Les topics de Freud

Prenez bien soin de vous :
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Sigmund Freud

freud_1La figure ci-contre(d’après l’ouvrage de David D.Myers, « Psychologie »), résume bien les différences qu’il peut y avoir entre les deux topiques développées par Freud. Il met en avant que la partie consciente est un peu comme la partie émergée d’un iceberg, de même que le « moi », et qu’une partie du « surmoi ». L’inconscient, ou le « ça » représentent la partie cachée et la plus importante de l’iceberg.

Voyons tout ceci d’un peu plus près :

Topique 1 :

La première topique est travaillée à partir de 1886, bien qu’elle ne se formalise réellement que dans l’interprétation des rêves en 1900 (source wikipédia).

L’inconscient est constitué de l’ensemble des idées qui sont en dehors du champ de la conscience. Ceci inclut les « pulsions » innées qui sont régies par le principe de plaisir, plus précisément de certains émissaires de la pulsion, et des désirs qui ont été rejetés par la conscience (refoulement). Selon Freud, l’inconscient est un processus primaire et une façon d’y accéder, par la psychanalyse, est d’interpréter les rêves qui sont une façon détournée de l’inconscient pour accéder au conscient, en contournant les défenses, et donc la censure. Une autre manière d’y accéder, c’est de mettre le sujet en EMC (état de conscience modifiée) de façon à pouvoir contourner les gardiens de la conscience.

Le préconscient est un filtre intermédiaire entre l’inconscient et le conscient qui ne laisse passer que les idées qui sont « acceptables » pour la partie consciente ou qui pourront le devenir (désirs innés ou stimuli).

Le conscient, comme le préconscient, sont des processus secondaires selon Freud. Le conscient perçoit l’instant immédiat. En outre, il filtre les idées du préconscient de la même façon que le fait le préconscient face à l’inconscient. Le conscient accepte les données exogènes (stimuli externes) mais aussi endogènes (idées existantes réutilisables).

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*Ce schéma ne vaut qu’en environnement « standard1 ». En effet, sous très fort stress ou besoin de survie immédiat, il se peut très bien qu’une idée refoulée ou censurée redevienne très rapidement acceptable et utilisable à la vue d’un paramètre extérieur exceptionnel « Exemple de la mère qui, pour défendre son enfant, tue un agresseur, chose de son point de vue irréaliste après coup »

1 Standard : état de stress acceptable, besoin de survie immédiat non compromis.

Topique 2 :

Elaborée à partir de 1920, elle comporte trois instances : le « ça », le « moi » et le « surmoi».

Le « ça », ce que Freud nomme « das es », représente l’ensemble de nos instincts de vie et de mort. Il n’a qu’un seul objectif, un peu comme la partie inconsciente du topique 1, c’est de satisfaire le besoin pulsionnel basé sur le plaisir. En outre le « ça » n’obéit à aucune logique, ni aucune censure car il ne reconnaît pas la notion de morale, ni l’idée du bien et du mal. Il est composé d’une partie innée (issue des instincts), et d’une partie acquise (issue du refoulement ). C’est en quelque sorte le « mister Hyde » qui sommeille tout au fond de chacun de nous et que nous souhaitons oublier, bien enfermé dans sa prison dont nous avons jeté la clé. Pour une partie, nous savons de quoi il est capable (refoulement), et nous souhaitons l’oublier, de l’autre sa puissance est telle que nous souhaitons l’ignorer (innée jamais conscientisée).

Le « moi », « das Ich » selon Freud, est une partie du « ça » qui a évolué pour s’adapter au monde extérieur. Il joue le rôle de régulateur de pulsion pour ne laisser transparaître que les idées et les plaisirs acceptables pour l’environnement, pour répondre au besoin de conservation. Le « moi » a donc deux rôles : celui d’adaptabilité à l’environnement, grâce aux systèmes sensoriels et intellectuels, puis celui de protecteur dans la mise en place de l’ensemble des systèmes de défense pour répondre aux attaques incessantes du « ça », activité qui se passe au niveau inconscient du sujet. Selon Freud, le « moi » se construit à tous les stades du processus du développement de l’enfant pour former un tout, dans la mesure, bien-sûr, où il réussit à passer les différents stades (orale, anale, et génital), et notamment la résolution du complexe d’Œdipe. 

Le « surmoi » (das Uber-Ich), scission du moi qui se situe à la période de la liquidation du complexe d’Oedipe. C’est à ce moment que l’enfant « s’approprie » le « surmoi » des parents pour mettre en place le sien. Le double rôle du « sur-moi » est de superviser les actions du « ça » et du « moi », ce qui peut aller jusqu’à la répression (tu ne dois pas, tu ne peux pas, il est interdit de…), et d’atteindre un « idéal du moi » grâce aux identifications positives acquises (tu dois faire ceci ou cela, tu dois atteindre ce niveau, tu dois être comme ceci ou cela…).

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Pourquoi Freud a-t-il abandonné sa première topique ?

Freud s’est aperçu très rapidement que le topique 1 n’était pas applicable dans le cas de certaines névroses traumatiques : la prise de conscience par le « moi » n’empêchait nullement l’apparition de certains symptômes, ce qui signifiait que le sujet n’était pas guéri. Cette répétition du comportement névrotique fut d’une importance fondamentale pour sa théorie : il attribua cette résistance à l’existence d’une instance, le « ça » de la deuxième topique. C’est cette instance qui pousse ce qu’il y a de plus primitif et d’impersonnel dans notre personnalité. 

La psychothérapie moderne est d’ailleurs, en partie, basée sur cette théorie. Pour qu’un sujet guérisse de ses névroses, il ne suffit pas qu’il y ait reconnaissance de l’origine de son trauma, puis catharsis. Il faut, en outre, que la partie « inconsciente » du sujet, celle qui a « gravé » l’émotion et/ou le comportement à problème, veuille bien libérer et effacer l’espace mémoire du trauma originel. Une des méthodes, comme l’a très bien identifié Freud, c’est d’adresser l’ « inconscient du sujet » quand il est en EMC, grâce à l’hypnose notamment. Heureusement les progrès dans ce domaine ont bien évolué, malgré ce que peuvent en dire les détracteurs. L’hypnose Ericksonienne est un outil que Freud aurait certainement promu, s’il avait connu Milton Erickson en lieu et place de Charcot. Etre consciemment inconscient pour ouvrir une connexion avec notre « inconscient », pendant que nos systèmes de défense sont « anesthésiés », n’est-ce pas l’unique réelle possibilité que l’ « inconscient » qui a gravé les conséquences d’un trauma dans les émotions et le corps d’un sujet, efface lui même ce qu’il a fait, n’en déplaise aux cognitivistes…

En quoi l’inconscient peut traverser les trois instances ?

Comme le souligne Freud : « notre « vrai » vie se déroule sur le mode inconscient. L’inconscient est le noyau de notre « réalité psychique », le conscient étant l’artefact destiné à donner le change »

Si c’est le cas, l’inconscient est à l’origine de qui nous sommes, et de comment les idées ou les désirs seront acceptés ou non. N’est-ce pas inconsciemment que le « moi » met en place ses systèmes de défense pour repousser ou ignorer l’inacceptable ? En allant un peu plus loin, est-ce vraiment le « moi » qui les met en place ou une « conscience » qui nous serait inconsciente, et qui alimente notre « moi », uniquement en fonction de ses capacités à gérer l’idée ou le désir ? Idem pour le « surmoi », est-ce réellement une scission du « moi » ou une enveloppe consciemment mise en place par notre «inconscient», suivant notre capacité à gérer notre complexe d’Oedipe ?

Comme l’a très bien mentionné Freud : « l’inconscient n’est pas uniquement composé des conséquences d’un refoulement, mais seulement l’expression d’une aptitude inconsciente innée »

Un mot important a été prononcé mais malheureusement les travaux de Freud n’allèrent pas dans ce sens, celui d’une « aptitude inconsciente » qui représenterait 100% de l’utilisation de notre cerveau, alors que nous n’en utilisons qu’une infime partie (je ne parle pas là d’un point de vue physiologique ou neurologique, mais d’un point de vue psychologique).

J’aimerais vous donner un schéma de principe de ma vision qui est très proche de celle de Freud, mais qui intègre un « Moi inconscient » qui serait source de toutes nos capacités réelles, reléguant le « ça » à nos instincts de plaisirs et de survie:

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2 réflexions sur « Les topics de Freud »

  1. Hubert

    Bonsoir, tout cela n’est valable que dans la perspective freudienne. Nous savons aujourd’hui, en prenant un peu de recul, que la méditation pratiquée depuis bien avant Freud ( je pense au Tibet, à l’Inde) développe un état de conscience du présent bien moins pathogène que l’idée d’un inconscient chargé de “mauvaises” choses, dont le flic serait le surmoi. Je ne rejette pas pour autant toute cette théorie, je pense qu’en travaillant la conscience du moment présent, tel qu’il est , on atteint un état de conscience dont Freud n’avait absolument aucune idée. Cet entrainement à la pleine conscience permet à la psyché beaucoup de bienveillance. Bref, sortir du marasme dans lequel les théories Freudienne nous ont pas mal conditionné est une bonne bouffée d’air frais.

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    1. philmaubois Auteur de l’article

      Bonjour et merci d’avoir commenté cet article qui n’a pour but principal que de refaire découvrir un concept dont beaucoup parlent sans vraiment le connaitre. Pour ma part, je pense, au delà de ce qu’a écrit Freud, que notre partie “inconsciente”, la bien nommée, est en fin de compte le réceptacle infini de nos ressources psychologiques, et peut être même physiologiques, le cerveau commandant le corps. A partir de ce postulat, et d’une naissance dont l’environnement devient propice ou non au développement physiologique, intellectuel, culturel, et spirituel, je pense que nous répondons plus ou moins favorablement à des stimuli de notre environnement immédiat, et filtrés, puis orientés par la société (parents, école, université, lois, publicité…), dont le but “honorable” est l’équilibre.

      Car en fait de quoi l’homme est-il réellement capable?

      Si je prends les rares cas d’enfants “animaux” répertoriés au XIXème siècle, il semble que nous soyons capable de développer nos sens en fonction de l’environnement dans lequel nous évoluons. Si nous sommes aujourd’hui, selon la théorie de l’évolution, le fruit d’une sélection naturelle à travers le temps, et compte tenu que nous avons traversé la plupart des situations de danger immédiat menaçant notre intégrité, de quoi sommes nous vraiment capables?

      Sans toutes ces barrières psychologiques qui nous entravent, et sans toutes ces frustrations de ne pas pouvoir répondre à des besoins créés par l’extérieur, donc sans tout ces conditionnements mis en place depuis des siècles et qui empêchent l’homme d’être lui-même, qui serions-nous aujourd’hui? Serions-nous plus sages? Un système de pouvoir basé sur l’argent aurait-il un sens? La peur de l’homme en l’inconnu, et quelque part la notion de “Dieu” protecteur et tout puissant aurait-elle traversée le temps?

      En écrivant ces quelques lignes, et en posant quelques simples questions qui me paraissent légitimes, je me rends compte que, selon le siècle où je les auraient posées, j’aurais pu être brulé comme “hérétique”, j’aurais pu être interné comme “aliéné”…

      Pour conclure, si je respecte profondément les hommes comme Lamark, Darwin, Binet, Freud, Jung, Lacan, Erickson…, c’est surtout quand je pense à l’époque où ils ont élaboré leurs concepts. Parler d’un “Ca”, d’un “Moi”, et d’un “Surmoi”, et donc vouloir définir l’indéfinissable, c’est parler de quelque chose où les mots n’existent pas encore pour décrire ce qui se passe. Ce que je viens d’écrire est bizarrement aujourd’hui ce qui caractérise la “médecine quantique”. Imaginons un instant la capacité intellectuelle d’un homme comme Freud pour accepter “l’idée” en dehors du cadre établit par ses pairs, sa faculté de repousser ses propres barrières psychologiques du “bien” et du “mal” pour progresser dans son approche sans céder à la pression, notamment religieuse de l’époque. Peut-être est-ce la résilience qui pousse chacun de ces hommes à aller coûte que coûte au bout de leur intuition, car comme je l’ai dit plus de 1000 fois aux étudiants que je forme ça et là: “Si les croyances créent des miracles que nous ne pouvons pas expliquer, la peur d’échouer annihile toute possibilité de réussir” (votre serviteur)

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