuevilleAnne Geneviève de Bourbon Condé, rivale de Mme de Montbazon

 D’ailleurs, en 1642, elle se retrouve de nouveau en rivalité avec une jeune femme de dix ans plus jeune qu’elle, et qui est ravissante : elle se nomme Anne Geneviève de Bourbon Condé . Cette dernière s’apprête à épouser un vieux barbon, Louis II d’Orléans duc de Longueville qui se trouve être l’amant du moment de la duchesse de Montbazon. Or cet amant est généreux financièrement avec Mme de Montbazon, et s’avise à la veille de ce mariage de rompre avec une maitresse qui lui coûte trop cher. Evidemment, Marie de Bretagne Avaugour prend très mal la rupture et reporte sa fureur sur la nouvelle épousée.

 Furieuse d’avoir été délaissée pour une jeune beauté ravissante qui ne tarde pas, elle aussi, de provoquer des soupirs d’admiration à la cour, la duchesse de Montbazon va volontairement provoqué ce qu’on nommera le scandale des « lettres tombées ».

 Le 8 août 1643, un jour de bal, à la cour, elle aperçoit des billets doux tombant de la poche du comte de Maulévrier, billets doux adressés à sa maîtresse du moment Mme de Fouquerolles. Or, comme il n’y a aucun nom de mentionné sur les lettres, la duchesse de Montbazon, qui les a ramassé, annonce qu’il s’agit de billets d’amour de la jeune Mme de Longueville adressés à Mr de Coligny, son amant supposé.

 Le scandale est énorme, la reine régente Anne d’Autriche prend partie pour l’innocence de la duchesse de Longueville, le duc de Beaufort (amant du moment de la duchesse de Montbazon) soutient la thèse de celle-ci. Les choses s’envenimant, la reine décide de prendre les choses en main, elle oblige la duchesse de Montbazon à faire des excuses publiques à Anne Geneviève de Bourbon Condé duchesse de Longueville. Celle-ci se rend alors chez sa rivale, et d’un sourire narquois, déploît son éventail sur lequel elle a affiché une note contenant ses mots d’excuse. Son discours est tellement dénué de remords sincères que la duchesse de Longueville manque s’étrangler de fureur.

 « Madame de Montbazon prononça le billet, dit madame de Motteville, de la manière du monde la plus fière et la plus haute, faisant une mine qui semblait dire : « Je me moque de ce que je dis. »

 Le lendemain, elle s’indigne auprès du jeune roi Louis XIV, et la Régente adresse le jour même ordre à la duchesse de Montbazon de se retirer de la cour, pour s’exiler sur ses terres de Touraine, à Couzières plus précisément.

 A l’occasion de ce séjour forcé, elle va rencontrer celui qui pour la première fois, va faire battre son cœur de façon un peu plus précipitée. A côté du domaine de Couzières figure le domaine de Véretz où vit la famille du seigneur de Rancé, maître des requêtes et Président de la chambre des Comptes.

 Ce dernier a une large famille, cinq filles et trois fils, dont un cadet prénommé Armand Jean le Bouthillier de Rancé, qui par son statut de cadet a été orienté vers la carrière ecclésiastique. Il faut dire que Richelieu a été son parrain et a grandement contribué à assurer son élévation : il le fait prieur de Boulogne près de Chambord, de l’abbaye de Notre Dame du Val, de Saint Symphorien de Beauvais, de Saint Clémentin en Poitou, il est même nommé chanoine de Tours. Doué très tôt (à douze ans, il traduisait l’Illiade en latin), Armand Jean promet d’être raffiné et affiche une personnalité des plus agréable. Mais il n’est âgé que de seize ans, et Marie de Bretagne Avaugour a trente trois ans.

 Qu’importe, ces deux là se sont rencontrés lors d’une partie de campagne, et très vite l’étincelle jaillit entre eux. Lorsque son exil prend fin, Marie regagne Paris et la cour mais elle ne reprend pas la frénésie de recherche d’amants. Le 16 octobre 1654, le duc de Montbazon meurt enfin (à Couzières en Touraine) et Marie se retire en Touraine. Elle y retrouve le jeune abbé, et l’emmène avec elle lors de ses déplacements à Paris. Mme de Motteville la décrira ainsi dans ses habits de veuve : « le deuil qu’elle portait la rendait si belle qu’en elle on pouvait dire que l’ordre de la nature se trouvait changé ».

 Amoureuse de son jeune abbé, Marie de Bretagne vit enfin une passion partagée. Son ancien amant, Charles de Monchy marquis d’Hocquincourt, qui aurait souhaité retrouvé sa place auprès de celle qu’il appelait « la plus belle du monde » notera dans ses Mémoires : « il y avait toujours auprès d’elle un certain abbé de Rancé qui lui parlait de la grâce devant le monde, et l’entretenait de tout autre chose en particulier ».

annedautricheLa reine Anne d’Autriche

 Cet amour est réciproque : Rancé est amoureux de la duchesse. Lorsqu’il est à Tours et qu’il doit exercer ses fonctions d’archidiacre, il court la voir à Couzières, quand ce n’est pas elle qui le rejoint à Veretz. Une fois son père mort, le jeune abbé de Rancé est libre d’accourir auprès de Marie quand bon lui semble. Il est alors au summum de son élégance : il porte un justaucorps violet, d’une étoffe précieuse, il porte les cheveux longs et frisés, deux émeraudes à ses manchettes, un diamant de prix à son doigt ; il avait l’épée au côté, deux pistolets à sa selle, pour la messe il la disait peu.

 Il peut se permettre d’être élégant, car il est riche, riche des revenus réguliers de ses abbayes dont il est le bénéficiaire et dont il se soucie peu. Il reste auprès de la belle duchesse de Montbazon, et passe souvent ses nuits au jeu avec elle, elle se sert aussi de son intelligence pour mener ses affaires. De plus, Armand Jean a le même goût qu’elle pour les belles choses, et est avide de plaisir. Le jeune abbé de Rancé ne se déplace qu’avec huit chevaux de carrosse, des plus beaux et des mieux entretenus, son équipage est magnifique ; son ameublement en laisse rien à désirer au goût le plus recherché ; de plus la somptuosité et la délicatesse de sa table pouvaient satisfaire la sensualité la plus raffinée ». Les amoureux ne se cachent guère, son statut d’abbé permettant à Armand Jean d’intervenir la nuit comme le jour auprès de sa maîtresse, mais ils mettront tout de même un point d’honneur à ne jamais monter ensemble dans le même carrosse.

 En effet, Marie de Bretagne Avaugour, contrairement à ses autres liaisons, va tenter de protéger cet amour tout neuf des ragots, et certains mettront plus tard en doute la supposée liaison des jeunes gens. Mais cette liaison existe, et va durer quatorze ans, jusqu’à la fin tragique de la duchesse de Montbazon.

 En avril 1657, celle-ci se trouve en Touraine sur ses terres de Couzières lorsqu’elle attrape ce qu’on appelle alors la « pourpre » et qui n’est autre que la rougeole. Dévorée par la fièvre, malade, Marie de Bretagne Avaugour se couche, et fait parvenir un message à Rancé qui se trouve alors à Tours. Les médecins, qui ne savent pas soigner cette maladie, l’ont en effet saignée à plusieurs reprises, et Marie sent que sa fin approche. Elle n’a que quarante sept ans, mais la fièvre et le délire se sont emparés d’elle, et elle veut revoir Rancé avant de rendre le dernier souffle.

 Au reçu du message, l’abbé de Rancé a immédiatement attelé ses chevaux, quitté Tours à bride abattue, et il arrive à la nuit tombée à Couzières. Habitué des lieux, il ne s’inquiète pas a priori du silence inquiétant survenu dans le vestibule, il monte les escaliers qui mènent à la chambre de Marie et s’arrête, pétrifié d’horreur, devant le spectacle qui s’offre à lui. Là, près du lit de Marie de Bretagne Avaugour, repose, sur la paille, un cercueil de bois contenant le corps de la jeune femme, auquel il manque la tête. Cette dernière, repose sur un ballot de paille à côté du cadavre de la jeune femme. Le jeune homme, horrifié, n’écoutera qu’à moitié les explications embarrassées du chirurgien de la maison, qui avouera avoir coupé la tête de la jeune femme, car le cercueil, trop petit, ne pouvait pas contenir le corps en entier.

   La précipitation pour ensevelir la jeune femme s’explique par la peur de la contagion de la maladie, et l’intendant avait précipité les choses, afin de porter le plus rapidement en terre le corps de la duchesse de Montbazon, défiguré par les stigmates de la rougeole. Mais comble de l’horreur, l’abbé apprend de la bouche même de l’intendant que la duchesse de Montbazon est morte si vite, qu’elle n’a pas reçu les derniers sacrements. Dès lors, regagnant son château de Veretz, l’abbé va y vivre ses pires cauchemars, croyant entendre les cris de Marie, la pêcheresse, aux prises avec l’Enfer. La fin dramatique de sa maîtresse va provoquer en lui un bouleversement radical au fil des mois : il comprend que le temps de la pénitence est venu : il vend alors ses biens, son château, distribue aux pauvres l’or dont il bénéficiait, renonce à ses abbayes, sauf une, la plus misérable et la moins rentable de toutes : l’abbaye de la Trappe situé au fond d’un vallon humide de Soligny, en Normandie.

 Là arrive un beau jour de 1662, l’abbé de Rancé, qui a coupé ses beaux cheveux pour la tonsure de l’ecclésiastique ; il chasse les abbés corrompus qui y séjournaient, réorganise l’église, et rétablit la règle de Saint Benoit, la plus dure qui soit qui exige le silence et le travail. Il demande au roi de le confirmer comme abbé de la Trappe, et il retrouve peu à peu la paix de l’âme dans l’abstinence et le jeûne, tout en ayant une pensée et des prières pour l’âme perdue de la belle duchesse de Montbazon. Le dernier amant de Marie de Bretagne Avaugour finira par mourir le 27 octobre 1700 dans son abbaye de la Trappe, à l’âge de soixante quatorze ans.

 Il existe un tableau représentant l’abbé de Rancé vêtu de la bure ecclésiastique, et ayant près de lui un crâne posé sur sa table : la légende romantique veut qu’il s’agisse du crâne de sa belle maîtresse, la duchesse de Montbazon, qu’il aurait récupéré au soir de la mort tragique de celle-ci. Si cela est vrai, le joli corps (sans tête) de Marie de Bretagne Avaugour fut donc inhumée, comme elle l’avait demandé dans son testament dans l’église des Bénédictines de Montargis dans le Loiret.

 Pour conclure l’histoire de la duchesse de Montbazon, voici une anecdote sur la vie de sa mère Catherine Fouquet de la Varenne. Les deux femmes n’avaient jamais été proches  (Marie ayant été élevée dans un couvent), et la mère de Marie allait se révéler au fil des années d’une pingrerie maladive. Tallemant décrit Catherine Fouquet comme « la femme la plus avare de son temps ; elle n’avait pour tout train qu’un cochet qui la peignait aussi bien que ses chevaux, et pour économiser le moindre sou, elle couchait dans les auberges de faubourgs à défaut de celles des villes trop chères à son goût ».

abbederanceL’abbé de Rancé

 Devenue veuve en 1637, à l’âge de quarante sept ans, elle se réfugie dans la religion jusqu’au jour où, âgée de soixante douze ans, elle croisa le regard d’un beau gaillard de trente ans, le chevalier de la Porte de Vezins, autrement dit Armand Le Porc de la Porte de Vezins, qui sortait d’un douloureux procès qu’il venait de perdre, pour avoir séduite et mise enceinte la fille d’un ses voisins. Il plut aussitôt à la veuve du comte de Vertus, et Catherine Fouquet de la Varenne s’empressa de lui proposer le mariage qui eut lieu à la chandelle, un soir, dans son hôtel particulier en 1660. Elle fit rédiger un contrat de mariage avec un dépôt d’une somme de 30 000 livres à l’intention de son nouvel époux, et lui montra une cassette contenant 150 000 livres en or avec l’offre de lui donner 10 louis d’or à chacune de ses caresses.

 Outrés, les enfants du premier lit (les frères et sœurs de Marie) ne tardèrent pas à réagir pour demander l’annulation du remariage de leur mère : c’est le frère de Marie de Bretagne Avaugour, Claude, qui fut le plus féroce. Il finit par obtenir l’annulation du mariage, rusa pour que les deux énergumènes ne régularisent pas ce dernier (le chevalier de la Porte s’étant apparemment déjà lassé de son épouse et ne souhaitait pas renouveler le mariage légalement), et dédommagea le chevalier, qui alla porter ses charmes ailleurs.

La mère de Marie de Bretagne Avaugour vécut encore dix ans après ce mariage malheureux, et finit par mourir à quatre vingt ans, confite en dévotion.

Descendants de Marie de Bretagne-Avaugour

Jusqu’aux petits-enfants.

Marie de Bretagne-Avaugour, née en 1610, baptisée le 21 octobre 1615, Saint Maurice, Angers (Maine-et-Loire), décédée le 28 août 1657, Paris, 75, inhumée, église des Bénédictines de Montargis (Loiret) (à l’âge de 47 ans).
Mariée le 5 mars 1628, château de Champtocé, avec Hercule de Rohan, duc de Montbazon (2e), prince de Guéméné, né le 27 août 1568, décédé le 16 octobre 1654, château de Couzières en Touraine, inhumé, Rochefort en Yvelines (à l’âge de 86 ans), gouverneur de Paris, gouverneur de Picardie, dont

Total: 21 personnes (conjoints non compris).

 

5 réflexions sur « Marie de Bretagne Avaugour, duchesse de Montbazon (1610-1657) »

  1. What a life!!!The life of those holier than thou and enjoying all the spoils of life as it ALL belongs to them & condemning anybody else who may threaten their privileges, as Armand de Rancé did with the quietist Miguel de Molinos. Arsenio Rey Tejerina

    • bonjour, non pour l’instant pas de bio sur la duchesse de Chevreuse…. elle possède déjà plusieurs biographies qui lui ont été consacrées… cordialement

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