Anne Wells, Mrs Jefferies, duchesse de Chandos (1719-1759)

annewells17221Portrait vers 1739 par Michael Dahl

Née en 1719 à Brasted Park, Kent
Morte le 9 aout 1759 à Keynsham Abbey, Somerset
Enterrée dans le mausolée Chandos à Whitchurch, London

On ne connait pas grand-chose sur les origines d’ Anne Wells. On sait que son père se nommait John Wells et qu’il résidait à Brasted Park dans le Kent et qu’ Anne eut de nombreux frères et sœurs.

La famille ne devait pas être riche puisque Anne épousera à l’âge de dix huit ans un certain M. Jefferies. Ce dernier s’occupait des chevaux à l’auberge de Newbury dans le Berkshire à l’enseigne du « Pelican ». Anne y trouva un emploi de serveuse dans l’auberge et s’occupait notamment du nettoyage des chambres et des repas. Le ménage ne semble pas avoir été très heureux, le mari d’ Anne se révélant bientôt jaloux et violent. La beauté d’Anne attisait la colère de son époux qui, bien souvent, la rouait de coups.

annewells1711Portrait d’Anne Wells, âgée de trois ans

Un jour de l’an 1737, le mari d’Anne se transforma en brute, et il battit la jeune femme pour ensuite la trainer dans la cour de l’auberge, une corde autour du cou, où il finit par s’attirer l’attention des voyageurs entrant et sortant de l’auberge. Devant une Anne mortifiée portant une joue tuméfiée et une lèvre fendue, il annonça à la cantonade qu’il vendait sa femme au plus offrant.

Aussi curieux que cela puisse paraitre, la vente d’épouse était une coutume observée en Angleterre, et était apparue à la fin du XVIIème siècle ; elle permettait de mettre fin par consentement mutuel à un mariage insatisfaisant lorsque le divorce n’était accessible qu’aux plus riches : après un rituel durant lequel la femme était publiquement exhibée, un collier au cou, ou à la taille ou au bras, le mari de celle-ci finissait par la vendre aux enchères au plus offrant.

fa51b1ddc74852e5447bb6457d3dce44Auberge du Pelican, Newbury (vers 1905)

Deux lords qui dinaient tranquillement dans la salle de l’auberge du Pélican, interloqués par le brouhaha extérieur, interrompirent leur repas, et allèrent voir ce qui se tramait dans la cour. Il s’agissait d’Henry Brydges marquis de Carnarvon, âgé de vingt neuf ans, et d’un de ses amis en route vers la résidence campagnarde d’Henry (Shaw House) qui se trouvait tout près de la ville de Newbury. Les cris de M. Jefferies et les larmes silencieuses d’Anne provoquèrent l’intérêt du jeune marquis qui remarqua la beauté d’Anne et sa digne contenance vis-à-vis de la scène dégradante dont elle était l’objet. Sous le charme de la beauté de la jeune femme, le marquis de Carnarvon emporta les enchères, et s’empressa de retirer du cou d’Anne la corde qui la tenait encore prisonnière des mains de son bourreau.

350px-Rowlandson,_Thomas_-_Selling_a_Wife_-_1812-14La “vente d’épouse”

Après quelques paroles de réconfort, le marquis de Carnarvon amena Anne dans la famille du vicaire de Newbury, paroisse la plus proche de sa résidence de Shaw House. Là, il s’assura qu’Anne ne manquerait de rien et que le vicaire lui prodiguerait tous les soins nécessaires. Puis il repartit vers Londres, où il tenait un siège au Parlement depuis 1727 ainsi que le titre de Master of the Horse depuis 1729. Il était aussi l’héritier du 1er duc de Chandos et possédait une jolie fortune personnelle.

Henry Brydges était marié depuis 1728 à lady Mary Bruce qui lui avait déjà donné deux enfants, un fils et une fille. Rien à sa naissance ne le destinait à devenir le futur duc de Chandos, il n’était que le 6ème fils de James Brydges, 1er duc de Chandos, mais la mort de tous ses frères ainés l’avait propulsé au rang d’héritier. Il avait exécuté le Grand Tour de 1724 à 1727, voyage d’initiation qu’effectuait les jeunes nobles en Europe (principalement en France et en Italie) afin de parfaire leur éducation, et à son retour, son père l’avait marié à la fille ainée du 3ème comte de Ailesbury, lady Mary Bruce.

Chandos-family-by-kneller-1713Portrait par Godfrey Kneller en 1713 : Henry Brydges se trouve entre son père James 1er duc de Chandos, et sa belle mère Cassandra (2ème épouse du duc)

Il avait ensuite été nommé gentilhomme de la chambre du roi la même année de son mariage, et était devenu l’un des amis intimes de Frederick, prince de Galles, devenu l’un des parrains de sa fille Catherine (née de son union avec Mary Bruce). Son père le duc de Chandos lui avait assuré un siège au Parlement (bien que n’ayant pas l’âge requis), et il était devenu le représentant du comté de Hereford. Le prince de Galles, devenu son ami, était en opposition permanente avec son père le roi George II qui avait décrit Henry Brydges comme étant « passionné, impulsif et n’ayant pas plus de jugeotte qu’un coq perché sur ses ergots, et n’ayant pas plus de cervelle que son maitre (sous entendu le prince de Galles) ». Il faut savoir que le roi George II et son fils Frederick se détestaient cordialement, et menaient une guerre ouverte. Le prince de Galles rejoignit les rangs de l’opposition dans le seul but d’énerver le roi son père ; le marquis de Carnarvon suivit le prince de Galles dans ses luttes politiques.

Frederick,_Prince_of_Wales_1754_by_LiotardFrederick, le prince de Galles (fils de George II) Jean Etienne Liotard en 1754

Côté cœur, il semble que le mariage du marquis de Carnarvon avec lady Mary Bruce était un mariage de convenance, et les deux époux, après avoir produit un fils et une fille s’éloignèrent l’un de l’autre. La rencontre d’Henry Brydges et d’Anne Wells scella définitivement un nouveau chapitre amoureux pour l’héritier du duc de Chandos.

Il semble qu’au fil des mois, après le rachat de la jeune femme par Henry, les deux jeunes gens se revirent fréquemment au rythme des retours du marquis de Carnarvon en son domaine de Shaw House (loué récemment à Henry par son père le duc de Chandos).

481_001Shaw House, Newbury, Berkshire

C’est ainsi qu’Anne devint la maitresse d’Henry sans attendre la mort de la femme d’Henry, lady Mary Bruce, qui mourut en 1738. Si Henry était veuf, ce n’était pas le cas d’Anne dont le premier époux vivait encore. Henry avait installé Anne dans son domaine de Shaw House, où elle prit en main les rênes de la maison lorsque le marquis de Carnarvon devait retourner à Londres.

En 1744, le père d’Henry mourut, et le jeune homme devint officiellement le 2ème duc de Chandos. Dans la même année, le mari d’Anne décéda (la chronique rapporte qu’on le retrouva ivre mort) laissant ainsi la jeune femme libre d’épouser celui qu’elle aimait.

annewells1722Portrait par Michael Dahl en 1739

Le duc de Chandos décida d’épouser Anne Wells chez l’un de ses amis, à Mayfair à Londres le 25 décembre 1744. Plusieurs ducs anglais assistèrent en tant que témoins à cette étrange union sur le souhait d’Henry de donner une base légale à son mariage aux yeux de la haute société : le musicien Handel que patronnait Henry fut présent ainsi que le portraitiste Joshua Reynolds. C’est ainsi qu’Anne Wells, ancienne servante d’auberge devint la 2ème duchesse de Chandos. Le 2ème duc de Chandos suivait en cela l’exemple de son père qui avait épousé par amour sa troisième épouse, une veuve sans le sou du nom de Catherine Van Hatten (de vingt ans sa cadette). Chez les Brydges, on ne badinait pas avec les sentiments. La dernière épouse du 1er duc de Chandos passera d’ailleurs les dernières années de sa vie à Shaw House que son beau fils Henry lui laissera jusqu’à sa mort.

Duke-chandos-firstJames Brydges, 1er duc de Chandos

Le 2ème duc de Chandos et sa duchesse se retirèrent à Londres ; ils établirent leur résidence secondaire à Keynsham Abbey dans le Somerset, laissant définitivement Shaw House à la duchesse douairière de Chandos. Il autre de leur résidence se nommait Michenden House dans le Middlesex.

Pendant sept ans, Anne Wells avait été éduquée dans l’ombre, tout d’abord par le vicaire de la paroisse de Newbury, puis elle avait pris goût aux chiffres, et s’était révélée excellente comptable : son mari le duc de Chandos lui laissa alors le soin de veiller sur la tenue des comptes du ménage. Elle fut beaucoup moins à l’aise pour se produire dans le beau monde de l’aristocratie londonienne. Son langage était encore fortement teinté de son accent de campagnarde et elle ne se trouva jamais à l’aise en compagnie des lords et des ladies du beau monde londonien. Sa beauté lui attirait de nombreux compliments, mais sa timidité et sa modestie lui jouaient des tours.

Anne_Wells,_aka_Duchess_of_Chandos_(died_1759)_by_Joseph_Highmore,_in_the_Walker_Art_GalleryAnne Wells duchesse de Chandos en 1759 (par Joseph Highmore)

C’est ainsi que lord Omery la décrira malicieusement en ces termes en janvier 1745 : « les gens décrivent diversement la nouvelle duchesse de Chandos tant en ce qui concerne sa beauté que son caractère, mais tous s’accordent à dire que les deux sont peu élevés ».  L’origine d’Anne fut tenue dans l’obscurité : au lendemain de son mariage, le duc de Chandos produisit les armes de la famille Wells : « trois fontaines sur fond d’azur » et peu de gens connaissait les circonstances de la vraie rencontre d’Anne et d’ Henry. Après son mariage, Anne Wells resta en lien avec sa famille, et notamment organisera le déplacement de ses frères et sœurs à Londres, où elle leur donnera des vêtements, de l’argent et leur fera visiter Londres par l’intermédiaire de son intendant. Elle ne pourra par contre jamais les inviter à la table du duc son époux, puisque leur origine modeste ne leur permettait pas d’y accéder. L’une de ses sœurs qui vendait des légumes sur un marché se souviendra avec émotion qu’Anne la faisait venir tous les ans à Londres, où elle pourvoyait généreusement à l’entretien vestimentaire de sa jeune sœur.

gri_33125007203843_0253La résidence du duc de Chandos à Cavendish Square, London

Anne et Henry devaient rester mariés pendant quinze ans, durant laquelle ils n’eurent qu’une fille, Augusta Anne, née en 1748. En 1751, Frédérick prince de Galles rendit son âme à Dieu sans avoir pu accéder au trône d’Angleterre, et le duc de Chandos perdit son poste de gentilhomme de la chambre. Il se retira alors dans ses terres laissant le soin à son fils, lord Carnarvon (né de son mariage avec Mary Bruce) de reprendre ses fonctions auprès du roi George II.

012511_001James Brydges, 3ème duc de Chandos (fils d’Henry Brydges) par Arthur Devis

Dans sa quarantième année, Anne tomba grièvement malade à Keynsham Abbey dans le Somerset. Sentant sa fin approchée, Anne Wells duchesse de Chandos réunit tous ses serviteurs à son chevet, et leur raconta l’histoire de sa vie ; elle les exhorta à croire en la providence divine qui lui avait permis de se sortir d’une situation sordide pour lui permettre de devenir l’une des duchesses du royaume d’Angleterre. Elle sollicita leur pardon pour le cas où elle leur aurait causé du tort et leur délivra à chacun un cadeau et une forte somme d’argent. Lorsqu’Anne mourut, Henry Brydges duc de Chandos écrira dans le registre de la famille Brydges que la duchesse possédait « une excellente qualité de jugement, un grand sens de l’ordre qui s’était manifesté par un tri des papiers du duché avec un mémento pour permettre au duc, son mari, de s’y retrouver ce qui lui avait certainement pris des mois de travail à organiser et ce malgré les débuts de la maladie qui devait l’emporter ».

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Elizabeth Major, 2ème duchesse de Chandos

Le 2ème duc de Chandos attendra huit années avant de se remarier (à presque soixante ans !) le 18 juin 1767 à West Ham dans l’Essex avec une fille de baronet, Elizabeth Major, de vingt trois ans sa cadette. Le couple n’eut pas d’enfants.

Quatre ans plus tard, le 2ème duc de Chandos décédait à l’âge de soixante trois ans. Il repose auprès d’Anne Wells dans le caveau familial des ducs de Chandos à Whitchurch à Londres.

Leur fille Augusta Anne Brydges se mariera à l’âge de trente ans avec l’un de ses cousins germains, le colonel Henry John Kearney (du côté de son père), mais elle devait mourir en couches l’année suivante.  Elle repose auprès de ses parents.

Sources :

  • the letters of Cassandra duchess of Chandos.
  • roglo.eu
  • stories of Berkshire

 

Descendants d’Anne Wells duchesse de Chandos :

 

Jusqu’aux enfants.

Anne Wells, née vers 1719, décédée le 9 août 1759, Keynsham Abbey, Somerset, inhumée le 30 août 1759, Whitchurch, London (à l’âge de peut-être 40 ans).
Mariée le 25 décembre 1744, Mr. Keith’s Chapel, Mayfair, London, England, avec Henry Brydges, Baronet Brydges (5e), Viscount Wilton (2e), Earl of Carnarvon (2e), Marquess of Carnarvon (2e), Duke of Chandos (2e), né le 17 janvier 1708, baptisé le 1er février 1708, Kensington, London, England, décédé le 28 novembre 1771, Biddesden, Hampshire, England, inhumé le 12 décembre 1771, Whitchurch, London, England (à l’âge de 63 ans), mP, master of the Horse, dont

Total: 1 personnes (conjoints non compris).

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