Julie Leboeuf, lady Kulbach, “Marguerite Bellanger”, 1838-1886

portrait vers 1870

Née le 10 juin 1838 à Saint Lambert des Poteries (Maine et Loire)

Décédée le 27 novembre 1886 au chateau de Villeneuve sous Dammartin (Seine et Marne)

Enterrée au cimetière de Montparnasse à Paris

Julie Leboeuf naquit dans le petit village de Saint Lambert des Levées dans le Maine et Loire le 10 juin 1838, commune qui se situe juste en face de la ville de Saumur. Ses parents étaient de pauvres pécheurs qui s’étaient mariés l’année précédente : François Leboeuf âgé de vingt trois ans, et Julie Hanot âgée de vingt ans.

Julie Leboeuf perdra son père à l’âge de cinq ans alors que sa mère est enceinte de Lucien son jeune frère. Ce dernier naîtra posthume deux mois après la mort de son père.  La mère de Julie dut se mettre au métier de couturière pour faire vivre sa petite famille.



Elle sait lire et écrire et est déjà d’une grande beauté : brune, très élancée, vive et pleine de joie de vivre. A Saumur, il y a l’école royale de cavalerie, qui sous le commandement du général de Rochefort a repris les traditions équestres :  la ville est encombrée de superbes cavaliers.

Ecole de cavalerie à Saumur

C’est ainsi que l’un d’eux, le jeune lieutenant Rives devient en 1854 le premier amant de Julie. Ils se rencontrent dans un café chantant de Saumur où la jeune femme s’essaye au chant. Le regard mutin de Julie est attiré par le prestige de l’uniforme, et elle ne tarde pas à fréquenter l’appartement du jeune officier.

Elle donnera un nom d’emprunt à son amant certainement pour préserver sa famille d’un possible scandale : elle prétend s’appeler « Marguerite Bellanger » et c’est ce nom de « guerre » qu’elle gardera pour la postérité. C’est grâce au lieutenant Rives que Julie va succomber aux charmes de l’équitation.

En quelques mois, elle apprend à monter à cheval comme un homme, à faire des voltes et des demi-voltes. Bref, elle devient bientôt une écuyère accomplie. D’autant que les absences répétées de Julie lui ont valu un congé de sa patronne : Julie se retrouve donc à la rue, qu’importe ! Le lieutenant Rives l’accueille bien volontiers dans sa chambre rue Saint Nicolas à Saumur. Ils vivent une vie sans souci et le dimanche, Julie accompagne son amant à cheval, à califourchon dans une culotte retaillée de son amant.

Un jour, le cirque Rosario vint planter ses tentes à Saumur au moment de la foire Saint Nicolas : le clou du spectacle était un spectacle d’écuyère. Pour Julie ce fut la révélation ! Elle se présenta au directeur du cirque, qui convaincu de ses talents, l’engagea sur le chant. Au grand désespoir du lieutenant Rives, Julie le quitta pour suivre sa destinée avec le cirque.

On la retrouve en 1855 à Angers, à la Foire du Sacre, où elle joue un numéro d’écuyère. Puis on la retrouve à Nantes, où entre temps elle est devenue la maîtresse du directeur du cirque Rosario. Mais Julie est infidèle, elle court les cafés du port, et devient la maîtresse passagère des riches navigateurs qu’elle n’hésite pas à délester de leur économie. Mais le directeur du cirque Rosario n’aime pas partager ses conquêtes, il la chasse du cirque.

Julie a alors l’idée de se faire engager au Théâtre Graslin à Nantes et fait de la figuration dans quelques pièces. Il est fort possible qu’elle devienne aussi la maîtresse du directeur du théâtre. Mais la vie provinciale lui pèse, elle comprend très vite qu’une jolie fille comme elle ne peut avoir un destin qu’à Paris !

La province est trop petite, et sa réputation est déjà bien entachée en Touraine et en Anjou. C’est décidé, elle prend sa valise et le premier train pour Paris, où elle se renseigne sur les cirques en quête d’écuyère. Elle se fait engager à « l’Hippodrome » où elle caracole à cheval, saute, fait des voltes. La nuit, elle court les cafés puis retombe dans l’idée de refaire du théâtre. Ses amants la baptisent « Margot la rigoleuse » tant la jeune femme est gaie et enjouée.

Elle se fait embaucher au « Théâtre des Variétés » où l’on joue « la belle Hélène », elle y trouve un rôle de figurante. Elle s’y fait remarquer par Henri Meilhac, un écrivain, qui subjugué par sa beauté, se persuade qu’il peut lancer Julie (pardon « Marguerite Bellanger ») dans le théâtre.

Elle se persuada qu’elle pourrait tenir le rôle principal dans la pièce « mademoiselle de Belle Isle ». Amoureux, Henri Meilhac ne la dissuada pas, mais Julie manquait d’expérience théâtrale.

Henri Meilhac

Le public parisien, très exigeant, ne tarda pas à la chahuter et à exprimer son mécontentement lors de sa première représentation. Prise au dépourvu, Julie s’arrêta au beau milieu d’une réplique, balança un « zut » à la salle mécontente, rassembla ses jupes, et sortit de la scène. Catastrophé, le directeur de la salle tenta de raisonner la jeune femme dans sa loge, mais celle ci lui lacha : «  je ne veux pas qu’on m’ennuie, et puis j’en ai assez » et sans autre façon quitta le théâtre pour ne plus y revenir.

Comme elle avait eu du succès auprès des militaires à Saumur, Julie Leboeuf se rapprocha de l’Ecole Militaire qui se trouvait avenue de Lamotte Piquet. Elle y passa très vite l’essentiel de son temps, sa beauté lui permettait de saisir des conquêtes faciles, et puis l’uniforme l’avait toujours attiré.

Vers six heures, on pouvait la trouver dans les jardins du Palais Royal, puis danser au « Valentine » rue Saint Honoré, ou au « bal Mabille » : elle se trouvait partout où les jeune filles audacieuses et peu farouches pouvaient faire des conquêtes. Même si l’Ecole Militaire lui apportait des protecteurs temporaires, Julie se doutait que son destin de grisette avait besoin d’un coup de pouce.

bal Mabille

C’est alors que le destin joua pour elle. Un après midi de printemps 1858 (elle avait vingt ans) elle décida de se promener au parc de Saint Cloud ouvert au public dans la journée, et qui entourait le château de Saint Cloud, résidence de Napoléon III et des plus hauts dignitaires de la cour. Avait elle en tête de séduire un de ses riches personnages ?  Or, cet après midi là, un orage menaçait : perdue dans une allée, Julie dut se mettre à l’abri sous un arbre alors que des trombes d’eau dégringolaient sur son ombrelle bien légère. Un peu désespérée, Julie fut alors distraite par un bruit de clochettes, suivi de l’avancée d’un phaeton dont le valet portait la livrée vert et or des voitures de la cour. Julie reconnut le conducteur qui n’était autre que l’empereur Napoléon III : à l’approche de la voiture, elle fit une gracieuse révérence.

A la vue de la jeune femme, transie, qui lui rendait hommage, Napoléon, galant homme, saisit la couverture qui lui couvrait les jambes et la lança à la jeune femme. Le phaeton repartit au petit trot devant une Julie stupéfaite, qui s’empressa tout de même de se couvrir de la couverture.

Dès lors, une idée folle germa dans sa jolie petite tête : rendre sa couverture à l’empereur et qui sait peut être que le destin mettrait sur son chemin un riche protecteur à nul autre égal ! Tout le monde connaissait la réputation de séducteur de l’empereur, qui bien que marié depuis cinq ans à Eugénie Montijo ne manquait pas d’initiative pour la tromper abondamment, et justement, ces derniers temps, il se sentait las de sa dernière conquête, la peu reposante comtesse de Castiglione, une italienne au tempérament de feu qui ne le reposait plus.

Le lendemain, à onze heures du matin, soigneusement revêtue d’une robe superbe, la belle Julie se présenta au château de Saint Cloud, et fut reçue par l’aide de camp de l’empereur le général Caron. Ce dernier lui demanda l’objet de sa visite, la jeune femme d’un sourire, répondit que la visite à l’empereur était privée. Sous son bras, elle tenait bien nettoyée la couverture au chiffre de l’empereur. L’aide de camp n’avait pas pour habitude de chasser les jolies visiteuses désireuses de voir l’empereur. Il fit entrer Julie dans le cabinet particulier de l’empereur, et c’est ainsi que Napoléon III fit la connaissance de Marguerite Bellanger et reconnut en elle la jolie femme trempée de la veille. Julie se fit séductrice, souriante, et amusa l’empereur.

Très vite, on convint d’une nouvelle rencontre, et bientôt l’intendant du palais inscrivit le nom de « Marguerite Bellanger » sur la liste du « Service des Femmes » permettant à Julie d’obtenir des gratifications particulières.

Quelques jours plus tard, Marguerite Bellanger devenait la maîtresse de Napoleon III, ébloui par cette jeune femme vive, jolie et qui avait son franc parler. Elle eut bientôt ses entrées aux Tuileries, comme à Saint Cloud. Elle fut bientôt présente à toutes les chasses et les bals de la cour. Napoléon III se ravissait du tempérament irrévérencieux de Marguerite, de ses gamineries et de l’éternelle bonne humeur de la jeune femme.

Napoleon III en 1868

Pour lui montrer son attachement, il lui acheta un bel hôtel particulier de la rue des Vignes à Passy. Julie, pour la première fois avait un « chez soi » bien à elle. Pour cacher l’identité de l’acheteur, l’empereur demanda à son secrétaire particulier, Mocquart de se charger de l’achat. Julie eut bientôt droit à ses propres chevaux qui tirait un phaeton avec un blason qu’elle s’était inventée de toutes pièces « des lions éreintés sur fond de gueule ».

A la chasse, elle portait un tailleur d’amazone signé Hermann Kerkoff, et des bottes souples de Sakowski : à la ville, elle portait des robes de grand couturiers. Julie pouvait se targuer d’avoir atteint le sommet, et d’être à la page des plus belles femmes de Paris, dont la Païva régnait en maître. Julie qui n’oubliait pas sa famille acheta pour sa mère une belle maison à Villebernier près de Saumur.

Elle se fit photographier en costume d’homme : pour ce faire, elle avait demandé une autorisation de la préfecture de police.

portrait de Marguerite Bellanger

Le 24 février 1864, elle mit au monde un fils, à Paris : Charles Jules Auguste François Marie Lebœuf dont elle attribua la paternité à Napoléon III.

Pour dévier la colère de l’impératrice qui aurait pu avoir connaissance de cette naissance par quelque indiscrétion, Julie accepta d’écrire une lettre officielle à Napoléon déniant la paternité de celui ci vis à vis de son fils. C’est le président de la cour de Cassation, M. Devienne, qui fut chargé de recueillir ces deux lettres où Julie niait la paternité de Napoléon III.

Ces lettres sont datées de Villebernier (près de Saumur) où elle séjournait alors pour se reposer après son accouchement  :

Monsieur,

Vous m’avez demandé compte de mes relations avec l’Empereur, et, quoi qu’il m’en coûte, je veux vous dire toute la vérité. Il est terrible d’avouer que je l’ai trompé, moi qui lui dois tout ; mais il a tant fait pour moi que je veux tout vous dire : je ne suis pas accouchée à sept mois, mais bien à neuf. Dites-lui bien que je lui en demande pardon.
J’ai, Monsieur, votre parole d’honneur que vous garderez cette lettre.
recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.

M. Bellanger

et :

Cher Seigneur,

Je ne vous ai pas écrit depuis mon départ, craignant de vous contrarier ; mais, après la visite de M. Devienne, je crois devoir le faire, d’abord pour vous prier de ne pas me mépriser, car sans votre estime je ne sais ce que je deviendrais ; ensuite pour vous demander pardon. J’ai été coupable, c’est vrai, mais je vous assure que j’étais dans le doute. Dites-moi, cher Seigneur, s’il est un moyen de racheter ma faute, et je ne reculerai devant rien ; si toute une vie de dévouement peut me rendre votre estime, la mienne vous appartient, et il n’est pas un sacrifice que vous me demandiez que je ne sois prête à accomplir. S’il faut, pour votre repos, que je m’exile et passe à l’étranger, dites un seul mot et je pars. Mon coeur est si pénétré de reconnaissance pour tout le bien que vous m’avez fait, que souffrir pour vous serait encore du bonheur. Aussi la seule chose dont à tout prix je ne veux pas que vous doutiez, c’est de la sincérité et de la profondeur de mon amour pour vous. Aussi, je vous en supplie, répondez-moi quelques lignes pour me dire que vous me pardonnez. Mon adresse est : Mme Bellanger, rue de Launay, commune de Vilbernier, près Saumur. En attendant votre réponse, cher Seigneur, recevez les adieux de votre toute dévouée, mais bien malheureuse

Marguerite

portait de Marguerite Bellanger et de son fils

L’empereur Napoléon III ayant tranquillisé sa conscience (et afin d’éviter une éventuelle découverte de son épouse quant à cet enfant)  s’empressa d’un autre côté de doter secrètement cet enfant d’une pension et du château de Mouchy, dans l’Oise, dont il avait acheté fort discrètement le domaine quelque temps auparavant. La mère devient usufruitière de la propriété. Dans l’esprit de l’empereur, cet enfant ne pouvait être que le sien, et venait s’ajouter aux deux fils naturels que lui avait donné Eléonore Vergeot dans les années 1840.

Le tourbillon des amours de Marguerite Bellanger avec l’empereur ne faiblissait pas, et incroyable, malgré sa présence constante aux soirées impériales, jamais l’impératrice Eugénie ne soupçonna l’infidélité de son mari, jusqu’au déplacement du couple impérial aux eaux de Vichy en 1865.

l’impératrice Eugenie de Montijo en 1864

Cela faisait sept ans que Julie entretenait sa liaison avec l’Empereur, et elle avait tenu à le suivre jusqu’en Auvergne, où le couple allait passer un mois en cure. La santé de l’empereur était en effet très mauvaise : il souffrait de rhumatisme, de poussées hémorroïdaires, de troubles digestifs et de crises de gouttes. Les médecins lui détecteront plus tard un calcul vésical qui le fera énormément souffrir. C’est pourquoi, les cures de l’Empereur et de sa femme se multipliaient tant à Plombières qu’à Vichy.

Si Napoléon III suivait la cure le matin à Vichy, il gardait l’après midi pour Julie qu’il avait installé dans une jolie villa. Cette dernière avait avec elle un petit chien qui manifestait pour l’empereur une joie sans borne dès que ce dernier se présentait chez Julie pour ses amours de l’après midi.

Or, un matin, le couple impérial qui se promenait dans le parc de la cure de Vichy croisa une jolie femme qui tenait en laisse un petit chien, qui, à la vue de Napoléon entra dans une joie hystérique, aboyant et se jetant contre les pantalons de l’empereur. L’impératrice contempla d’un œil froid cette scène embarrassante, et dévisagea la jolie promeneuse, rouge de confusion, et qui ne savait plus comment maîtriser sa bête hystérique. Lorsqu’elle promena son regard sur son mari, elle remarqua que ce dernier tordait à l’envie sa moustache recourbée, signe d’un trouble excessif chez l’Empereur. Revenus dans leur suite impériale, l’impératrice Eugénie entra dans une rage folle, et accusa l’Empereur d’infidélité.

Ce dernier se défendit mollement et exaspérée, l’impératrice fit ses bagages et alla terminer sa cure, seule, dans une ville d’eau en Allemagne.

Revenu à Paris, l’Empereur entreprit de retrouver le calme au sein de son ménage. Le tempérament espagnol de son épouse lui faisait craindre un divorce éclair. Cette dernière ne supportait pas les infidélités de son mari, et il savait que la scène de Vichy était à deux doigts de faire déborder l’eau du vase.

Au retour d’une visite chez Julie dont il avait bien du mal à se séparer, l’Empereur qui avait vigoureusement rendu hommage à sa maîtresse fit une crise cardiaque ; affolée, l’impératrice qui assista à ce malaise, appela le médecin impérial qui réussit à ranimer l’empereur et conseilla à celui ci un calme absolu.

Rendue furieuse par cette nouvelle inconduite qui aurait pu être mortelle, l’impératrice se rendit chez le secrétaire impérial, Mocquart, et le somma de le conduire au domicile de Marguerite Bellanger.

Marguerite Bellanger en 1865

Le pauvre homme tenta de nier un moment qu’il connaissait une telle adresse, mais l’oeil noir et impérieux d’Eugénie de Montijo eut raison de ses hésitations. Il conduisit l’impératrice auprès de Julie. Cette dernière interloquée, vit débouler chez elle une impératrice hors d’elle, qui à peine engagée dans la salle à manger de la villa de Passy déclama d’un air tragique : « Mademoiselle, vous tuez l’empereur ! » Interdite, balbutiante, Julie promit alors à l’impératrice de ne plus revoir l’Empereur (de trente ans plus âgé qu’elle et qui n’avait plus la vigueur de sa jeunesse).

buste de Marguerite Bellanger vers 1868 par Albert Ernest Carrier Belleuse

Revenu à lui, l’Empereur fut tenu au courant de la visite de sa femme à sa maîtresse : humilié, outré, et en même temps honteux, il convoqua le malheureux Mocquart, et pas très courageux, lui demanda de se rendre à Passy chez Marguerite pour signifier à celle ci la fin définitive de leur relation. Cette dernière prit très mal la chose, elle écrivit lettre sur lettre à Napoléon III qu’elle appelait « son cher seigneur » mais rien n’y fit.

Julie dut quitter la villa de Passy et elle s’installa dans un appartement du 4 rue Boccador à Paris.

Elle continua cependant à inspirer les artistes qui la cotoyaient :  le sculpteur Albert Ernest Carrier Belleuse,  la représenta en allégorie du printemps dans un élégant buste en terre cuite aujourd’hui au Musée Carnavalet à Paris.

buste de Marguerite Bellanger par Albert Ernest Carrier Belleuse

Chassée par l’Empereur, la jeune femme qui avait une solide situation financière (l’empereur l’avait généreusement dotée de bijoux magnifiques au cours de leurs années de liaison) savait qu’il lui fallait rebondir et trouver un autre riche protecteur, mais il était difficile pour elle de passer de favorite impériale à femme entretenue, elle décida alors de se tourner vers les riches aristocrates anglais.

Elle se mit à fréquenter le « Hill’s Tavern » une auberge de la rue de Caulaincourt près du cimetière Montmartre. Les anglais fortunés de passage à Paris aimaient à s’y retrouver : ils y dégustaient du jambon d’York et du thé anglais.  Il y avait aussi douze cabinets particuliers où ces messieurs pouvaient programmer des soupers intimes avec les dames de leur choix.

Marguerite Bellanger vers 1870

Julie y rencontra un ancien capitaine des armées du roi britannique, qui avait fait fortune aux Indes, le baron Louis William Kulbach. Ils entamèrent une liaison torride, et le baron présenta sa demande en mariage à Julie qui la refusa. Elle avait toujours en tête l’idée de reconquérir l’empereur. Résigné, l’ anglais retourna à Londres mais continua à correspondre avec Julie.

En 1870, la guerre avec l’Allemagne décida Julie à quitter Paris et la France. Elle traversa la Manche et s’installa au Trenter’s Hotel à Bridgewater Square avec son fils et une gouvernante. Elle découvrit que la société anglais n’était pas aussi ouverte que la société parisienne et que les anglais se retrouvaient en cercle très fermé.

De nombreux français avaient cependant quitter la France et la guerre, et au cours des soirées données pour eux, Julie revit le baron Kulbach. Elle comprit peut être qu’il fallait faire une fin à sa vie galante. Elle épousa le baron Kulbach le 7 décembre 1870 au Temple de Queen’s Gate : elle avait trente deux ans, son mari en avait quarante neuf.

Son mari possédait des terres au pays de Galles, et un appartement confortable à Catherine Street à Londres. Julie, devenue baronne Kulbach, s’ennuya vite de la vie londonienne et la vie à Paris lui manqua cruellement.

portrait de Marguerite Bellanger vers 1870

En 1873, lorsque l’empereur Napoléon III qui avait été chassé de France, mourut en exil en Angleterre , Marguerite se rendit auprès de son cercueil de son « cher Seigneur à Chislehurst dans le Kent ; puis la même année,  le baron et la baronne Kulbach revinrent en France et se réinstallèrent rue de Boccador. Le baron qui n’aimait pas la vie parisienne tomba sous le charme de la villa Trocha à Meillau près de Pau, et l’acheta lors d’un voyage dans le sud.

Julie, qui n’aimait pas s’éloigner de la capitale, décida d’investir elle aussi dans la pierre, et elle acheta le château de Villeneuve sous Dammartin en Seine et Marne.

Elle vécut alors une vie assez libre, et on lui donne comme  amants à cette époque le général de Lignières, et selon certaines sources, Léon Gambetta. En même temps, elle commença à faire dons à des œuvres charitables de certaines sommes d’argent et se rapprocha de Dieu en fréquentant l’église de Dammartin tous les dimanches.

En France, elle continua à faire  l’objet de caricatures et de divers cancans. Paul Handol, dans sa série de caricatures sur la « Ménagerie Impériale », en avait fait une chatte.

Marguerite Bellanger en “chatte”

Elle vivait l’été à Villeneuve avec son fils, et l’hiver donnait des soirées dans son appartement parisien. On ne la connaissait plus que sous le nom de lady Kulbach, et peu de gens faisait le rapprochement avec l’ancienne favorite impériale. Julie, bientôt séparé de son mari, qui était tombé sous le charme de la ville de Pau dans les Pyrénées, entreprit de se charger de l’avenir de son fils.

Elle en fit un clerc de notaire, et il partit tenir une charge à Brain sur Allonnes près de la ville natale de sa mère. Julie n’envisageait pas de revenir sur ses terres du Maine et Loire où sa réputation de maîtresse impériale l’avait à tout jamais rayée de la mémoire de sa famille. Elle demeura  à Villeneuve dans son château.

chateau de Villeneuve sous Dammartin (Seine et Marne)

Sa mort fut assez brutale et inattendue, elle mourut d’une péritonite le 23 novembre 1886 à Villeneuve, elle n’avait alors que quarante huit ans.

La cérémonie religieuse eut lieu le 27 novembre à l’église Saint Pierre de Chaillot, sa dépouille fut emmenée  au cimetière du Montparnasse dans la 27e division 7e ligne no 15 nord.

Elle laissait une fortune de 1 222 803 francs, un appartement dans la rue de Boccador, un autre rue de Turbigo, son château de Villeneuve, des obligations du Paris Lyon Méditerranée, des actions de la compagnie des Tramways Nord et 44 894 francs or de bijoux.

portait de Marguerite devenue lady Kulbach

Son mari dont elle était séparée, mais non divorcée, continua à vivre dans sa villa de Pau. Il renonça à hériter de sa femme contre une rente mensuelle.

Les héritiers de Julie furent son fils, et son petit frère Jules Leboeuf qui était venu en tant que jardinier embellir les jardins de Villeneuve. Ce dernier retourna vivre à Brain sur Allonnes, où il fit bâtir une solide maison bourgeoise qui est aujourd’hui la mairie.

Tombe de Marguerite Bellanger

Son fils, Charles Leboeuf, décédera le 11 décembre 1941, après avoir quitté son métier de clerc et avoir fait une carrière d’officier : il mourra sans postérité. Il repose auprès de sa mère.

Sources :

  •  « société des lettres, sciences et arts du Saumurois » 1953.
  • wikipedia

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