Georgiana Caroline Lennox baronne Holland (1723-1774)

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Caroline Lennox en 1755

Née le 27 mars 1723 – Richmond House, Whitehall, Londres (Royaume Uni)
Morte le 24 juillet 1774 à Londres, Holland House.
Inhumée à Farley dans le Wiltshire

 Née à Richmond House, résidence des ducs de Richmond à Londres, elle était l’aînée des enfants de Charles Lennox 2ème duc de Richmond (petit fils de Louise de Kéroualle, duchesse de Portsmouth, voir « Webzine janvier 2011) et de son épouse Sarah Cadogan.

Richmond House était une résidence de trois étages, partiellement reconstruite par le 2ème duc de Richmond en 1730, avec un jardin privé qui était attenant au palais royal de Whitehall, résidence du roi à Londres : au sud, la pelouse descendait en pente douce jusqu’à la Tamise.

Le grand père de Caroline, Charles Lennox, 1er duc de Richmond, était l’un des nombreux bâtards du roi Charles II. Il était né de la liaison du roi avec une bretonne, Louise de Kéroualle, faite duchesse de Portsmouth par son amant. A la mort de Charles II, Louise de Kéroualle s’était retirée en France (sur ses terres dans le Berry), avec son fils. Ce dernier n’avait pas tardé, à l’âge de dix huit ans à quitter sa mère, et à retourner vivre en Angleterre, reniant le catholicisme, et adhérant sans rechigner au nouveau régime de William III, hostile aux Stuarts, chassés d’Angleterre. Il devint très vite un anglican loyal, et un Whig, défenseur de la dynastie des Hanovre. Il était charmant, cosmopolite, frivole, mais surtout (comme sa mère Louise de Kéroualle), amoureux du jeu, et eut rapidement des dettes de jeux énormes à régler.

charles10Charles Lennox, 2ème duc de Richmond et sa femme Sarah Cadogan, les parents de Caroline Lennox (portrait par Jonathan Richardson en 1726)

 Un jour, le 1er duc de Richmond se retrouva à La Haye, en Hollande, à une table de jeu vis-à-vis du comte irlandais Cadogan, un des premiers officiers du duc de Marlborough. Perdant au jeu, le 1er duc de Richmond proposera à son partenaire de s’acquitter de sa dette en proposant son propre fils, Charles, alors comte de March (futur 2ème duc de Richmond) comme mari de la fille de Cadogan, Sarah, qui était élevée au couvent, avec une réduction de 5 000 livres de la dot pour effacer sa dette. Le mariage des futurs parents de Caroline Lennox fut alors promptement réglé. Le jeune comte de March, âgé de dix huit ans, fut soustrait à ses études, expédié en Hollande, à La Haye, où on le maria aussitôt à une fillette maigrelette, âgée de treize ans qu’il n’avait jamais vu. Le jeune Charles eut juste le temps de s’exclamer « Ah non, on ne va quand même pas me marier à cette mocheté ! » avant d’être proprement uni à celle qui allait devenir la 2ème comtesse de Richmond.

Après la cérémonie, le comte de March fut embarqué pour l’Italie avec son précepteur pour une tournée de trois ans à travers toute l’Europe, afin d’accomplir la fin de ses études. La jeune comtesse de March, Sarah Cadogan, fut elle promptement ramenée à son couvent.

Trois ans plus tard, le comte de March revenait à Londres, et peu pressé de revoir celle qui était sa femme, et qu’il s’était fait un devoir d’oublier pendant ces longues années, (mais qui entre temps avait gagné le sol anglais), se proposa de fêter son arrivée dans un théâtre londonien. Comme la plus grande partie de l’assistance, il fut plus soucieux de regarder vers les loges et l’orchestre, que vers la scène. Remarquant une jeune femme particulièrement ravissante, il se tourna vers son voisin pour lui demander qui elle était. Celui-ci lui répondit « vous devez être un étranger en ces lieux pour ne pas la connaître, c’est la coqueluche de la ville, la belle lady March ». Il s’agissait en effet de Sarah Cadogan, âgée de seize ans, accompagnée de son chaperon, qui de vilain petit canard s’était métamorphosée en cygne ravissant.

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Caroline Lennox et sa mère Sarah Cadogan 2ème duchesse de Richmond, en 1726

Le comte de March ne perdit pas un instant pour se faire présenter et reconnaître à celle qui était son épouse légitime. Grand, beau, élégant, le jeune homme ne tarda pas à se faire aimer de sa jeune épouse, qui ne lui tint pas rigueur de son absence pendant toutes ces années. Le père de Caroline ne manquait jamais de raconter à ses enfants cette histoire qu’il se plaisait à embellir à ravir, car il ne se cachait pas d’être amoureux de son épouse, et ce comme au premier jour.

Et son épouse lui rendait son amour au centuple. Le mariage du 2ème duc de Richmond avait été l’évènement le plus romanesque de sa vie.

 En 1723, (soit un an après son retour en Angleterre), il devenait à la mort de son père, le 2ème duc de Richmond. Caroline Lennox, premier de ses enfants, était née trois mois plus tôt. Sarah Cadogan n’eut de cesse de donner des héritiers à son époux : pendant les vingt huit ans de son mariage, Sarah Cadogan fut enceinte vingt trois fois ! Mais elle ne donnera naissance qu’à douze enfants, les autres seront des fausses couches trop rapprochées pour être viables :

Caroline Lennox fut la première le 27 mars 1723, vinrent ensuite :

  • Charles né et mort en septembre 1724.

  • Louisa Margaret, née novembre 1725, morte à l’âge de deux ans.

  • Anne, née en mai 1726, morte à un an.

  • Charles né en septembre 1730, mort à deux mois.

  • Emily Mary, née en octobre 1731, morte en mars 1814, future duchesse de Leinster.

  • Charles, né en février 1735, mort en décembre 1806, futur 3ème duc de Richmond.

  • George, né en novembre 1737, mort en mars 1805, père du 4ème duc de Richmond.

  • Margaret, née en novembre 1739, morte deux ans plus tard.

  • Louisa, née en novembre 1743, morte en 1821, épousera Thomas Conolly, l’homme le plus riche d’Irlande.

  • Sarah, née en février 1745, morte en août 1826, qui aurait pu être reine d’Angleterre.

  • Cécilia, née en février 1750, morte à l’âge de dix neuf ans.

Caroline Lennox fut la seule à rencontrer son arrière grand-mère, Louise de Kéroualle, lors d’un voyage que fit le 2ème duc de Richmond à Aubigny, dans le Berry, vers 1728. Caroline Lennox passera alors tout l’hiver avec son arrière grand-mère, l’ancienne favorite de Charles II.

 caroline4Caroline Lennox avec son poney par John Wootton en 1733

Dès son plus jeune âge, Caroline fut élevée avec la certitude (en prenant exemple sur la mariage de ses parents) qu’un bon mariage ne peut réussir que si les deux époux s’aiment véritablement. Son éducation fut, de plus, très pointue : elle apprit à tenir une conversation brillante, a participé aux fêtes et aux bals de l’aristocratie londonienne, et développera très vite un goût prononcé pour la lecture, et la rédaction d’une correspondance abondante avec ses amis. Elle était bilingue (anglais – français) et correspondait aussi bien dans l’une ou l’autre langue. On fit d’elle de nombreux portraits : elle fut une enfant choyée, vêtue superbement et nourrie sainement. Sa dot s’appuyait sur l’immense fortune familiale des Richmond, et s’élevait à 10 000 livres. Elle était prête pour briguer ce qu’une femme de sa classe pouvait espérer : un mariage dans une famille noble, et une charge à la cour.

 Le duc et la duchesse de Richmond suivaient les déplacements de la cour. Quand le roi résidait à Saint James, la famille Lennox prenait ses quartiers dans sa résidence de Richmond House, à Londres. Mais si George II se déplaçait à Hampton Court ou à Windsor, le duc de Richmond, sa femme et ses enfants, suivaient les déplacements. En effet, Sarah Cadogan, duchesse de Richmond, sera dame d’honneur de la reine Caroline of Brandenburg-Ansbach (femme de George II) de 1724 à 1737 : elle gérait pour celle-ci les repas, et les vêtements, envoyait les serviteurs chercher des livres, des corbeilles à ouvrage… Son époux, accomplissait les même tâches auprès du roi en tant que gentilhomme de la chambre du roi…

Il le fera pendant sept ans, mais il était surtout un avide collectionneur : il recevait les savants et les chercheurs chez lui pour discuter des nouvelles découvertes, il eut une collection de plantes et d’animaux exotiques. Il se passionnait aussi pour la médecine. A Goodwood, résidence d’été du duc de Richmond, il fit aménager une ménagerie exotique comprenant des loups, des ours, des tigres, des léopards et même un tatou ! La duchesse de Richmond et ses filles, Caroline, puis ensuite Emily lorsqu’elle fut plus grande, se contentaient de répertorier les sacs de coquillages que les capitaines de navire rapportaient de leur voyage, en plus des animaux destinés à la ménagerie du duc de Richmond. C’est ainsi que naquit la grotte aux coquillages de Goodwood, grotte entièrement tapissée de coquillages scrupuleusement placés par la duchesse et ses filles.

henryfox1Henry Fox par Antonio David en 1732 (à l’époque, il était un séducteur né)

 Mais Caroline Lennox vécut aussi une enfance baignant dans une atmosphère d’angoisse face aux accouchements de sa mère : elle apprit de bonne heure ce qu’est la tristesse et la mort : deux frères naquirent en 1724 et 1730 pour mourir aussi vite. En 1725, sa sœur Louisa fut emportée par une fièvre maligne, âgée de trois ans, et Caroline, qui avait cinq ans en fut bouleversée.

Elle devint alors mélancolique, persuadée que toute joie est éphémère. Elle se jettera alors avec passion dans la lecture, notamment les livres sentimentaux : elle croyait ardemment en la passion et en son expression. En 1741, Caroline Lennox a dix huit ans : c’est une jeune fille un peu ronde, et nerveuse. Elle a de grands yeux brun foncés, une petite bouche aux commissures à fossettes et un menton peu accentué hérité de son père, le 2ème duc de Richmond. Ses sourcils étaient droits, sombres et fournis, son nez légèrement retroussé.

 A l’âge de dix neuf ans, Caroline Lennox fit connaissance de celui qui allait devenir l’homme de sa vie : le politicien Henry Fox. Ils s’étaient rencontrés les années précédentes à plusieurs reprises, à Whitehall ou au théâtre. Cet ancien séducteur et amateur de jolies femmes (on ne comptait plus ses maîtresses) avait alors trente sept ans. Il était le second fils de sir Stephen Fox, et avait hérité à la mort de son père d’une fortune colossale. Il mit quelques années à la dissiper, peu de temps après sa majorité, et dut s’enfuir sur le continent pour échapper à ses créanciers. Là, il fit la connaissance d’une femme plus âgée que lui, qui l’entretint financièrement, et lui permit de revenir en Angleterre en 1735, où il put obtenir une place au Parlement en tant que député de Hindon dans le Wiltshire.

 carolinelennoxPortrait par William Hoare en 1745

 Il devint alors l’élève assidu de sir Robert Walpole, et devint bientôt célèbre pour ses discours virulents. Il tint tête à William Pitt, le premier ministre à de nombreuses reprises. Il finit par gravir rapidement les échelons pour être nommé ministre de la guerre en 1743.

C’est sous ce titre, qu’il fit la connaissance de la fille aînée du duc de Richmond, Caroline Lennox. Côté physique, il était loin d’être beau : petit, râblé, son physique ingrat l’éloignait de l’élégant jeune homme qu’il avait été jadis. Il continuait cependant à traîner une réputation de débauché (il continuait d’entretenir une maitresse) et de perdre sa fortune en jouant sans modération. Non seulement il était laid physiquement, (il commençait à prendre un embonpoint, ses sourcils noirs lui donnait un air satanique et il avait un double menton), mais il était de plus athée. Ce qui attirera Caroline Lennox, c’est la passion insoupçonné d’Henry Fox pour les livres sentimentaux, et les poèmes dont il raffolait. Il avait une belle plume, et aimait parfois à en rédiger. De plus, ce débauché blasé envisageait depuis peu, et sérieusement, de se marier et de fonder une famille.

 louisedekeroualleLouise de Keroualle duchesse de Portsmouth est l’arrière grand mère de Caroline Lennox (portrait par Peter Lely en 1672)

 Après des années de dévergondage, son frère s’était marié, et vivait depuis sereinement et heureux à la campagne avec sa famille. Henry Fox ne tarda pas à l’envier.

Lorsqu’il rencontra Caroline Lennox, Henry Fox, qui savait devenir aussi têtu qu’une mule, sut qu’elle serait sa femme envers et contre tous. Il lui fit donc une déclaration de mariage en tête à tête. La jeune fille ne lui dit ni oui ni non, mais promis d’y réfléchir si son père ne s’opposait pas à ce mariage. Charles Lennox, 2ème duc de Richmond aimait bien Henry Fox en tant que partenaire lettré lors des soirées qu’ils fréquentaient ensemble, mais pour le duc, il n’avait pas l’étoffe d’un gendre. Sa fortune était modeste, et son ambition démesurée déplaisait au duc. De plus, s’il ne s’était jamais marié, Henry Fox avait eu deux enfants naturels avec une paysanne illettrée qu’il cachait en province.

 carolinelennox2Portrait par William Hoare en 1745

Sa fille aînée, Caroline, méritait mieux que ce politicien au passé douteux ! un comte ou un duc aurait très bien fait l’affaire ! Lorsque Henry Fox fit part au duc de Richmond de ses intentions vis-à-vis de sa fille aînée, le duc ne cacha pas sa colère et son mépris : il condamna tout projet de mariage entre sa fille et Henry Fox. Son épouse, la duchesse de Richmond, se rangea aux idées de son mari et fit tout pour dissuader Caroline, persuadée que cette idée farfelue ne resterait pas longtemps dans la tête de sa fille, qu’elle jugeait trop censée pour juger autrement. Le duc et la duchesse de Richmond, qui n’avait jamais eu à se plaindre de Caroline et de son obéissance filiale, jugèrent bien vite que cette passade passerait sans nuages.

Mais Caroline Lennox était têtue, et elle ne souhaitait pas voir son bonheur lui échapper aussi vite. Elle résolut de s’enfuir avec Fox, et de l’épouser. Ce dernier consentit au plan de la jeune fille.

Elle lui adressera cette lettre peu avant de sceller son destin : « Je suis grandement effrayée à la pensée de ce que je vais faire. Je n’ose y songer, je crains qu’ils ne me pardonnent jamais. J’espère que maintenant vous ne me soupçonnerez point d’avoir changé, mais croyez moi, c’est bien la plus grande preuve d’amour qu’il me soit possible de vous donner… »

henryfox2Henry Fox par Joshua Reynolds en 1763

Le matin du 2 mai 1744, elle sortit furtivement de Richmond House à Londres pour retrouver Henry Fox au domicile d’un de ses amis (il n’avait pas encore de résidence fixe à Londres), où un pasteur les maria promptement. Peu avant midi, Caroline Lennox retourna chez ses parents pour leur avouer son mariage avec Fox. Malheureusement, contrairement à ce qu’elle pouvait attendre (et espérer), le duc de Richmond, à la nouvelle du mariage de sa fille aînée (qu’il chérissait), entra dans une colère monstrueuse : il bannit sur le champ Caroline et lui interdisit de jamais paraître devant dans la maison qui l’avait vu naître. Et pour bien montrer sa rage, il refusa que Caroline entre en contact avec ses frères et sœurs, et toute correspondance entre Caroline et la famille devait être prohibée. Sa dot ne fut, bien sur, jamais versée.

 hollandhouseHolland House en 1812, résidence londonienne de Caroline Lennox

Le duc de Richmond écrit sur le champ à Fox : « Je ne ferai pas mystère au monde des injures que vous m’infligez et de mon ressentiment éternel. Ne m’écrivez plus, si vous persistez, je brûlerai vos lettres sans en rien lire, hormis votre nom qui me sera à tout jamais déplaisant ».

Pire, il annula le bal prévu le soir même à Richmond House, et en donna la cause immédiatement à ses invités : en quelques heures, tout Londres connu la fuite et le mariage éclair de Caroline Lennox.

 carolinelennox3Portrait par William Hoare en 1745

 Les premiers temps, le mariage Fox fut isolé ; Caroline ne pouvait plus rendre visite à sa famille, il ne lui restait que les amis et les admirateurs d’Henry Fox. Ils partirent pour Cheltenham, où Caroline soignera ses nerfs ébranlés en suivant une cure thermale.

Coupée de sa famille, elle s’attacha, puis se fascina pour le monde de la politique dans lequel baignait son époux. Les années devaient s’écouler sans qu’elle puisse prendre des nouvelles de ses sœurs Emily, Sarah, Louisa, Cecilia, ni correspondre avec elles. Son mari tentera de lui remonter le moral en la traitant d’égal à égal, la faisant participer à ses réunions politiques, et lui permettant de faire de sa maison, Holland House (acheté en 1746), le rendez vous des politiciens de l’époque, de même qu’un salon très recherché. Caroline deviendra donc une hôtesse du monde politique.

richmondhouseLa ville de Londres vue des jardins et terrasse de Richmond House, résidence du duc de Richmond et lieu de naissance de Caroline Lennox (par Canaletto) en 1747

Comme elle l’avait anticipé, son mariage fut donc un mariage heureux même si sa jalousie se manifestait de temps à autre vis-à-vis de Fox, plus absent pour ses congrès politiques que pour des maitresses qu’il n’avait plus le temps ni l’envie de gérer. Caroline se refusera toujours à rencontrer les deux enfants naturels de son mari, se contentant de les mentionner parfois dans sa correspondance.

 stephenfoxStephen Fox, le fils adoré et débauché

Caroline Lennox donnera naissance à quatre fils. Neuf mois après son mariage, elle donne naissance à son premier enfant, Stephen, le 20 février 1745. Pour ses parents, Stephen, dit « Ste » sera l’enfant le plus beau, le plus charmant et le plus intelligent (il sera plus tard aussi le plus débauché des fils Fox). L’année d’après, en 1746, un deuxième fils naît baptisé Harry (qui mourra dans la même année). La santé fragile de leur aîné, Stephen, fit de Caroline une mère inquiète qui s’angoissait à chaque toux, à chaque fièvre de son fils, qui fut bientôt saisi de convulsions chroniques.

Malheureusement, Caroline Lennox, mariée sans doute trop jeune, ne sut pas gérer l’éducation de ses fils qui se comportaient en sauvages dans Holland House, à la grande stupeur des invités, et sous l’œil amusé de Caroline et de son époux. Leur troisième fils, Charles James, réussit à détruire une montre de valeur de son père, devant les invités de celui-ci, sans que ce dernier ne fasse de reproches à son fils. Charles James, exprimant un soir l’envie de se baigner dans une bassine de lait, les invités virent avec effarement les domestiques de Fox apporter une baignoire remplie de lait, où le bambin put barboter à loisir dans le salon de Holland House, au milieu de l’assistance. Il est vrai qu’Holland House se transformait la nuit en club pour gentlemen qui venaient se défouler pour leur goût du jeu, et aussi de la table. Henry Fox avait transféré habilement son club à son domicile pour s’installer dans un confort domestique.

En 1744, Caroline Lennox ressent les premiers signes de la mystérieuse maladie qui l’emportera trente ans plus tard : de mystérieux maux d’estomac qui la rendent nerveuse et nauséeuse.

carolinelennox4Portrait par William Hoare

Le 7 février 1747, Emily Lennox, sa soeur cadette âgée de seize ans, se marie et part vivre avec son mari, James Fitzgerald duc de Leinster, en Irlande. Maintenant détaché de l’influence de ses parents, Emily Lennox sera libre de reprendre une correspondance avec sa sœur aînée Caroline. Ce que les deux sœurs s’empresseront de faire, donnant naissance à une abondante correspondance qui ne prit fin qu’à la mort de l’une et de l’autre.

En 1748, le duc de Richmond offre une première tentative de réconciliation vis-à-vis de Fox et de sa fille Caroline. Le parcours politique d’Henry Fox avait fini par impressionner le duc de Richmond (il était devenu ministre de la guerre). Dans sa lettre, le duc de Richmond reste quand même sur ses positions : « ma chère Caroline, même si j’ai toujours aujourd’hui la même raison d’être mécontent de vous que le jours où vous m’avez offensé, et qu’en vous pardonnant je donne un mauvais exemple à mes autres enfants, ils sont fort jeunes, et si je devais m’en tenir à ma résolution jusqu’à ce qu’ils soient établis, il serait logique que je ne vous revoie plus de ma vie, une pensée que mon cœur ne peut supporter. Donc le conflit entre la raison et la nature est terminé, et c’est la tendresse des parents qui l’a emporté ; votre chère mère et moi avons décidé de vous revoir et de vous pardonnez, à vous et à Mr Fox. »

Suite à cette lettre, Caroline put revoir ses frères et ses sœurs, et notamment Sarah, née un an après sa fuite avec Fox. Le duc de Richmond fréquenta assidument dans les mois qui suivirent Holland House. Par le plus grand des hasards, Caroline Lennox et sa mère se retrouvèrent enceinte en même temps cette année là : Caroline accouche de son troisième fils le 24 janvier 1749 ; il sera prénommé Charles James. La duchesse de Richmond, quant à elle, subira malheureusement une nouvelle fausse couche à l’âge de quarante trois ans.

Mais, le duc de Richmond, père de Caroline, n’avait plus que quelques mois à vivre : tremblant de fièvre, il meurt le 8 août 1750 à Godalming dans le Surrey, âgé de seulement quarante neuf ans. Son épouse, Sarah Cadogan a donné naissance à leur dernier enfant, une fille, Cécilia en février 1750. Eperdue de douleur, elle ne tardera pas à rejoindre son époux dans la mort, un an plus tard, le 25 août 1751.

henryfox3Henry Fox, le mari de Caroline Lennox

Alors que la réconciliation avec le couple Fox semblait pourtant solide, Caroline Lennox apprend avec stupéfaction que l’éducation de ses jeunes frères et sœurs sera confiée non pas à elle, mais à sa sœur cadette, Emily duchesse de Leinster, âgé de dix neuf ans. Dans son testament, le duc de Richmond a été sans appel, c’est Emily qui gèrera l’avenir des petites Louisa (8 ans), Sarah (6 ans), et Cecilia (un an). Aussitôt, les fillettes sont embarquées vers l’Irlande, lieu de résidence d’Emily. Les deux garçons, Charles, maintenant 3ème duc de Richmond, et son frère George devant continuer leur éducation en Angleterre.

Caroline tentera de surmonter l’humiliation en présentant plus tard ses jeunes sœurs Sarah et Louisa à la cour d’Angleterre. Les Leinster (Emily et son mari) reprocheront à Caroline l’échec du mariage du jeune roi George III avec leur sœur Sarah, du fait de la prise de politique des Fox. Emily reprochera surtout à Caroline le parcours sentimental désastreux de la jeune Sarah, et notamment son premier mariage qui fut un échec. Ce qui provoquera une querelle entre Caroline et Emily qui ne se guérira que quelques mois avant la mort de Caroline.

468px-Charles_Lennox,_3rd_Duke_of_RichmondCharles Lennox 3ème duc de Richmond (portrait en 1758 par Joshua Reynolds), frère de Caroline Lennox

En 1755, Caroline donne naissance à son quatrième et dernier fils, Henry Edward, qui aura plus tard une belle carrière militaire et finira général. A partir de cet instant, et seulement âgée de trente cinq ans, elle est persuadée qu’elle est en train de vieillir. Elle écrit en ce sens à Emily « je n’ai jamais aimé une vie agitée, mais maintenant je vieillis et je pense que lorsqu’on est plus proche de la quarantaine que de la trentaine, ce qui est mon cas, on a l’excuse de choisir le mode de vie qui vous plait. Parmi bien d’autres raisons, c’est ce qui rend la maturité un des moments les plus heureux de la vie. C’est mon cas actuellement : tout le monde doit se permettre d’avoir trente cinq ans, même si certaines femmes se prétendent encore jeunes à cet age. »

caroline7Portrait de Caroline Lennox en 1757 par Joshua Reynolds

En 1757, Henry Fox accroît sa fortune pendant la guerre. En 1762, il est de nouveau le chef du Parlement, participe au cabinet du comte de Bute, et est l’un des principaux rédacteurs du Traité de Paris en 1763. En récompense, le roi ne va pas tarder à lui donner un titre, celui de baron Holland of Foxley (dans le comté de Wilts) le 16 avril 1763. Un an auparavant, le roi George III avait élever Caroline au rang de pairesse et la nommera Baronne Holland of Holland.

C’est alors que Henry Fox décide de se retirer de la vie politique.

En 1763, Caroline et son époux, devenus lord et lady Holland, décident de se rendre en France et se fixent pour un temps à Paris. Caroline Lennox devient bientôt l’habituée des mercredis de Mme Geoffrin où elle rencontre dans son salon Diderot, Grimm et Marmontel… Fox, en tant qu’artisan du Traité de Paris est bien accueilli dans la capitale. Les Fox en profitent pour acheter des meubles pour Holland House et des colifichets pour toute la famille restée en Angleterre. Ce premier séjour en France durera jusqu’en 1764. Caroline et son mari retourneront en France en 1767 et en 1769, et pousseront même leur voyage jusqu’à Naples, en Italie, ville qu’ils adoreront.

En 1765, une commission d’enquête se penche sur l’origine de la fortune des Holland. Henry Fox prouve qu’il n’a pas brisé la loi en s’enrichissant, mais le public ne tarde pas à le comparer à un escroc, et il devient bien vite le politicien le plus impopulaire de son temps. Le roi, refusera de lui accorder le titre de comte, malgré les nombreuses sollicitations d’Henry Fox, pour qui ce titre demeurera la bataille malheureuse des derniers instants de sa vie. Il aurait tant voulu ne plus être baron Holland, mais le comte Holland !

Stephen Fox, le fils aîné continuait, en grandissant, de causer des soucis à Caroline. Sa santé n’était pas bonne, l’obésité et la surdité avaient succédé aux convulsions de l’enfance, Caroline écrira à Emily « les enfants devraient nous donner satisfaction, en récompense de ce que nous souffrons pour eux. Mais depuis sa naissance, je n’ai pas vécu six mois sans inquiétudes ou autres soucis pour Ste ».

caroline5Portrait de Caroline Lennox en 1766 par Allan Ramsay

En 1768, ses deux fils Stephen Fox et Charles James Fox, entrent au Parlement. Stephen n’y fait que de brèves apparitions, mais son frère Charles James soulève l’enthousiasme à chacun de ses discours. Les deux frères ont la même passion du jeu et leurs dettes s’accumulent. Leur père, Henry Fox détestait voir sa fortune amassée avec tant de soin disparaître en quelques heures. Ses rapports avec ses fils se dégradèrent, il tenta de leur faire signer un engagement où ils promettaient de ne plus jouer si leur père réglait leurs dettes. A l’automne 1773, la situation s’aggravant, Henry Fox, vendit toutes ses propriétés et vendit toutes ses valeurs et ses rentes, pour régler les dettes de ses fils. Au soir du 5 octobre, épuisé par le stress, il eut une première attaque qui affecta sa vision. Il parvint à se rétablir mais ne se déplaça plus, dorénavant, qu’en fauteuil roulant.

En 1773, Caroline Lennox approche de la cinquantaine, elle souffre des affres de la ménopause et a de douloureuses hémorragies qui durent parfois des semaines. Son dos la fait souffrir et l’empêche de monter les étages. Elle est de plus en plus confinée dans sa chambre située en dessous de celle de son époux à Holland House.

charlesjamesfoxCharles James Fox, 2ème fils de Caroline Lennox qui fut un brillant politicien (portrait en 1800 par Thomas Lawrence)

Le 1er juillet 1774, Henry Fox meurt dans son lit, victime d’une attaque, âgé de soixante neuf ans. Caroline, alitée et malade, n’apprit la nouvelle de la mort de son mari, que par sa jeune sœur Louisa Lennox qui descendera l’étage les séparant, pour informer Caroline de la mort d’Henry.

Elle ne pleura pas la mort d’Henry car elle s’y attendait depuis un bon moment. Mais dès cet instant, sa volonté de vivre cessa. Elle parvint à rédiger son testament, puis le 8 juillet, ses pieds enflèrent, et ce fut le tour de ses mains et de son visage. Louisa Lennox la veilla en compagnie de la bru de Caroline, Mary (l’épouse de Stephen Fox). On augmenta la dose de laudanum pour atténuer ses douleurs. Elle mourra le 24 juillet (trois semaines après son mari), son corps ayant considérablement enflé, et une odeur abjecte se répandant dans sa chambre. Elle continuera à garder toute sa tête et son esprit jusqu’aux dernières heures de son agonie, au grand étonnement des visiteurs venus la voir pour la dernière fois. Elle n’avait que cinquante et un ans.

henryedwardfoxEdward Henry Fox, le 3ème fils de Caroline (par François Hubert Drouais)

Le 26 décembre de la même année, son fils ainé, Stephen Fox, mourrait à l’âge de vingt neuf ans, sa santé complètement délabrée. Ses deux derniers fils, Charles James Fox, et Henry Edward Fox allaient poursuivre une brillante carrière, l’un dans la diplomatie, l’autre dans l’armée.

Descendance de Caroline Lennox :

Elle eut quatre fils :

  1. Stephen Fox, 2ème baron Holland of Foxley, né le 20 février 1745 à Londres, mort à l’âge de vingt neuf ans, le 20 avril 1769 à Londres. Il épousera Mary Fitzpatrick, fille de comte of Upper Ossory en 1766, et en aura deux enfants, un fils et une fille. Souffrira de mauvaise santé toute sa vie aggravée par une surdité et un embonpoint, qui provoqueront sa crise cardiaque. Sa femme assistera aux derniers instants de Caroline Lennox.
    stephenfox copieStephen Fox par William Hoare

     

 

2 -Henry Fox, né et mort en 1746. Caroline apprendra sa mort alors qu’elle prenait les eaux à Cheltenham ; elle attribuera la mort de ce fils à l’incompétence des médecins qui l’avait soigné.

3-Charles James Fox, né le 24 janvier 1749 à Londres, mort le 13 septembre 1806 à Londres : sera Lord de l’Amirauté (Ministre de la Marine) en 1770, Foreign Secretary (Ministre des Affaires Etrangères) en 1782 et 1806. Après plusieurs années de liaison, il épousera sa maitresse, une courtisane célèbre pour sa beauté, Elizabeth Armistead, le 28 septembre 1795. Leur mariage provoquera un beau scandale dans la société de Londres. Elle ne lui donnera pas d’enfants et elle lui survivra pour mourir en 1842 à l’âge de 91 ans.

charlesjamesfox copieCharles James Fox par William Hoare

 

4-Henry Edward Fox, né le 4 mars 1755 à Londres, mort à Portsmouth le 18 juillet 1811. Ce fut le militaire de la famille : il effectuera toutes les campagnes de l’armée anglaise, d’abord en Amérique jusqu’en 1783, en France contre l’Armée révolutionnaire, en Irlande en 1803 pour réprimer la révolte irlandaise, à Gibraltar dont il fut le gouverneur en 1804, ambassadeur d’Angleterre à Naples en 1807, pour finir général et gouverneur de Portsmouth en 1808. Il épousera en 1786 Marianne Clayton et en aura deux filles et un fils.

A venir, l’histoire de la sœur de Caroline Lennox :

– Emily Lennox, duchesse de Leinster.

sources :

  • « Quatre aristocrates anglaises », de Stella Tillyard.

  • Fiche sur Roglo.eu

  • A voir en DVD : « Aristocrats »  série de la BBC de 1999, tirée du livre de Stella Tillyard, retraçant la vie des sœurs Lennox, 6 épisodes de 50 mn. L’actrice sur le devant représente Caroline Lennox. En arrière plan, le duc de Leinster, mari d’Emily Lennox.

 

Descendants de Caroline Lennox

Jusqu’aux petits-enfants.

Caroline Lennox, née le 27 mars 1723, Richmond House, Whitehall, Londres (Royaume Uni), décédée le 24 juillet 1774, Holland House, Londres, inhumée, Farley in Wiltshire (à l’âge de 51 ans).
Mariée le 2 mai 1744, Londres, avec Henry Fox, Lord Holland (1er), Baron Holland of Foxley (1er, 17 avril 1763), né le 28 septembre 1705, décédé le 1er juillet 1774, Holland House, Kensington, England, inhumé, Farley in Wiltshire (à l’âge de 68 ans), mP, PC, secretary of State for the Southern Department, leader of the House of Commons, paymaster of the Forces, dont

 

 

Total: 9 personnes (conjoints non compris).

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