Névrose et Psychose

Prenez bien soin de vous :
lacan

Jacques Lacan

Dans la psychose, on reconnaît la présence de caractéristiques plus ou moins liées :
Morcellement du « moi » (altération du fonctionnement psychique),
Difficulté ou impossibilité à différencier le « moi » et le « non-moi » (perte de contact avec la réalité extérieure),
Conflit entre le « ça » et « la réalité » (le sujet est convaincu d’une idée en opposition avec la réalité)
Non-conscience de certains symptômes (le sujet peut reconnaître qu’il est dans un état pathologique, mais ne pas en discerner tous les éléments),
– Les mécanismes délirants :

        *l’intuition (croyance « non-réelle » que le sujet reçoit comme une « révélation »),

        *L’interprétation (signification fausse d’un fait réel),

        *L’imagination (construction d’un monde imaginaire),

        *L’illusion (perception erronée d’un objet réel),

        *L’hallucination (perception sans objet).

L’évolution d’une psychose peut aller jusqu’à une dépression sévère avec tendance suicidaire, notamment dans le cas d’une psychose liée au trouble de l’humeur comportant des épisodes mélancoliques et une quasi impossibilité de guérison dans le cas d’une fragmentation psychique persistante (besoin de diviser l’objet pour pouvoir l’affronter).

Avoir un comportement étrange pour le « non-moi » (hallucinations, délires, dissociation…) :

Dans la névrose, et par opposition à la psychose, si l’on reprend les caractéristiques ci-dessus :

  • Le « moi » est entier,

  • Différenciation entre le « moi » et le « non-moi » (moi et les autres),

  • Conflit entre le « surmoi » et le « ça »,

  • Conscient de ses symptômes (pas forcément de l’origine),

  • Avoir un comportement d’évitement ou d’isolement pour le « non-moi » (peur, phobies, anxiété…) :

  • Les termes liés à l’anxiété :

  • la peur qui est une menace reconnue et identifiée,

  • l’anxiété qui est un sentiment de peur anticipant un événement menaçant,

  • l’angoisse qui est une sensation de malaise accompagnée de somatisations,

  • la panique qui est une confrontation avec un danger immédiat sans anticipation, préparation ou détection.

  • L’évolution d’une névrose peut aller jusqu’à la dépression grave, comme pour une psychose, avec une possibilité de co-morbidité forte pour l’usage de substance (alcool, drogue, addiction due aux médicaments…).

Les « personnalités limites », frontière entre névroses et psychose ?

La frontière n’est pas si simple à définir lorsque l’on étudie l’instabilité du comportement, de l’image de soi, de l’affectivité, et des relations, des personnalités limites. Le « moi », s’il est entier, peut présenter des lacunes (appelé « moi-lacunaire »). Ce qui nous donne des caractéristiques entre « psychose » et « névrose », selon l’évolution de la pathologie :

  • Le « moi » est « lacunaire » (présente des lacunes liées à des traumatismes de la petite enfance)

  • Différenciation entre le « moi » et le « non-moi ». En cas de traumatisme en début de l’âge adulte, dit traumatisme tardif, si le « surmoi » est assez fort, le sujet mettra en place une organisation névrotique. Si le « moi » s’effondre, le sujet évoluera vers la psychose.

  • Conflit entre, soit le « ça » et l’ « idéal du moi », soit l’ « idéal du moi » et la « réalité »,

  • Conscient des symptômes (dépend de la pathologie développée),

  • Comportement vis à vis du « non-moi » :

    • Relation pseudo-duelle (relation amour-haine),

    • Dépendance anaclitique (relation de dépendance affective).

Le stress comme booster de pathologie…

Pour définir le stress, il nous faut un agent d’agression, et qui dit agent d’agression, dit automatiquement mécanisme de défense du « moi ». La réaction du corps sera d’autant plus forte que la capacité du mécanisme de défense sera affaiblie. Je prends un exemple:

« Elodie travaillait dans un grand groupe international comme responsable de la communication. Depuis les cinq dernières années, elle avait vu la quantité de son travail multiplié par quatre, son équipe diminuée de moitié, elle était harcelée par sa nouvelle responsable qui souhaitait qu’elle parte, son mari avait eu récemment un infarctus, et pour couronner le tout, elle avait des difficultés financières.

Travaillant à l’époque dans cette société aux ressources humaines, j’avais proposé plusieurs fois à MC de venir me voir pour qu’elle puisse « vider son sac à dos émotionnel », et j’ai vu son enthousiasme d’origine se transformer en attaques puis troubles de panique lorsqu’elle arrivait à une échéance dans son travail, pour terminer par la prise répétée d’anxiolytiques, d’antidépresseurs, de somnifères, de substances énergisantes, pour terminer par une dépression où elle a du se faire arrêter. En outre, elle commençait à développer une paranoïa vis à vis des gens qui l’entouraient. Elle a du démissionner car, je cite, elle avait l’impression de devenir folle…»

A travers cet exemple, qui n’est malheureusement qu’un parmi de nombreux autres vécus tout au long de ma carrière, nous pouvons constater tout les dégâts psychiques, et par répercussion, physiologiques, que le stress, associé au harcèlement, et donc à « l’impuissance d’action du sujet », peuvent faire sur un sujet ne présentant pourtant pas de faiblesse psychologique a priori. Si j’osais, je qualifierais cette combinaison de stress + harcèlement moral comme une « camisole psychique », quand on sait les dégâts psychologiques que peut causer une camisole posée sur un sujet sain.

Fort heureusement, le stress n’est pas systématiquement associé au harcèlement. Néanmoins, des objectifs toujours plus inatteignables, une charge de travail toujours plus lourde, et des problèmes personnels toujours plus grands (argent, affection, amour, isolement…) font que nous nous levons tous les jours avec nos « agents d’agression » plein les poches, et que la moindre contrariété supplémentaire peut transformer assez facilement ces agents en névrose, voir plus si affinité…

Conclusion :

Inné, lésions cérébrales, modifications neurovégétatives, forclusion du nom du père, utilisation de substances, stress, traumatisme, dépression anaclitique, …, l’étiopathogénie étant si vaste qu’un diagnostic sera difficile à établir, d’autant plus que l’évolution de la pathologie dépendra du milieu dans lequel évoluera le sujet. En effet, une névrose ou une psychose guérira ou évoluera, selon que le sujet est entouré d’écoute, d’amour, de soins adaptés. Isolé et sans moyen, quelles sont les chances de rémission ? Dans ce monde qui est le notre, et qui n’est pas toujours aussi bienveillant qu’il le devrait, ne nous créons-nous pas tous les jours des opportunités de nouvelles pathologies, sollicitant toujours un peu plus nos mécanismes de défense ?

Et pour terminer sur une pointe d’humour :

« Si le stress est l’engrais de la névrose,

Le névrosé se construit sa prison,

Le psychotique habite la prison,

La pharmacologie en est le ciment,

Le thérapeute en est le gardien. »

Bibliographie :

  • DSM IV TR,

  • Psychopathologie – M.Delbrouck

  • Psychologie clinique et psychopathologie – S.Ionescu et A.Blanchet.

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