Elizabeth Trentham vicomtesse Cullen (1637-1713)

Spread the love

 

Dame d’honneur de  Catherine de Bragance reine d’Angleterre en 1661

 elizabethtrenthamviscountesscullen

Portrait par sir Peter Lely vers 1670

Née en 1637.
Baptisée le 22 octobre 1640 à Rocester, Staffordshire
Morte le 30 novembre 1713 à Kettering, Northamptonshire
Enterrée dans l’église St Peter’s à Rusthon, Northamptonshire.

 Elizabeth Trentham fut l’unique héritière de Sir Francis Trentham et de son épouse Elizabeth Bowyer. Elle eut une jeune sœur, Catherine, qui mourut fort jeune.

 Son père possédait des terres dans le Staffordshire, et il devait hériter la seigneurie de Rocester et celle de Castle Hedingham dans le comté d’Essex. Le siège des Trentham était le domaine de Rocester dans le Staffordshire

La fortune foncière de la famille Trentham provenait de l’astuce de l’arrière grand père Francis Trentham (1564-1614). Celui-ci, qui était fort riche, avait réussi à marier sa jeune sœur, Elizabeth (1559-1612) à Edward de Vere, 17ème comte d’Oxford (1550-1604). La jeune Elizabeth devait devenir la deuxième épouse du comte d’Oxford qui l’épousera pour sa dot.

 Le frère d’Elizabeth, sir Francis Trentham avait participé à la rédaction du contrat de mariage, et avait avancé 10 000 livres afin de lever l’hypothèque sur les terres du comte d’Oxford. En retour, la nouvelle comtesse d’Oxford devenait dame d’honneur de la reine Elizabeth 1ère et une clause du contrat attribuait ses terres à son époux le comte d’Oxford, à défaut, à son héritier (fils ou fille à venir), et en l’absence de ces derniers, les terres reviendraient à sir Francis Trentham et à ses héritiers. Et en effet, le comte d’Oxford n’eut aucun enfant de sa nouvelle épouse, et à sa mort survenue en 1625, les terres revinrent à la famille de son épouse c’est à dire aux Trentham.

 Le fils de sir Francis Trentham, prénommé Thomas, hérita des terres, puis le fils de ce dernier prénommé Francis, se maria à Elizabeth Bowyer et n’eut comme héritière qu’une fille, Elizabeth, née en 1637.

 A l’âge de dix ans, la main de cette dernière était déjà vivement recherchée.

catherinedebraganceCatherine de Bragance, reine d’Angleterre (par sir Peter Lely)

 Alors que Francis Trentham aurait pu choisir un duc ou un comte comme futur époux pour sa fille Elizabeth, il entreprit de donner la main de sa fille au fils aîné de son ami, Charles Cokayne. Ce dernier, de souche irlandaise, était alors le shérif de Northamptonshire, et il venait d’obtenir le 11 août 1642 le titre de vicomte Cullen dans la pairie d’Irlande. Son père, William Cokayne, avait été maire de Londres en 1619 et les Cokayne résidaient à Rushton Hall dans le Northamptonshire.

 Charles Cokayne, 1er vicomte Cullen, avait plusieurs enfants de son mariage avec Mary O’Brien, dont son fils aîné, Brien Cokayne, qui avait six ans de plus qu’Elizabeth Trentham, et qui devait devenir plus tard le 2ème vicomte Cullen.

 Le contrat de mariage entre les deux enfants fut rapidement signé par leurs pères respectifs vers 1644 ; Elizabeth avait alors sept ans, et Brien, treize. Il était convenu que le jeune époux, dès la signature du contrat, irait parfaire son éducation à l’étranger.

 Brien Cokayne quitta l’Angleterre avec son tuteur pour entreprendre ce qu’on appelait alors « le grand Tour », c’est à dire un voyage de plusieurs années pour parfaire son éducation en commençant par la France, pour finir par l’Italie. Il ne reviendrait en Angleterre que pour consommer son mariage lorsque Elizabeth aurait seize ans.

 Une fois Brien Cokayne parti, la jeune Elizabeth paracheva son éducation à Rocester, la demeure familiale. Hélas, son père tomba gravement malade, quelques semaines après la signature du contrat de sa fille, et il mourut en avril 1644. Elizabeth se retrouva seule avec sa mère, qui s’empressera l’année d’après, en 1645, d’épouser un sien cousin, John Bowyer.

 Au fil des ans, la beauté d’Elizabeth Trentham s’épanouissait de même que sa fortune personnelle : elle hérita en 1649 des terres de son grand oncle, Christopher Trentham, qui lui laissa les terre de Rocester Priory dans le Staffordshire. L’année d’après, en 1650, ce fut un autre héritage qui lui échut : le château de Hedingham dans l’Essex qui lui revenait du fait de l’absence de lignée de la famille de Vere (les comtes d’Oxford).

NT; (c) Kingston Lacy; Supplied by The Public Catalogue Foundation

Elizabeth Trentham vicomtesse Cullen (portrait par Peter Lely en 1665)

 Les Trentham passèrent sans encombre la période difficile du début du protectorat de Cromwell. Ils n’avaient pas rejoint le camp des royalistes qui se battaient pour la cause des Stuarts (Charles II étant alors en exil en France), alors que d’autres familles se ruinaient pour servir la cause royale. Ce fut le cas des Cokayne : le beau père d’Elizabeth rassemblera avec ses fonds personnels une troupe de cavaliers pour 7 515 livres afin de servir la cause du roi Charles 1er. A l’arrivée au pouvoir de Cromwell, il continua à alimenter la cause royale pour plus de 50 000 livres, et il était au bord de la ruine au moment de la Restauration en 1660.

 Heureusement, son fils Brien avait épousé une riche héritière ! En 1653, lorsqu’Elizabeth eut atteint l’age de seize ans, son époux revint enfin en Angleterre après plusieurs années d’absence. Brien Cokayne était devenu un jeune homme séduisant, et Elizabeth avait atteint cette beauté que certains hommes commençaient déjà à remarquer.

 Quelle fut la réaction d’Elizabeth à la vue de son époux ? L’aimait elle ? Il est probable que l’ayant connu depuis l’enfance, l’affection de la jeune fille se soit muée en amour sincère. La perspective d’épouser un vicomte, et le fait que son futur époux était un homme plutôt séduisant dû conforter la jeune fille dans l’idée de ce mariage arrangé. Du moins jusqu’au jour des noces, où un scène très désagréable devait faire voler en éclats les illusions qu’Elizabeth s’était faite sur son mari et son mariage.

 rushtonhallRusthon Hall dans le Northamptonshire

Car pendant toutes ces années passées en France et en Italie, le jeune homme avait parachevé son éducation militaire, mais surtout amoureuse. En effet, à Rome il était tombé amoureux d’une belle comtesse italienne qui s’était entichée de lui, et qui avait entrepris d’en faire son amant en titre. Le jour où Brien Cokayne sut qu’il devait repartir en Angleterre, il s’arrangea pour quitter son amie en lui promettant de revenir bien vite. Mais il se garda bien de lui dire qu’il partait pour se marier.

 Or la belle italienne eut connaissances des noces imminentes de son amant. Folle de rage, elle sauta dans un carrosse, entreprit la traversée périlleuse de la France, et traversa la Manche. Une fois le pied en Angleterre, elle se rendit d’une traite dans le Northamptonshire et arriva à Rushton Hall, le jour même des noces, et en plein banquet.

 C’est ainsi qu’Elizabeth Trentham vit débarquer une dame, toute de noire vêtue, qui vint se planter devant son mari. Elle s’empara d’un gobelet empli de vin, et à la stupéfaction des convives, et en tout premier lieu de son ancien amant, elle prédit (dans un anglais parfait) au jeune époux une vie misérable, et à la jeune épouse la pauvreté imminente et une vie d’angoisse.

elizabethtrenthamviscountesscullenPortrait présumé d’Elizabeth Trentham vicomtesse Cullen

 Aussitôt sa diatribe terminée, elle tourna les talons et s’enfuit d’Angleterre à jamais. Les paroles de l’italienne bafouée devaient s’avérer exactes : le mariage ne fut pas heureux. Avec un scandale aussi retentissant, Elizabeth ne devait jamais pardonner à son époux. Ce dernier se révéla en plus un vrai panier percé, et il se prodigua en dépenses en tout genre, en piochant allègrement dans la dot de sa femme, quant à Elizabeth elle devint une jeune épouse extravagante. Nulle toilette, nul bijou ne l’arrêtait ; ce qu’Elizabeth voulait, elle l’obtenait.

 Leur revenu annuel était pourtant de 8 000 livres, une somme énorme à l’époque, mais les deux époux dépensaient sans compter.

 jamesscott6James Scott duc de Monmouth, fils naturel de Charles II

Malgré ce début de vie conjugale compliquée, Elizabeth Trentham donna tout de même six enfants à son mari : trois fils et trois filles. Le premier, Charles, naquit en 1658 cinq ans après la scène horrible du mariage (il sera le 3ème vicomte Cullen).

Pendant ce laps de temps, Elizabeth avait elle refusé de recevoir son époux ? ou ce dernier l’avait il tout simplement oublié à Rushton Hall ? Nul ne le sait. Quant au deuxième enfant, Trentham, il naquit cinq ans après le premier (en 1663). A cette époque, cela faisait maintenant trois ans que le roi Charles II était revenu sur son trône en Angleterre. La nouvelle cour du roi attirait alors tout ce qu’il y avait de jolis femmes : c’était un monarque joyeux et amateur de beauté, et totalement sous l’emprise de son exigeante maîtresse, la très belle Barbara Villiers, comtesse de Castlemaine.

 En épousant la portugaise Catherine de Bragance, Charles II insista pour que les dames d’honneur de la reine Catherine soient choisieq parmi les plus belles femmes du royaume. C’est ainsi que Elizabeth Trentham fut appelée à Londres, et devint dame d’honneur de la reine. Son mari, Brien Cokayne était devenu le 2ème vicomte Cullen à la mort de son père en 1661. La toute nouvelle comtesse Cullen fit alors sensation à la cour du roi, de part sa beauté et son extravagant train de vie. Riche et belle, elle ne se lassait pas de se montrer parée des plus beaux bijoux.

 En 1665, elle accouchera de son troisième enfant, George. L’année suivante, sa première fille, Elizabeth, verra le jour.

 Dix ans plus tard, à l’âge de trente neuf ans, elle accouchera de son cinquième enfant, Mary (née en 1676), puis cinq ans plus tard, elle mettra au monde sa dernière fille, Katherine (en 1681) qui mourra après quelques heures d’existence. A sa dernière maternité, la vicomtesse Cullen avait quarante quatre ans !

  castlehenninghamCastle Hedingham dans l’Essex

A cette époque, Elizabeth Trentham, vicomtesse Cullen, avait depuis longtemps quitté la cour, et elle était devenue la maîtresse cachée du jeune et beau James Croft, duc de Monmouth, le fils illégitime du roi Charles II. Elle avait treize ans de plus que lui, mais sa beauté et sa fortune attirait cet éternel trublion. Elle lui prêtait des fonds et lui donnait asile à Rushton Hall en 1682 et en 1683, et c’est dans la chambre du duc (the Duke’s Room : toujours ainsi nommée de nos jours) qu’elle fera suspendre pour son amant le tableau que Peter Lely avait peinte d’elle (alors qu’elle est entièrement jeune mariée) nue, allongée sur un canapé. Elle y est représentée impudiquement dans une pose voluptueuse qui résume toute sa beauté.

 Il semble qu’à cette époque les deux époux Cullen se soient séparés : Elizabeth réside dans le Northamptonshire et son mari reste à Londres. En 1685, Brien Cokayne deviendra capitaine d’une troupe de cavalerie. A la cour de Charles II il n’aura pas brillé par son parcours militaire, le vicomte Cullen étant surtout connu à Londres pour ses dépenses, ses débauches et sa vie déréglée.

 C’est aussi en 1685 qu’Elizabeth Trentham apprendra l’exécution de son jeune amant, le duc de Monmouth, décapité à la Tour de Londres (pour trahison) le 15 juillet 1685, pour avoir levé des troupes contre son oncle James II (frère de Charles II), à qui il eut l’idée malheureuse de disputer la légitimité du trône.

 Deux ans plus tard, Elizabeth devenait veuve en 1687, à l’âge de cinquante ans. En reprenant les papiers de son époux, elle apprit par son homme de confiance que ses terres étaient toutes hypothéquées.

 Elle sera forcée de vendre les terres venant de l’héritage paternel, et elle vendra Castle Hedingham.

 Devenue soudainement pieuse à l’approche de la soixantaine (et ayant vu mourir avant elle trois de ses enfants, dont son fils aîné, son héritier), elle se rapprochera de la religion et entreprit d’aider les pauvres de sa paroisse.

brien.0.cokayneBrien Cokayne 2ème vicomte Cullen

L’année de sa mort, en 1713, elle vendra en avril les terres d’Essex pour payer ses dettes, et elle rendra l’âme à dieu à Kettering, à l’âge de soixante quinze ans le 30 novembre 1713.

 Elle sera enterrée dans l’église St Peter de Rusthon auprès de cet époux qu’elle avait sans doute aimé sans se faire beaucoup d’illusions à son sujet.

 L’épitaphe de sa tombe (qui reposait à l’église St Peter’s de Rushton,) et qui fut déplacée dans l’église des All Saints, lorsque St Peter’s fut voué à la démolition, résumait ainsi sa vie :

 … » dans l’espoir d’une résurrection reposent ici les restes de lady Elizabeth Cullen et de Brian lord vicomte Cullen : elle était la fille et seule héritière de sir Francis Trentham de Staffordshire et de lui reçut la seigneurie de Rocester dudit comté et Castle Hedingham dans le comté d’Essex. Bien qu’il s’agisse d’un bel héritage, le Seigneur la combla à son tour de bienfaits en lui donnant trois fils et deux filles : Charles, Trentham, George, Elizabeth et Mary. Cette dame fut faite veuve lorsqu’elle eut 50 ans et le demeura pendant encore 25 ans, étant alors devenu un fervent exemple de piété envers Dieu ainsi qu’une mère attentionné et tendre envers ses enfants et pleine de charité envers les pauvres ; elle continua dans cette voie jusqu’à ce que Notre Seigneur la rappelle auprès de lui et elle fut reçue dans les Cieux le 30 novembre de l’année de Notre Seigneur 1713.…. »

 De nos jours, deux des résidences d’Elizabeth Trentham : Rushton Hall (dans le Northamptonshire), et castle Hedingham (dans l’Essex) se visitent et sont devenus des chambres d’hotes de luxe ; les deux demeures historiques accueillent des manifestations comme les mariages, les tournages de films, etc…

 Elizabeth Trentham vicomtesse Cullen donna six enfants à son époux :

  • Charles Cokayne, 3ème vicomte Cullen né le 15 novembre 1658 et mort le 30 décembre 1688 à Oxford. Il épousera le 26 décembre 1678 Katherine Willoughby (1655-1688) dont il aura deux enfants, dont Charles le 4ème vicomte Cullen (1686-1716).

  • Trentham Cokayne, né le 5 novembre 1663 et mort en 1690.

  • George Cokayne, né le 16 juillet 1665 et mort le 12 juillet 1722 ; il épousera le 24 avril 1683 Mary Dixie (1660-1716). veuve du baron Willoughby of Parham.

  • Elizabeth Cokayne, née le 20 octobre 1666 et morte en novembre 1739 ; elle épousera Thomas Crathorne.

  • Mary Cokayne, née le 11 mars 1676, morte en 1753, sans alliance.

  • Katherine, née et morte le 19 septembre 1681.

 

Descendants d’Elizabeth Trentham

<< ^^

Jusqu’aux petits-enfants.

Elizabeth Trentham, née en 1637, baptisée le 22 octobre 1640, décédée le 30 novembre 1713, inhumée, St Peter’s Rushton in Northamptonshire (à l’âge de 76 ans), lady of the Bedchamber to Queen Katherine.
Mariée en 1653 avec Brien Cokayne, Baron Cullen (2e), Viscount Cullen (2e), né le 12 septembre 1631, décédé en juillet 1687, inhumé, St Peter’s Church, Rushton, co. Northampton (à l’âge de 55 ans), captain of a Troop of Horse 1685, dont

Total: 8 personnes (conjoints non compris).

Sources :

  • the protestant duke de Violet Wyndham.
  • Samuel Pepy’s diary
  • Some account of the family of Cockayne, lords viscount Cullen and of the parish of Rushton, co Northamptonshire.
  • site Roglo.eu

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.