Olga Aleksandrovna Zherebtsova, “Madame Gerebtzoff” (1766-1849)


Née à Vladimir (Russie) en 1766

Morte à Saint Petersbourg (Russie) le 1er mars 1849

Enterrée au monastère Saint Serge à Saint Petersbourg

Olga Aleksandrovna Zoubov naquit en 1766 dans la ville de Vladimir (située à 100 km à l’est de Moscou) ; elle était le quatrième enfant de Alexandre Nikolaevitch Zoubov (1727-1795) et de son épouse Elisabeth Vassilievna Voronova (1742-1814).

Le père d’Olga était gouverneur de la province de Vladimir et il avait acquis une fortune considérable grâce à de nombreux pots de vin acquis. Les parents d’Olga devaient avoir sept enfants et les plus connus d’entre eux devaient être Olga, son frère Platon (d’un an plus jeune qu’elle) et le dernier frère Valerian (né cinq ans après Olga).

Il s’agissait là d’un mariage de convenance, le mari d’Olga a douze ans de plus qu’elle, mais il est charmé par la beauté de la jeune fille. L’année suivant leur mariage, Olga donna naissance à son premier enfant, un fils Alexandre. Puis viendront trois autres enfants : Alexandra en 1783 (qui mourra à deux ans), Elisabeth en 1787, et Nicolas en 1792.

Tous les enfants du couple Zoubov avaient hérité de la beauté de leur mère qui était une très belle femme, dont seul l’embonpoint devait atténuer les charmes dans les années qui allaient venir. L’inconvénient des filles trop belles c’est que leurs parents les marient très jeunes : Anna, la sœur ainée d’Olga fut mariée en 1775 à l’âge de quinze ans à Osip Ivanovich Khorvat, quant à Olga c’est à l’âge de quatorze ans qu’on la maria à un noble russe, chamberlain à la cour de l’impératrice Catherine II de Russie : Alexandre Alexeivitch Zherebtsov.

Le mari d’Olga occupait une place limitée dans sa vie (ils n’avaient rien en commun) : la mésentente du couple fera fuir son époux qui partira vivre avec leurs enfants une grande partie de l’année sur leur domaine de Rovnoe.

Alexandre Alexeievitch Zherebtsov, mari d’Olga

Olga, quant à elle, va suivre le destin exceptionnel de son frère cadet Platon Zoubov.

En 1790, ce dernier qui est lieutenant des gardes à cheval de l’impératrice Catherine II, est repérée par cette dernière qui tombe sous le charme de ce très beau jeune homme. En très peu de jours, le jeune homme de vingt trois ans devient l’amant de la vieille impératrice de soixante deux ans. Ce sera le dernier amour de celle-ci qui en est folle amoureuse. Les faveurs tombent bientôt sur Platon : il est installé dans l’appartement des favoris qui jouxte celui de la tsarine au Palais d’Hiver à Saint Petersbourg.

Platon Zoubov, frère d’Olga, par Johann Eggink

Il est bientôt nommé grand maitre de l’artillerie et est bientôt courtisé par toute la cour dès lors que sa faveur devient publique (les généraux russes se disputent l’honneur de lui servir son café). Platon Soubov décide aussitôt d’en faire profiter sa famille, et il fait venir celle-ci à Saint Petersbourg. Ses frères ainés, Nicolas et Dimitri sont faits généraux.

Son père et sa mère s’installe près du Palais d’Hiver et sa sœur Olga achète une maison dans la ville. Elle devient la coqueluche de la société russe. Ses contemporains sont unanimes pour reconnaitre la beauté d’Olga (d’ailleurs elle et ses frères se distinguent par une beauté slave envoutante, Valerian, le dernier frère Zoubov étant réputé comme étant, après son frère Platon, le « plus bel homme de Russie »). 

Valerian Aleksandrovitch Zoubov, frère d’Olga

Certains le soupçonnent même d’avoir lui aussi partagé le lit de l’impératrice à l’insu de son frère Platon.  Ce qui n’empêche pas Catherine II (même si elle est infidèle) de combler son favori d’honneur : lorsqu’il demande pour son père Alexandre Zoubov la dignité de comte de Saint Empire romain, l’impératrice en fait la demande à François II, empereur d’Autriche, qui accorde cette dignité le 7 février 1793 (quelques années plus tard le même empereur accordera pour Platon la dignité de prince du saint empire romain, le 2 juin 1796).

Alexander Nikolaeivitch Zoubov, père d’Olga

Ainsi Fédor Rostoptchine rapporte à Semion Romanovitch Vorontsov le 20 août 1795, que « le comte Zoubov est tout ici. Il n’y a aucun autre désir que le sien. Sa puissance est supérieure à celle de Potemkine. Il est aussi irresponsable et incapable qu’avant, bien que l’impératrice continue à répéter qu’il est le plus grand génie que l’histoire de Russie ait connu. »

L’impératrice, jalouse, le fait suivre lorsque Platon se rend à un bal hors du Palais d’Hiver mais le jeune homme rentre sagement dans ses appartements après les fêtes : Catherine II est rassurée et elle ne l’aime que plus.

l’impératrice Catherine II en 1794 par D. Levitskiv

Dans le sillage de son frère, Olga est invitée à de nombreux bals à la cour ; comme ses frères elle a reçu une éducation raffinée même si elle reconnait qu’elle ne sait pas chanter ni être très douée pour la conversation de salon.

Son mari étant notoirement absent, elle attire bientôt les soupirants et le plus hardi d’entre eux est le grand-duc Pavel Petrovitch, héritier et fils de Catherine II (futur Paul 1er) qui en est tombé amoureux.

Mais Olga ne lui accorde pas un regard, car son cœur s’est emballé pour un bel homme de quatorze ans plus âgé qu’elle et qui est l’ambassadeur anglais à Saint Petersbourg. Il y est depuis deux ans et il se nomme Charles Whitworth (il ne deviendra le comte Whitworth qu’en janvier 1815). Napoléon 1er qui le rencontrera beaucoup plus tard le décrira comme « très bel homme ». Il est de plus célibataire, et pour Olga il représente bientôt l’amour avec un grand A.

Ses fonctions d’ambassadeur ne lui confèrent pas une rente exceptionnelle, et il est souvent à court d’argent. Il n’a aucune fortune personnelle, étant le 3ème fils.

Qu’importe le statut financier pour Olga, dès qu’elle devient sa maitresse en 1791 (elle a vingt-cinq ans), elle l’entretient sur un grand pied, car elle est elle-même richissime. Cette grande passion va durer neuf ans et l’ambassadeur d’Angleterre ne quitte guère la maison d’Olga, sauf quand le mari de celle-ci fait un retour intempestif le temps de quelques semaines avant de retourner sur ses terres.

Charles Whitworth, lord Whitworth en 1790 par Johann von Lampi

Les contemporains d’Olga pensaient que lord Whitworth s’était engagé à l’épouser dès lors qu’elle aurait obtenu un divorce de son époux, divorce pourtant bien peu probable dans la Russie tsariste.

Pendant cinq ans, la vie d’Olga va se régler sur le rythme des bals, des invitations de la cour de l’impératrice vieillissante, mais le 5 novembre 1796, l’impératrice Catherine II meurt, terrassée par une attaque d’apoplexie.

Olga Zherebtsova par Jean Louis Voille en 1780

Aussitôt prévenu de la mort de sa vieille maitresse, Platon Zoubov quitte le Palais d’Hiver et s’installe chez sa sœur Olga.  Le fils de Catherine II, Paul 1er lui succède aussitôt. Il a toujours entretenu de bons rapports avec le jeune favori de sa mère, et dans un premier temps laisse entendre au jeune homme que ce dernier a toujours sa confiance. Olga devient plus prudente et abandonne sa vie frivole car elle connait bien son ancien soupirant : ce dernier peut détester le lendemain ce qu’il a aimé la veille. L’instinct de la jeune femme lui donne raison, au fil des mois, la position de la fratrie Zoubov se fragilise à la cour du nouveau tsar.

Au fil des mois, ses frères sont exilés un à un, le premier étant Platon, deux mois après la mort de Catherine II : le nouveau tsar lui accorde un congé de deux ans (qu’il n’avait pas demandé) pour voyager à l’étranger. Bientôt Olga reste la seule de sa famille à Saint Petersbourg.

le tsar Paul 1er en 1796 par Vladimir Borovikovsky

En 1798 Paul 1er met fin à l’exil de Platon Zoubov qui s’était d’abord rendu à Riga puis en Allemagne, mais ce dernier ne revient pas à Saint Petersbourg, il est maintenu sur ses terres de Vladimir.

Toujours versatile, le tsar change d’avis et nomme Platon chef du 1er corps de cadets à la fin de l’année 1800.

Un à un les frères d’Olga reviennent en Russie (Nicolas et Valerian) et la maison d’Olga les accueille à leur passage à Saint Petersbourg.

Lord Whitworth est toujours présent chez Olga (il vit pratiquement avec la jeune femme aux yeux de tous) et bientôt l’Angleterre par le biais de lord Whitworth incite les mécontents du règne de Paul 1er à se réunir afin de pouvoir chasser celui-ci du pouvoir.

En effet, les ordres et contre ordres du tsar déstabilisent tout le monde, chacun se demande si le tsar a bien toute sa tête : un jour, il condamne tous les possesseurs de chapeaux ronds à être jetés en prison s’ils sont surpris coiffés de ce couvre-chef en pleine rue : plusieurs voyageurs anglais se retrouvent ainsi dans les geôles russes, après avoir été rudement malmenés par les policiers. Une autre loi de Paul 1er provoque l’irritation des nobles : lorsqu’un carrosse ou un cavalier croisent le véhicule transportant l’empereur, ce dernier doit arrêter son cheval ou son véhicule, se prosterner face contre terre en attendant le passage du convoi impérial (les femmes sont autorisées à rester à la portière et à incliner leur tête). C’est la prison pour tous les contrevenants.

Il remet au gout du jour 2 000 actes rétablissant par exemple les châtiments corporels pour les nobles et les rappelant au service actif dans l’armée. La noblesse russe est exaspérée et souhaite évincer Paul 1er pour mettre à sa place le fils ainé de ce dernier, le grand-duc Alexandre (qui était le successeur désigné de Catherine II dans le testament de celle-ci).

Mais surtout il change d’avis sur sa politique intérieure et se range aux côtés de Bonaparte en 1800 en rompant par conséquent son alliance avec l’Angleterre.

En avril 1800, les liens avec l’Angleterre sont rompus et le tsar demande à lord Whitworth de quitter Saint Petersbourg immédiatement. L’amant d’Olga doit donc s’exécuter, l’ambassade d’Angleterre doit fermer.

Pour Olga c’est le drame, elle voit son amant préparer ses malles et reprendre le chemin de l’Angleterre à la fin d’avril 1800. Sa rage et sa colère se transforment en haine contre Paul 1er et elle ouvre sa porte aux conjurés qui projettent l’assassinat du tsar, et non plus son abdication. Les préparatifs vont durer un an.

Le 11 mars 1801, les frères Zoubov (Platon et Nicolai) guidés par le comte Pierre Pahlen gouverneur militaire de St Petersbourg, se décident à tuer l’empereur : les conjurés pénètrent dans la chambre de Paul 1er, s’emparent de ce dernier, l’assomment et l’étranglent avec une ceinture. Puis Platon Zoubov se rend à l’autre bout du Palais d’Hiver annoncer au grand duc Constantin (fils de Paul 1er et frère d’Alexandre) que son frère ainé, Alexandre est désormais tsar de Russie. 

Le tsar assassiné n’entretenait pas de bonnes relations avec ses enfants qui avaient tous été élevés par Catherine II, qui les retirait à leur mère dès leur naissance.

Le nouvel empereur Alexandre 1er n’a donc aucun mal à accepter le trône dans les circonstances tragiques du moment. Il était partisan d’une abdication de son père et la mort de ce dernier n’avait pas reçue son approbation.

Dans un premier temps, le nouveau tsar traite Platon Zoubov avec clémence mais il l’incite vivement à voyager à l’étranger ce qu’il fait à la Noel 1801 en se rendant à Vienne.

Quant à Olga, dès l’annonce de la mort de Paul 1er, elle prend la route de Londres dans le but bien précis de retrouver son amant.

En faisant une halte à Berlin en mai 1801, elle apprend avec stupéfaction, par les journaux, que lord Whitworth s’est marié un mois auparavant avec la veuve de John Frederick Sackville 3ème duc de Dorset, Arabella Diana Cope, une riche héritière anglaise qui est de plus une beauté renommée. Elle a trois ans de moins qu’Olga et elle possède un revenu de 13 000 livres à l’année, elle possède les maisons de Dorset House et de Knole Park. Charles Whitworth et elle se connaissent depuis des années car Charles avait commencé sa carrière diplomatique grâce aux relations du duc de Dorset.

Pour Olga c’est une trahison impensable : elle est folle de rage. Toute autre qu’elle aurait rebroussée chemin mais Olga reprend sa route et arrive à Londres au début de l’été 1801. Elle prend ses quartiers à l’ambassade de Russie, et se met à traquer les allées et venues de son ancien amant qu’elle tente de reconquérir.

Ce dernier refuse de la recevoir et lui oppose un visage fermé à toutes ces tentatives. L’ambassadeur russe à Londres confie dans sa correspondance qu’il ne comprend pas comment une dame de la haute société russe, mariée avec des enfants, « se confesse à tout va et exprime son désespoir de ne pas être libre de rencontrer l’homme de sa vie depuis que ce dernier s’est marié ».

Arabella duchesse de Dorset, future lady Whitworth en 1790 par John Hoppner

La plus confuse est surement la nouvelle épousée qui voit surgir celle qu’on appelle Madame Gerebtzoff à tous les bals de la cour de George III, et qui assiège littéralement son nouvel époux. Ce dernier résiste pourtant, et finit par se retirer sur ses terres avec sa femme dès lors que la saison s’achève à Londres.

En désespoir de cause, Charles Whitworth obtient le poste d’ambassadeur anglais à Paris, et prend possession de son poste en novembre 1802 en mettant des kilomètres de distance entre lui et son ancienne maitresse. Il est reçu par l’empereur Napoléon 1er en décembre, et sa femme est reçue par l’impératrice Joséphine à Saint Cloud. Mais le couple ne résidera qu’un an à Paris puisque l’Angleterre déclarera la guerre à la France en mai 1803.

De retour à Londres en mai 1803, le couple Whitworth revoit ressurgir l’encombrante Olga ; cette dernière accepte de les laisser tranquille en compensation d’un versement de 10 000 livres en dédommagement des prêts d’argent consentis par cette dernière en faveur de lord Whitworth lorsqu’il était ambassadeur en Russie. Arabella, lady Whitworth lui verse l’argent réclamé afin de se débarrasser de l’ancienne maitresse russe de son mari.

Pourtant Olga ne manque pas de moyens financiers et elle peut mener un train de vie digne d’elle, puisqu’elle a aussi récolté les 2 millions de rouble que le gouvernement anglais avait mis à la disposition des conspirateurs et assassins du tsar Paul 1er dont elle faisait partie.

le prince George, le Régent (futur George IV)

En 1804 son mari vient même lui rendre visite à Londres accompagné de leurs enfants. Peut être s’agit il d’un semblant de réconciliation ?

Toujours est il qu’Olga n’est pas pressée de retourner en Russie. Elle continue à fréquenter la société de Londres et notamment fait partie très vite du cercle du prince George (futur Régent) dont elle devient la maitresse en novembre 1805.

A la suite de cette liaison, elle donne naissance à un garçon en 1806 dont elle attribue la paternité au prince de Galles. Elle le prénomme George Nord. Ses contemporains attribuent ce fils à lord Whitworth, mais il est plus vraisemblable qu’il s’agisse d’un enfant de son époux lors de leur réconciliation momentanée. Le mari d’Olga, qui est de faible constitution finit par mourir en 1807 en Russie.

Ce n’est qu’en 1810 qu’Olga retourne en Russie, elle a alors trente quatre ans.

Elle s’installe définitivement à Saint Petersbourg avec ses enfants où elle vit ses dernières années.

Palais d’Hiver à Saint Petersbourg

Elle patronnera des intellectuels, notamment Alexandre Herzen qui parlera d’elle dans ses mémoires « mon passé et mes pensées » :

Il la comparera à un arbre solide, qui bien que dépouillé de ses feuilles en plein hiver, réussissait tout de même à garder son franc parler et sa bravoure qui lui permettait d’affronter toutes les tempêtes.

Elle apprendra la mort du comte Whitworth, son ancien, amant, le 13 mai 1825 : il avait 72 ans. Son épouse lady Arabella le suivra dans la tombe trois mois plus tard.

Elle meurt le 1er mars 1849, sous le règne du tsar Nicolas 1er, à l’âge de quatre vingt trois ans. Elle aura enterré trois de ses enfants et seul son fils Nicolas lui survivra.

Elle est inhumée dans le caveau des Zoubov au monastère de Saint Serge à Saint Petersbourg. Elle est la dernière de la fratrie Zoubov à mourir : elle rejoint ainsi Valerian (mort en 1804) et Platon (mort en 1822).

Sources :

  • Effroyables tsarines de Henri Troyat
  • Wikipedia.ru

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