L’intelligence

Prenez bien soin de vous :
weschler

David Wechsler

 Qu’est-ce que l’intelligence ?

Dans sa volonté qu’a l’homme à vouloir catégoriser et classer ses semblables, l’intelligence est devenue mesurable et quantifiable. Quand on sait que l’être humain, dans nos pays occidentaux, est noté depuis sa plus tendre enfance, et que ses notes décident en grande partie de sa position sur l’échelle sociale, il est important, voir crucial, d’en comprendre les mécanismes.

Mais avant toute chose, quelle définition pouvons-nous donner à l’intelligence ?

Si je fais une synthèse des différentes sources consultées, il semble que l’intelligence représente l’ensemble des fonctions mentales qui permet à un individu de comprendre, d’interpréter, de rationaliser et de conceptualiser. C’est en outre grâce à l’intelligence qu’un sujet peut s’adapter à des situations nouvelles.

Existe-t-il une intelligence ou plusieurs ?

Je dirais que cela dépend du but à atteindre. Si je me place d’un point de vue « humaniste », il semble que je puisse considérer plusieurs formes d’intelligence pour que l’épanouissement du sujet soit global. Je pourrais dans ce sens définir une intelligence liée à chaque canal sensoriel comme l’intelligence émotionnelle, spatiale, musicale, verbale, logique, artistique, manuelle…de façon à ce que chaque sujet trouve sa voie dans l’intelligence qu’il affectionne, et des stimuli qu’il recherche. Dans cette approche, l’intelligence n’étant pas discriminatoire, la notation devient superflue.

Si maintenant je souhaite maintenir un équilibre social, qui tient compte de l’ordre hiérarchique établi, je définis une intelligence beaucoup plus logico-mathématique et verbale, qui se base sur des connaissances accessibles d’abord par l’ordre hiérarchique lui même. Dans ces conditions, l’environnement familiale et sociale jouent un rôle crucial dans l’apprentissage et l’accessibilité au savoir. Un système de notation « le QI » vient alors couronner l’approche, et contrôle l’ensemble. Dans cette approche, défendre la notion d’hérédité est important pour la sauvegarde de l’ordre hiérarchique, même si c’est grâce à l’environnement (cellule familiale, aisance sociale, et accès à la culture) que le sujet peut se développer.

Le « QI » représente-t-il l’intelligence ?

Répondre à cette question est compliqué. Je peux à la fois dire oui et non, selon le côté de la barrière derrière laquelle je me situe. Oui si je considère la batterie de tests orientés qui existent et qui sont sensés mesurer l’intelligence (Wechsler-Bellevue) dans un but socio-économique, et non si je considère qu’une réponse ne peut être adaptée que si le stimulus motive suffisamment le sujet. En effet, le comportement est conditionné à la notion d’envie et de plaisir sans quoi la réponse n’a plus de valeur. « Par exemple si je mesure l’intelligence d’un âne à sa capacité à se diriger vers une rivière où il peut boire, alors que dans le même temps il n’a pas soif, on peut facilement déduire que l’âne est idiot car il part à l’opposé, alors qu’en fait le stimuli n’est pas adapté à la situation ».

Qu’en est-il des tests de « QI » qui sont figés et qui ne tiennent pas compte de la façon dont les sujets fonctionnent ? Nous avons tous des préférences cérébrales et des canaux de communication privilégiés. Par exemple, dans l’approche VAKOG (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif), comment les psychologues, inventeurs de ces tests, n’ont-ils pas pris en compte les façons différentes de poser les questions selon les sujets ? Réussir un test QI ne signifie-t-il pas que l’on est d’abord socialement intégré, plutôt qu’être le résultat d’une intelligence, quelle qu’elle soit ?

Pour comprendre, replongeons-nous à la genèse de ce test. A l’origine, Alfred Binet et Théodore Simon développèrent, dans les années 1900, un test susceptible de dépister les enfants en difficulté pour adapter les systèmes d’apprentissage. Ils avaient pour mission de mesurer le retard mental des sujets testés. Ces travaux forts utiles servirent ensuite à alimenter les cerveaux de psychologues qui se dirent que nous pourrions très bien , par extrapolation, et avec quelques modifications, mesurer non pas le retard, mais l’intelligence des sujets.

De fil en aiguille le concept de « QI » évolua pour trouver son apogée dans les années 1917, en Amérique, sous l’impulsion de L.M Terman. Malheureusement ses convictions étaient si fortes qu’il utilisa ses nouveaux tests « QI » pour renforcer ses opinions sur l’hérédité de l’intelligence et la supériorité de certaines races sur d’autres. Tout ceci amènera l’administration américaine à voter des lois sur l’immigration, plus que contestables, se basant sur les résultats de tests passés par des sujets qui ne comprenaient pas les questions, celles-ci étant rédigés qu’en anglais, pour ne parler que de l’aspect linguistique. Quid des heures sombres de l’histoire qui montrent que des peuples peuvent en exterminer d’autres dans des buts similaires.

En fait, ces tests « QI » se veulent représentatifs d’une norme dictée par un groupe d’individu qui s’y identifie, dans un environnement donné, en estampillant « Intelligent » les sujets qui les réussissent !!! En outre, les innéistes pourront quasiment prouver, du moins en partie, par les chiffres, que l’intelligence est héréditaire. Et voilà comment, depuis près d’un siècle, nous continuons à « trier » les individus selon des critères qui sont propres à celui qui les crée. Dire que ces tests mesurent l’intelligence, je vous laisse le soin d’en juger par vous même…

Des études et des tests au service des convictions : quid de leur validité ?

Quels que soient les courants de pensée qu’ils défendent, les psychologues créent des tests pour prouver qu’ils ont raison. Dans un certain sens, c’est comme si je partais d’une conclusion pour en établir le cheminement… Dire que tous les tests sont sans valeur, c’est peut-être exagéré, mais prenons tout de même garde à ne pas tomber dans certains pièges.

Tous d’abord, qu’elles sont les qualités d’un bon test ?

  • L’échantillon doit être suffisamment représentatif. En effet, un trop petit nombre de sujets testés peut amener le lecteur à douter des résultats d’un test.
  • Le test doit être fiable, c’est à dire qu’il doit fournir un coefficient de corrélation élevé aux critères similaires.
  • Sensibilité de la mesure (classement des sujets avec suffisamment de finesse).
  • Validité du test (ne pas pouvoir remettre en cause ce qu’il mesure).

Inné ou acquis : pour qui ? Pour quoi ?

Inné : De quoi héritons-nous à notre naissance ?

A la naissance, notre génotype (patrimoine génétique) est constitué de 23 paires de chromosomes, et pour l’intelligence, notre cerveau répondra de façon adaptée aux stimuli grâce à ses 100 milliard de neurones.

C’est grâce aux actions de l’environnement que nous développerons notre caractère, nos besoins, et notre intelligence dans la capacité à répondre aux besoins. Pour preuve, prenons les exemples rares d’enfants « sauvages » qui se sont élevés seuls ou parmi les animaux. Tous les cas montrent qu’il est quasiment impossible pour ces enfants, lorsqu’ils reviennent à une vie sociale, malgré tous les efforts d’une instruction personnalisée, de recouvrir les capacités d’un enfant « normal » (comme ceux ayant eu un développement proximal de la famille, scolaire, et social). Dire que tous ces enfants sont héréditairement « anormaux », il est malheureusement impossible de le prouver. Ceci m’amène a reconsidérer l’importance du phénomène « d’empreinte2 » décrit par Konrad Lorenz qui pourrait expliquer pourquoi certains développements ne se sont par faits chez ces enfants privés du contact et de l’environnement nécessaires au moments critiques d’apprentissage. Si certains des enfants retrouvés se comportaient comme les loups avec lesquels ils vivaient, avec une acuité visuelle de nuit, de même qu’un flair développé, ceci renforce un peu plus encore cette théorie. De savoir, en outre, que ces enfants eurent les pires difficultés, à leur retour à la vie sociale, à prononcer des mots et des phrases, n’ayant appris qu’à grogner et hurler, il y a tout de même de quoi se poser un certain nombre de question..

Il semble que pour répondre à son besoin de survie et de sécurité, l’homme développe l’intelligence qu’il lui est nécessaire en fonction des sens les plus stimulés dans l’environnement dans lequel il évolue. Beaucoup de résultats de tests montrent, que le « QI » évolue positivement ou négativement, en fonction de l’environnement dans lequel l’enfant est placé. Ceci m’amène tout naturellement à me poser une question cruciale sur l’intelligence :

« Quelles sont les chances d’un sujet d’accéder un jour à de hautes responsabilités si il nais dans une famille modeste qui peine à répondre à ses besoins les plus basiques, et qui n’a pas les moyens de lui permettre d’accéder à l’ensemble des stimuli qui lui permettraient de développer une intelligence reconnue (culture, comportements, connaissances) ?

Tout est joué avant 6 ans : Ne pas confondre préférences cérébrales ou caractère, et intelligence.

Si notre cerveau est capable d’apprendre et de raisonner tout au long de la vie, d’améliorer un « QI » en s’entrainant aux tests principaux, il est d’autres domaines où, effectivement, la plupart du développement est atteint vers l’âge de 6 ans. Il s’agit par exemple du caractère et des préférences cérébrales du sujet qui vont se forger à travers les étapes du développement de l’enfants, pour atteindre une maturité au stade phallique, et notamment à l’issue de la résolution du complexe d’Oedipe vers 6 ans. Nous savons tous, à travers nos différentes relations et expériences, qu’il est très difficile de changer un comportement qui nous gène (timidité, procrastination, colère…) depuis notre plus tendre enfance.

Concernant l’intelligence, contrairement à ce qu’en pense les innéistes, elle peut se développer ou régresser, selon que l’on stimule ou non nos connexions neuronales. Elle varie en fonction de la motivation du sujet à répondre à un besoin.

Conclusion : Si le hasard et l’erreur est à l’origine des plus grandes découvertes, quelle valeur donner à l’intelligence ?

Héréditaristes, environnementalistes, cette guerre des idées n’est-elle pas dépassée ? De plus, le concept d’intelligence sous forme de « QI » n’est-il pas un leurre ?

En 1854, Louis Pasteur citait très justement : « Le hasard ne favorise que l’esprit éclairé ». En effet, quelles que soient les études que nous faisons, nous conditionnons notre cerveau à apprendre des théories et des lois, pour les régurgiter ensuite dans les situations de la vie. Oui mais voilà… J’ai bien peur que les connaissances acquises ne mènent uniquement qu’à redémontrer des règles déjà démontrées. Si je souhaite inventer en partant d’une page blanche, ne dois-je pas remettre en cause mon acquis?Admettre que je ne sais rien pour piloter le hasard…

Toujours est-il que les plus grandes découvertes ont été faites de façon « hasardeuses ». Si je faisais un parallèle avec l’ordinateur, je dirais que nous créons en essayant toutes les combinaisons d’un code avant de trouver le bon, comme le ferait l’ordinateur, en moins vite (c’est d’ailleurs exactement ce que nous faisons lorsque nous répondons à une question de QI). C’est comme si, à la limite, nous étions comme ces rats dans les cages de monsieur Skinner, et que nous recevions une décharge électrique à chaque fois que l’essai n’est pas concluant.

Pour en finir avec le « QI », je dirais : « un « QI » élevé correspond à un sujet qui réussit plus rapidement que la moyenne ses connexions neuronales dans le but de trouver la bonne réponse à une question posée, et que les questions posées stimulent suffisamment le sujet pour qu’il prenne du plaisir à y répondre vite. »

Concernant l’intelligence, ma définition serait la suivante : « ensemble des capacités physiologiques et psychique qu’a un sujet à répondre positivement à ses besoins ». Dans cette optique la notation devient inutile, chaque individu ayant ses propres besoins. Noter reviendrait à forcer le sujet à reconnaître un besoin qui n’est pas le sien ; en sommes nous néanmoins si éloignés dans notre façon d’agir aujourd’hui ?

Pour conclure, je dirais qu’un enfant a besoin avant tout d’amour et de sécurité, avant même qu’il puisse considérer s’épanouir dans le savoir, chose qui n’est mentionné dans aucuns des tests réalisés. Dans ces conditions dire qu’un « QI » évolue positivement ou négativement, qu’il est relatif à l’inné ou l’acquis, tout cela me semble bien dérisoire en fait. En outre, utiliser le « QI » comme référence de l’intelligence, c’est comme considérer uniquement le calculateur d’un processeur, donc ni plus ni moins qu’une pièce détachée ; je pense bizarrement que l’homme mérite mieux…

2: Le phénomène d’empreinte a été décrit par l’éthologue Konrad Lorenz dans les années 30 et qui désigne les développements qui se font en dehors de l’apprentissage stimulus-réponse, à un moment critique (par exemple, le nouveau né qui reconnaît instinctivement sa mère).

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