La Personnalité

Prenez bien soin de vous :
Ned_Herrmann

Ned Herrmann

Pour commencer, nombreuses sont les définitions données à la personnalité d’un individu. Si je prends celle de Reuchlin, il définit la personnalité comme « une caractéristique relativement stable et générale de la manière d’être d’une personne dans sa façon de réagir aux situations dans lesquelles elle se trouve ». Si d’autres définitions s’éloignent plus ou moins de celle-ci, toutes tentent de souligner l’importance d’un « constituant fondamental de l’individu » qui permet de garder une unité psychique face aux situations « courantes » de la vie. Pourquoi ai-je ajouté « courantes » ? Tout simplement parce qu’il est très difficile de prévoir quel seront les comportements d’un sujet dans une situation particulièrement difficile (prise d’otage, meurtre, viol, enlèvement, risque de mort imminente pour un proche, accident, pression ou stress extrêmes…).

 

Depuis l’époque, pourtant pas si lointaine, où les psychologues travaillaient pour établir des théories et des tests de personnalité, les situations potentiellement dangereuses ou stressantes évoluèrent de façon exponentielles et elles représentent aujourd’hui un terrain si vaste qu’il deviendra de plus en plus difficile, demain, d’établir une « caractéristique relativement stable… ».

C’est la raison pour laquelle je préfèrerais, quitte à remettre en cause la légitimité du « test de personnalité » sorti de son contexte, donner une définition personnelle de la personnalité, plus souple, et qui cadrerait mieux avec le monde actuel, à savoir «Ensemble des préférences cérébrales stables et générales de la manière d’être d’une personne dans ses comportements face aux situations courantes1, dans un cadre déterminé2». Ceci ne remet pas en cause les travaux fondamentaux sur l’étude des caractères, tempéraments, et autres traits de personnalité, ni les conclusions psychanalytiques de Freud sur l’impact du développement de l’enfant sur la personnalité de l’adulte, mais il place le test dans un contexte. 

Enfin et pour conclure, un test de personnalité a-t-il la même légitimité s’il est passé sur un sujet sain dans un cadre privilégié non stressant ? Sur un sujet sain dans un cadre à risque très stressant (test effectué dans le cadre du travail alors qu’il est harcelé en permanence par son manager) ? Sur un sujet névrosé ou psychotique dans un cadre privilégié non stressant ? Sur un névrosé ou psychotique dans un cadre à risque très stressant (test effectué dans le cadre du travail, sous stress car en retard sur ses objectifs, en pleine dépression mélancolique) ?

Sommes-nous donc capable, sans contexte et sans conteste, d’évaluer réellement une personnalité, et à travers elle, une pathologie sous-jacente, grâce à un test ?

L’impact des gènes sur la personnalité :

Je suis assez d’accord avec Bertaud lorsqu’il dit « De toute évidence, un certain nombre de facteurs génétiques participent à la régulation de la conduite ; mais souvent, on saisie mal à quel degré cela joue ». Si j’utilise la métaphore de l’ordinateur, il y a la partie « hardware » (la vitesse du processeur, la taille mémoire, les périphériques…), le « système d’exploitation » (windows, Mac OS, Linux…), et les « logiciels » (Office, logiciels spécifiques). Si je demande à plusieurs personnes qui utilisent exactement le même système « hardware », le même « système d’exploitation » et les mêmes « logiciels », comment se comporte l’ordinateur, auront-elles toutes les mêmes réponses ? Bien sûr que non. Chacune y verra des comportements différents, même s’il y a des similitudes, compte tenu des milliers de possibilités d’utilisation en fonction des situations et des éléments saisis.

Pour les mêmes raisons, deux sujets nées le même jour, à la même heure, à terme, sans dysfonctionnement cérébral apparent, qui seraient nées d’un père et d’une mère caucasiens, ayant tous fait tous les deux des études secondaires, ayant vécu dans un environnement similaire, avec une éducation familiale et scolaire équivalente, peuvent-ils avoir des comportements identiques ?

Comme pour l’exemple cité précédemment, il y aura forcément des rapprochements de comportement liés à un environnement familial ou social similaire, mais il y aura aussi des comportements très différents, liés aux milliers de possibilités qu’a le cerveau de traiter l’information par rapport à la façon dont sont entrées les données (sensibilité aux sens). De plus, et ce n’est pas la moindre des raisons, le cerveau possède une partie consciente et une autre inconsciente qui agit comme le ferait un programme en sous-tâche. C’est comme ci l’ordinateur principal « le moi » était attaqué en permanence par des hackers « le sur-moi », « l’idéal du moi » et le « ça ». Parfois les « pare feux » (mécanismes de défense) sont suffisamment puissants, et parfois un des hackers s’introduit et endommage « le moi ».

Si les gênes peuvent éventuellement orienter certaines préférences cérébrales, et donc favoriser le développement de certains comportements sur un sujet vierge (l’enfant qui nait), encore faut-il que la façon d’entrée les données (nos cinq sens), et notre façon d’interpréter les informations reçues, soient toujours les mêmes selon les situations rencontrées, ce qui est loin d’être prouvé, n’en déplaise à Cattell et Kagan, dans leur souci d’éprouver la validité de leurs tests ou protocoles. Quand Kagan stipule qu’il peut affirmer qu’un comportement comme la crainte ou la peur est d’ordre génétique, je répondrais que selon le cas de crainte ou de peur, le cerveau primitif (ou reptilien) joue son rôle de « survie » et que ce « court-circuit » naturel est bien différent que de montrer une prédisposition génétique à un comportement. Je ne suis pas certain que les comportements de survie comme le besoin de reproduction, la peur, l’attaque, la colère… doivent être considérés dans la théorie des facteurs génétiques qui conditionnent le comportement.

1 Toute situation qui ne représente pas un danger immédiat ou un stress important (stress acceptable par l’individu sans changement du comportement).

2 Définir un cadre d’étude de la personnalité : travail, familiale, scolaire…

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