Les Besoins

Prenez bien soin de vous :
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Abraham Maslow

Sur un point purement physiologique et cérébral, l’homme, quel que soit l’endroit où il vit sur la planète bleue, possède trois cerveaux. Ces trois cerveaux donnent les mêmes capacités de départ à l’être qui nait, à savoir celles d’interagir directement avec le milieu (fuir ou lutter en cas de danger), grâce au cerveau reptilien, de stocker les informations et d’éprouver des émotions, grâce au cerveau limbique, puis enfin pouvoir raisonner, grâce au cerveau cortical. C’est en partie grâce ou à cause de ce dernier que l’homme est capable de penser et d’établir des stratégies, et donc de se différencier. De même, nous possédons tous cinq sens qui nous permettent de nous connecter au monde extérieur.

D’un point de vue anatomique, nous sommes tous conçus sur le même modèle interne, organes, squelette. Nous marchons sur nos deux jambes, ce qui nous différencie de beaucoup d’autres espèces, mais qui ne nous rend pas unique pour autant (le singe sait aussi le faire, l’ours dans certaines conditions, et bien d’autres…).

Du point de vue de l’inné et de l’acquis, il semble que nous soyons, de même que les animaux, soumis à des forces ou des réflexes archaïques qui nous poussent à nous redresser, à nous mettre debout, à nous nourrir, et à agripper. Chez l’animal, Konrad Lorenz à découvert un mécanisme particulier qu’il a nommé « l’empreinte » et qui permet aux animaux de s’attacher instinctivement au premier objet en mouvement. Ceci permet la survie de l’espèce dans le cas ou les parents viennent à disparaître. L’être humain est-il si différent ? Il semblerait que non, si l’on en juge par les tests réalisés par René Spitz et qui montrent qu’un bébé peut agir envers un leurre au même titre qu’un stimulus véritable, dans le cas bien-sûr où il rassemble les caractéristiques minimum d’un visage.

Au niveau des réflexes conditionnés, que ce soit pour l’homme ou l’animal, il semble que le processus soit identique et qu’ils dépendent du stimulus. Soit il est inconditionnel (j’ai faim – je vois de la nourriture – je salive), soit il peut être conditionné (je vois qu’il est midi à ma montre – j’ai faim – je salive en pensant à la nourriture), processus très bien décrit par Pavlov dans ses expériences. La réponse dépend en grande partie de l’intérêt du stimulus et du désir ou envie du sujet. En effet si je dépose un SI (stimulus inconditionnel) comme un beau morceau de viande devant un lion, et que celui-ci vient de se repaitre d’une antilope, le SI risque de se transformer en SI « aversif » et donc la réponse peut très bien être à l’opposé des attentes de l’observateur. Dans ce cas, le SI ne donnera pas une RI (réponse inconditionnelle) mais plutôt une RN (réponse neutre).

C’est Skinner, et ses travaux sur les rats, qui nous apporte la solution liée au désir et à l’envie, à travers le conditionnement opérant. En effet, c’est parce que le rat déclenche un mécanisme qui lui donne de la nourriture, qu’il la reçoit et la mange. Le SI, parce qu’il est désiré, déclenchera obligatoirement une RI. De même, si l’on désire que le rat stoppe toute action sur le mécanisme, il suffit de le punir à chaque action sur le levier (par une décharge électrique par exemple). Ce mode d’apprentissage est très largement utilisé de nos jours, lorsque, par exemple, je renforce positivement un comportement en récompensant le sujet (félicitation d’un employé, prime si il vend…) ou au contraire je renforce négativement son comportement si je juge qu’il est improductif (avertissement, punition…). Néanmoins, malgré les us et coutumes en vigueur, il semble plus productif de récompenser les comportements positifs, plutôt que de punir les négatifs.

Jusqu’à présent nous constatons que les humains se ressemblent, mais qu’ils ressemblent aussi aux animaux, dans leur structure (mis à part le cerveau cortical), comme dans l’inné ou la façon de conditionner les réflexes. Voyons maintenant comment l’être humain interagit avec son milieu :

Comment nous interagissons avec notre milieu ?

Selon le milieu dans lequel il vit, un sujet va devoir s’adapter, d’un point de vue écologique, culturel et social. Sous un soleil intense, la peau s’assombrit, par manque d’eau ou de nourriture le corps s’adapte, les croyances culturelles interdisent ou non certaines pratiques ou consommations, et enfin certains groupes sociaux définissent des normes et des règles suivies par eux seuls. Pour s’adapter à son milieu, le sujet va devoir passer d’un apprentissage par expérience directe (par conditionnement classique ou opérant vu précédemment) à un apprentissage plus sophistiqué comme l’observation, l’imitation, l’enseignement, et l’apprentissage coactif. A nouveau, comme pour les animaux, l’homme adapte ses comportements au milieu dans lequel il vit, et selon Hull, ceux-ci dépendent en grande partie de l’apprentissage et de la motivation.

Si on s’en tient uniquement à l’approche physiologique de l’être humain, et à sa façon d’interagir avec le milieu dans lequel il évolue, il semble en effet que rien ne distingue un sujet d’un autre. Qui plus est, il semble même que « la nature humaine » soit un non-sens, compte tenu que l’homme n’a, à priori, pas de nature particulière, mais qu’il fait partie du monde animal, ayant ses propres spécificités (notamment au niveau du cerveau).

 Ce qui nous différencie  

A chacun ses besoins.

Selon Maslow, l’homme hiérarchise ses besoins, du plus physiologique au plus psychologique, en respectant un ordre précis :

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De plus, un sujet ne peut accéder à un besoin supérieur uniquement s’il a satisfait le besoin en cours. 

Si chaque sujet est théoriquement capable de gravir les différents niveaux pour trouver, in fine, la paix intérieur, grâce à l’accomplissement de soi, en a-t-il les moyens, et en a-t-il envie ? Car c’est bien là que l’homme se différencie de ses semblables, mais aussi du monde animal, dans sa capacité à décider, à établir des stratégies, et choisir de gravir ou non un niveau supérieur, indépendamment de ses capacités ou des ressources mises à sa disposition, et parfois même du niveau en cours qui peut, dans certain cas être considéré comme acquis, générant par là même des frustrations ou des manques (ce qui expliquerait peut-être pourquoi certaines personnes qui n’ont pas satisfait complètement ou trop rapidement certains besoins, peuvent avoir des comportements autodestructeurs au nom d’une religion ou tout simplement pour laisser une trace de leur passage). C’est ce que je me propose de développer dans le paragraphe suivant en montrant toutes les frustrations, mais aussi les motivations, que l’environnement et la culture peuvent avoir sur les besoins d’un sujet.

L’évolution du besoin en fonction de l’environnement et de la culture.

Avant de parler de l’impact de la culture et de l’environnement sur l’évolution des besoins, j’aimerais repositionner le contexte dans lequel la hiérarchie des besoins a été établie par Maslow :

  • Cette théorie a été présentée à la fin de la guerre de 39-45, au moment où de nombreuses civilisations ont du reconstruire des villes entières où la main d’oeuvre manquait,

  • A cette époque, la notion de sécurité est très liée à celle de la protection militaire,

  • La notion de confort était très relative et la communication de masse limitée,

  • Les différences sociales étaient moins marquées qu’aujourd’hui,

  • L’intérêt du travail, en plus du salaire, était une motivation suffisante,

  • La technologie utilisée au travail dépassait largement celle utilisée à la maison,

  • L’après guerre a connu les 30 glorieuses où le sujet est acteur principal de sa satisfaction et de la réponse à ses besoins.

Si je prends en compte le contexte dans lequel Maslow à développé son concept, j’ai beaucoup de mal à faire mieux, compte tenu qu’à l’époque, l’impact de la culture et de l’environnement influencent peu la pyramide individuelle. Si Maslow avait vécu de nos jours, il est fort probable que sa théorie aurait évolué , et que peut-être elle aurait ressemblé à quelque chose comme :

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Si aujourd’hui l’homme s’oblige, par manque de moyen, à accepter de ne pas répondre complètement à un besoin, il accumule un stress qui peut rapidement se transformer en frustration, et bien plus selon le contexte proximal, d’autant plus s’il a les capacités intellectuelles et une motivation qui le pousse à donner un sens à sa vie. Il risque alors, contre vents et marées, de gravir la pyramide en accumulant les manques, uniquement motivé par son but. Ceci expliquerait en partie pourquoi un sujet qui n’accepte pas sa condition, pour des raisons qui sont indépendantes de sa motivation ou de son désir, et parce qu’il n’a pas pu répondre à certains de ses besoins, développe des comportements qui vont à l’encontre de sa propre sécurité et intégrité, dans le but unique de satisfaire « l’accomplissement de soi » ; comme si satisfaire « l’âme » était plus important que répondre aux besoin du corps et de « l’esprit1 ». Peut-être est-ce pour cette raison que le cinquième étage a tendance à disparaître dans certaines entreprises…

Cette capacité qu’a l’homme à vouloir ou non s’adapter à son milieu, à la culture qui l’entoure, renforce l’idée d’individualité, même si, pour survivre, il a besoin de contact, d’amour et d’échange. C’est cette capacité à répondre ou non à des stimuli qui paraissent inconditionnels, et à rechercher des stimuli qui correspondent à un besoin spécifique, que l’homme se regroupe autant qu’il se divise. Ajoutez à cela la dimension écologique et vous avez tous les ingrédients qui font qu’un peuple, selon qu’il vive à un endroit ou un autre sur la terre, se démarque des autres peuples, dans sa façon de vivre et ses coutumes, dans son aspect physique comme dans ses besoins. Ajoutez à cela que certains peuples discriminent socialement par le savoir ou par l’argent, et vous avez autant de différenciations que de groupes existants.

La motivation chez l’homme, sources de rapprochement autant que d’éloignement.

Comme je l’ai plusieurs fois mentionné précédemment, la motivation semble être la base de tout objectif, comme le cite très justement D.G Myers « un besoin ou un désir qui sert à dynamiser le comportement et à orienter vers un but ». Selon Hull, un comportement est motivé par la formule :

C = H*D (H = habitude et D=drive ou motivation)

On peut même aller plus loin, et en lieu et place de l’habituation, je parlerais plutôt de conviction qui est basée sur :

Conviction = connaissance * savoir faire

et la motivation :

Motivation = acceptation * désir * plaisir (acceptation = donner un sens à l’action, désir = avoir envie). 

Ce qui nous donne qu’un comportement peut s’inscrire dans la formule :

Comportement = (connaissance * savoir faire) * (acceptation * désir * plaisir)

Pour une même situation, un même niveau de connaissance, et de savoir faire, le résultat d’un comportement sera dépendant de la motivation qu’a le sujet à y répondre favorablement. Là ou physiologiquement deux sujets sont capables des mêmes performances, nous pouvons avoir des résultats identiques ou très différents, notamment si le sujet n’y trouve pas de plaisir, paramètre qui appartient uniquement au sujet de façon endogène (l’acceptation et le désir pouvant être stimulés par un paramètre exogène, comme la pression du hiérarchique ou d’un parent). 

Pour conclure, nous constatons que la motivation est une force qui peut rassembler ou diviser les hommes, car elle peut aller dans le sens de l’objectif, comme à l’opposé. Chaque sujet a besoin de trouver un sens dans chacune de ses actions (acceptation) et du plaisir, sans quoi un comportement, malgré toutes les connaissances et le savoir faire, ne mène pas forcément au résultat attendu. Ce qui m’amène à penser que l’accomplissement de soi peut s’effectuer dans la recherche du bonheur, et de l’amour, comme dans la destruction et la mort, tout dépend de la frustration accumulée par le sujet (ensemble des zones de danger potentiel de la figure en page 4), du sens qu’a l’action pour celui qui l’a fait et la satisfaction (plaisir) qui en découle ; ce qui a tendance à valider la hiérarchisation des besoins comme l’avait pensé Maslow, en tenant compte des quelques mises à jour du concept proposées par votre serviteur…

1 Dans le sens cognitif.

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