La mémoire

Prenez bien soin de vous :
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Richard Shiffrin

En 1890 William James introduisit la notion de deux types de mémoire dans son ouvrage « Principles of psychology ». Il fallut malheureusement attendre la deuxième partie du XXème siècle (1960), pour que des travaux confirment sa théorie, notamment grâce au modèle modal de la mémoire développé par Atkinson et Schiffrin, résultat de leurs expérimentations, le behaviorisme occupant entre temps la plupart des investigations psychologiques.

Aujourd’hui, grâce à l’imagerie médicale, aux neurosciences, et à l’étude de cas pathologiques, nous observons les avancées les plus spectaculaires dans la connaissance du fonctionnement du cerveau, et plus particulièrement de la mémoire.

-1-2- Fonctionnement de la mémoire

Modèle d’Atkinson et Shiffrin :

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Rôle de l’hippocampe et de l’amygdale dans l’encodage de la mémoire :

C’est grâce à l’hippocampe que nos souvenirs sont stockés dans la mémoire à long terme (grâce en outre à la plasticité neuronale et à l’effet de potentialité à long terme qui permet une augmentation de l’efficacité synaptique, c’est à dire l’induction nécessaire au transfert et au stockage de l’information). Le maintien de l’information dans le temps dépend de la succession du nombre de stimulations neuronales. En outre, une étude en imagerie magnétique fonctionnelle (IRMf), menée par Francis Eustache, Pascale Piolino, et l’équipe Inserm E0218, de l’université de Caen, montre que l’hippocampe joue un rôle clé dans la résurgence de la mémoire épisodique.

De plus si une émotion particulière est liée au stimulus, l’amygdale renforcera ce stockage, pourra dans certains cas shunter une partie du processus normal d’enregistrement, et « piloter » la fuite ou l’attaque dans un but de sauvegarde comme le montre la figure suivante :

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Plus le trauma est important, et plus le souvenir sera gravé, ce qui signifie qu’un stimulus peut provoquer une réponse inconditionnelle dans certains cas en dehors de toute logique situationnelle (exemple d’une frayeur et d’une fuite à toute jambe à la vue d’une brindille posée par terre que l’on a prise pour un serpent).

Etude de cas pathologiques pour expliquer comment fonctionne la mémoire :

Même si nous sommes loin d’avoir compris de façon exhaustive et holistique comment fonctionne notre cerveau, et par voie de conséquence, notre mémoire, les explications faites dans le chapitre précédent n’auraient pas été possibles sans l’étude de cas pathologiques. En voici quelques exemples :

Le cas de Phinéas P.Cage,
Le cas de « HM »,
Le cas de « G.R »,
Alcool et syndrome de Korsakoff,
Cas des SPT (stress post traumatique),
La maladie d’Alzheimer,
L’Autisme,
La mémoire de l’inconscient (Freud).

Le cas de « Phinéas P.Cage » :

Phineas Cage (9 juillet 1823 – 21 mai 1860) était un contremaitre des chemins de fer qui reçut une barre à mine qui lui traversa la tête sans le tuer. Le côté gauche de son lobe frontal fut endommagé, ce qui transforma son caractère et ses comportements, faisant d’un homme social, sérieux et fiable un homme grossier et asocial. Malheureusement les uniques témoignages ne nous expliquent pas en détail les lésions occasionnées par la barre, aucune autopsie n’ayant été pratiquée à sa mort. Nous pouvons seulement imaginer que le choc a détruit, au moins en partie, le système amygdalien, compte tenu de l’apathie dont il sembla souffrir à l’issue de son traumatisme.

Le cas de « HM » :

Henri Molaison, né en 1926, était victime de graves crises d’épilepsie, et il dut être opéré en 1953 où il subit l’ablation des deux lobes corticaux temporaux médians, c’est-à-dire l’hippocampe et les aires avoisinantes. Depuis ce jour il ne fut plus capable de stocker de la mémoire à long terme, ce qui figeât ses connaissances où elles étaient au moment de l’intervention. Malgré cela ses souvenirs lointains étaient intacts, de même que ses facultés cognitives. Au fil du temps, les expériences répétées montrèrent que les résultats s’amélioraient, malgré que « HM » eut l’impression de faire tous ces tests répétés pour la première fois. Ceci tant à prouver que les apprentissages procéduraux lui furent encore possible. L’étude de ce cas contribua grandement à poser les bases du fonctionnement de la mémoire telles que nous les connaissons.

Le cas de « GR » :

« G.R. » se réveilla un matin dans l’impossibilité de bouger son bras droit, il souffrait d’amnésie, à la fois rétrograde et antérograde, et avait de grandes difficultés à s’exprimer. Quelque temps après, alors que les médecins le préparaient pour une intervention, suite à un problème cardiaque, il se remémora d’un coup une opération antérieure vécue vingt cinq ans auparavant. En quelques jours il recouvrit l’ensemble de ses capacités telles qu’elles étaient avant son accident vasculaire.

Ceci montra comment un cerveau lésé peut perturber temporairement les réseaux neuronaux, et combien la plasticité synaptique permet de reconnecter les morceaux de notre mémoire (par de nouvelles connexions), en contournant le problème, par association de souvenirs (hypothèse la plus probable qui explique le rétablissement du sujet dans ses facultés originales).

Alcool et syndrome de Korsakoff :

Le syndrome de Korsakoff (du nom du psychiatre Russe qui décrivit le premier ce symptôme) se caractérise par une amnésie importante, des problèmes d’orientation (espace/temps), et des troubles de l’émotion. L’alcool s’attaque tout d’abord à la mémoire épisodique antérograde, l’affectation de la mémoire plus ancienne variant d’un patient à l’autre, et de la sévérité du syndrome.

La consommation excessive d’alcool provoque indirectement une carence en vitamine B due à une mauvaise alimentation du sujet (vitamine nécessaire dans le processus de transformation du glucose en énergie, notamment pour le cerveau). Ce manque cause les troubles épisodiques antérogrades de la mémoire (un trop fort manque pouvant causer un coma, voir la mort). Ces troubles de la mémoire peuvent causer des troubles de fabulation qui peuvent aller jusqu’au développement d’une psychose dans certains cas (incapacité à faire la différence entre la mémoire réelle et imaginaire, « démence de Korsakoff »).

Cas des S.P.T (stress post traumatique) :

Réaction psychologique consécutive à une situation où l’intégrité physique ou psychique a été menacée, le syndrome de stress post traumatique pousse les sujets atteints à revivre encore et encore les mêmes émotions liées au traumatisme d’origine. Si l’émotion ressentie dans la situation d’origine ancre le souvenir très profondément, c’est le rappel permanent du souvenir qui recrée l’émotion. Cette boucle «souvenir-émotion » s’est très souvent créée, à l’origine, en direct (trajet court de la peur), ce qui n’a pas permis une analyse « raisonnée » de la situation à l’instant « t ». De ce fait il est très complexe de déconnecter l’émotion du souvenir à l’issue du trauma, l’émotion suscitée étant quasi « irrationnelle », d’autant plus que la situation qui l’a créée n’est plus présente. Dans ce cas, l’oubli volontaire est quasiment impossible. Seul la déconnexion de l’émotion du trauma permet au sujet de retrouver une vie sociale adaptée.

Il semble que ces traumas s’enregistrent de façon inconsciente dans notre mémoire (trajet court de la peur) et que la manière la plus adaptée pour déconnecter cette émotion soit de l’adresser à nouveau de façon inconsciente, si j’en juge par la réussite des thérapies comme l’hypnose, l’EFT (notamment beaucoup utilisée pour venir à bout des traumas suite à la guerre du Vietnam), et toute autre approche thérapeutique basée sur le traitement par l’inconscient.

La maladie d’Alzheimer :

La population vieillit de plus en plus, et avec elle son lot de maladies nouvelles, telle la maladie d’Alzheimer, qui touche plus de 3% des personnes de plus de 65 ans. Cette maladie se caractérise par une diminution de la cognition, du fonctionnement psychologique et du comportement. De graves troubles de la mémoire sont causés par la dégénérescence neurofibrillaire qui empêche les connexions synaptiques, en premier lieu dans l’hippocampe (région cérébrale clé pour l’encodage et la restitution). Si les mécanismes de la maladie sont encore mal compris, sa progression peut aller jusqu’à la dégénérescence des zones corticales associatives, ce qui empêche le sujet d’intégrer les informations provenant des différentes régions du cerveau, et donc le plonge dans la démence et l’incapacité d’avoir une vie sociale. Une compensation cognitive peut masquer momentanément le déficit mnésique au début de la maladie, ce qui ralentit malheureusement d’autant plus son diagnostic.

L’Autisme :

Comment expliquer que des personnes ayant un fonctionnement cognitif autant perturbé soient capables de certaines prouesses de calcul ou de mémorisation ? Des chercheurs ont mis en évidence un processus particulier propre aux autistes : « la mémoire de surface », un apprentissage particulier qui n’utilise pas la catégorisation comme nous le faisons de façon traditionnelle. Si nous mettons un sens à ce que nous apprenons (mémoire sémantique), l’autiste a tendance à utiliser ses sens de façon primaire (le son des mots, la forme…), en portant son attention sur un seul sens, ce qui lui donne une capacité de mémorisation ou de calcul plus grande. De plus, la répétition d’expérience montre que l’autiste reproduit les mêmes erreurs aux mêmes endroits, ce qui tant à montrer qu’il stocke l’information de façon lexicale et non sémantique.

La mémoire de l’inconscient (Freud) :

Comment enfin parler de cas pathologiques sans aborder l’inconscient, et par là même, les travaux de Freud ?

Contrairement au S.S.T.P (syndrome de stress post traumatique) qui pousse le sujet à revivre encore et encore la même émotion liée à la situation traumatisante originelle, Freud à posé l’hypothèse d’une mémoire liée à l’inconscient qui permet au sujet d’oublier ou refouler un évènement hors de son champ de conscience (grâce au système de protection du moi). Si cet « oubli » volontaire est déclenché par un processus inconscient, la mémoire de l’évènement existe pourtant quelque part. Selon Freud, seule la psychanalyse peut faire ressurgir l’expérience oubliée, et il utilisera d’ailleurs l’interprétation des rêves et même l’hypnose (malheureusement non utilisationnelle à l’époque), ce qui démontre déjà combien il était en avance sur les pouvoirs thérapeutiques de l’inconscient.

Conclusion :

Les études de cas précédemment cités montrent combien elles ont participé à une meilleure compréhension du fonctionnement de notre cerveau, et donc de notre mémoire. Néanmoins, je souhaiterais faire un parallèle avec les recherches faites en physique quantique pour dire que notre cerveau, comme l’infiniment petit, recèle des mystères qui appartiennent peut-être à un domaine que le langage et les mots ne sont pas capables de décrire, du moins aujourd’hui. Imaginons un instant que notre cerveau ne soit que le catalyseur (grâce aux réseaux neuronaux et aux connexions synaptiques) d’une réaction électromagnétique (énergie inconsciente intelligente) qui nous permet d’interagir avec notre environnement. Sommes-nous certain, si c’est le cas, que nous recherchons des réponses aux bons endroits, le cerveau physiologique ne servant « que » de réceptacle ?

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