Isabelle de Limeuil (de la Tour d’Auvergne), Melle de Limeuil (1544-1609)

isabelle de limeuilDemoiselle d’honneur de la reine Catherine de Médicis de 1560 à 1566

Née vers 1544 au chateau de Lanquais (Dordogne)
Morte le 25 mars 1609 à Paris

Isabelle de la Tour d’Auvergne, dite Mademoiselle de Limeuil, était le troisième enfant (sur dix que comptera le couple), de Gilles de la Tour d’Auvergne, seigneur de Limeuil, de Floirac et de Marsac, et de sa belle épouse Marguerite de la Cropte, dame de Lanquais.

 Elle naquit vers 1544 au château de Lanquais, en Dordogne, et n’aurait certainement jamais fait partie de la Cour de la reine Catherine de Médicis, s’il elle n’avait été parente de celle-ci.

 En effet, la mère de Catherine de Médicis était née Madeleine de la Tour d’Auvergne, et Mademoiselle de Limeuil et la reine descendaient toutes deux du couple Guy de la Trémoille comte de Guines (1346-1398) et son épouse Marie dame de Sully (1364-1409) : elles étaient donc cousines au 7ème degré.

 Veuve en 1559 du roi Henri II (mort tragiquement dans un tournoi), et régente du royaume (puisque son fils, Charles IX n’a que dix ans), la reine Catherine de Médicis n’avait pas tardé à faire rapatrier auprès d’elle sa maigre famille française, les La Tour d’Auvergne,

 C’est ainsi que Isabelle et ses sœurs aînées, Nicole et Madeleine, arrivèrent à la Cour en tant que filles d’honneur de la reine Catherine. Si Nicole devait mourir prématurément à la Cour à l’âge de vingt cinq ans, et Madeleine être rapidement mariée à un seigneur auvergnat (le seigneur de Neuvic), c’est bien Isabelle qui devait attirer l’attention de tous, à la Cour, par son éclatante beauté. C’était une grande fille blonde avec des yeux couleur pervenche, et un corps splendide : les seins hauts, les épaules et les hanches bien proportionnées.

 En 1560, à l’âge de seize ans, elle est nommée fille d’honneur de Catherine de Médicis. Brantôme, dans son recueil des « Dames galantes » ne tarira pas d’éloge à son égard, d’autant qu’elle vient du Périgord, comme lui. Il en tombe amoureux, sans espoir d’en être aimé en retour, et lui dédie des vers enflammés :

 ,,, »douce Limeuil et douces vos façons,

douce la grâce et douce la parole

et doux votre œil qui doucement m’affole,,, »

  La belle Limeuil ne tarde pas à attirer l’attention des grands seigneurs de la Cour : le premier qui succombe à ses charmes est Claude de la Châtre, seigneur de Maisonfort, aussitôt suivi par le Grand Connétable lui-même, Anne de Montmorency, âgé de soixante sept ans, tout vieillard qu’il était « n’était pas ennemi du beau sexe et avait de bonnes pratiques »  !

 Mais la belle Limeuil les rabroue vertement tous les deux, car elle est tombée amoureuse d’un autre homme, Florimond Robertet, seigneur de Fresnes, de dix ans plus âgé qu’elle, qui est secrétaire d’état de la reine Catherine de Médicis. C’était, dira Brantôme « l’un des plus habiles gentilhommes de la Cour, et l’un des mieux faits ».

 La belle Limeuil est donc tombée amoureuse du plus bel homme de la Cour, et devient quelques mois après son arrivée à la Cour, la maîtresse de ce dernier. La liaison est tenue secrète, mais à la Cour rien n’échappe à l’oeil avisé de la reine Catherine.

 Depuis plusieurs années déjà, cette dernière a rassemblé les plus belles de ses filles d’honneur, et s’en sert sans vergogne pour séduire ses ennemis politiques, et les gagner à sa cause. Quoi de plus facile que d’obtenir des confidences sur l’oreiller par le biais de certaines de ces demoiselles, peu farouches et belles comme le jour, habiles au jeu de l’amour et de la séduction. Les demoiselles de ce que Brantôme nommera « l’Escadron Volant » réussirent donc là, où les pourparlers politiques avaient échoués.

L’une de ses demoiselles, Louise de la Béraudière, (dite « la belle Rouet »), une des filles d’honneur de la reine, est devenue vers 1561 la maîtresse d’Antoine de Bourbon roi de Navarre (père du futur Henri IV), un farouche huguenot, et a réussi à le rapprocher de la politique de la reine Catherine de Médicis.

 Mais ce roi de Navarre possède un frère aîné encore plus hostile à la reine qui se nomme Louis de Bourbon, prince de Condé. Converti au protestantisme, il s’est imposé comme le chef du parti calviniste pendant les guerres de religion. Il s’est distingué dans plusieurs actions militaires, contre les Impériaux lors du siège de Metz en 1552, et à la bataille de Saint Quentin en 1557. A la mort du roi Henri II, les Guise, ses ennemis qui sont très influents à la Cour, le jettent dans l’opposition.

 Retenu prisonnier deux fois après la conjuration d’Amboise de 1560, il n’échappa à l’exécution que parce que les Guise n’ont pas pu trouver de preuves matérielles contre lui. En aout 1562, de nouveau dressé contre les Guise, il proclame sa volonté de libérer la régente (Catherine de Médicis) et son jeune fils de l’influence des Guise. A la tête de plusieurs cavaliers, il s’empare de plusieurs villes de la Loire et prend le contrôle de la vallée du Rhône, du Dauphiné, et de Lyon.

  Aidé financièrement par les protestants allemands, il perd cependant la bataille de Dreux, et est fait prisonnier en 1562. La paix d’Amboise, en mars 1563, le libère tout en octroyant aux huguenots une certaine tolérance religieuse. Mais pour la reine Catherine de Médicis, le prince de Condé représente un danger potentiel. Le seul moyen de le neutraliser, est de lui trouver une maîtresse assez habile pour le retenir à la Cour, et supprimer ses humeurs belliqueuses vis à vis des Guise, ces catholiques qui ont une influence grandissante à la Cour.

 Or, on ne connaît à Condé aucune maîtresse, ni liaison significative. Marié depuis douze ans à Eléonore de Roye, elle lui a donné sept enfants, qu’il fait élever dans la foi protestante. Pour amadouer ce guerrier redoutable, Catherine de Médicis va donc choisir la plus belle de ses filles d’honneur. Son choix se porte tout naturellement sur Isabelle de la Tour d’Auvergne, mademoiselle de Limeuil.

 Non seulement elle est ravissante, mais en tant que parente de la reine, elle a toute la confiance de Catherine. Lorsque cette dernière convoque Isabelle et lui demande (ordonne) de séduire Condé, cette dernière est loin d’être ravie. Amoureuse de Florimond Robertet depuis deux ans, comblée, adulée à la Cour pour sa beauté et sa grâce, elle a du mal à comprendre pourquoi la reine veut qu’elle séduise ce protestant austère que toute la Cour déteste. De plus, tout le monde sait que Monsieur le Prince est de petite taille, et n’a rien d’un Adonis.

 Même si elle émet quelques protestations, la reine est sans appel : Isabelle doit séduire Condé, et l’amener à être plus conciliant avec les gens de la Cour. Et Catherine lui rappelle le mot d’ordre qu’elle donnera à toutes ses filles d’honneur chargées d’une telle mission : tout en le séduisant, Isabelle doit se garder « de l’enflure du ventre » : en bref, ne pas tomber enceinte ! Elle peut tomber amoureuse si elle le veut, mais la reine refuse de la voir « inactive » pendant plusieurs mois à cause d’une négligence qu’elle aurait pu corriger.

 Ainsi chapitrée, la belle Limeuil doit préparer ses bagages pour accompagner Catherine de Médicis à l’île aux bœufs, près d’Orléans, où une rencontre diplomatique doit avoir lieu entre Condé et la Cour le 7 mars 1563.

 Le stratagème fonctionna à merveille : à Orléans, Condé n’eut d’yeux que pour Isabelle de Limeuil, dont la beauté blonde l’ensorcelle. Secrètement ravie de son stratagème, et pour tester son attachement, la reine demanda à Condé son aide militaire pour reprendre la ville du Havre aux Anglais. Isabelle de Limeuil s’empressa de lui dire que s’il accomplissait ce fait d’armes, elle saurait lui en être reconnaissante, et pour appuyer ses dires, elle devint en août sa maîtresse.

louisdebourbonconde1Louis de Bourbon Condé

 Soucieux de plaire à la belle Limeuil, Condé rassembla son artillerie début septembre et foudroya de celle-ci la ville et le port du Havre, obligeant à l’automne 1563 les Anglais à repartir en Angleterre. Victorieux, Condé se hâta de retourner au Louvre au début de l’hiver, où il remit la belle Limeuil dans son lit.

 L’affaire du Havre déclencha les fureurs de Calvin, qui de Genève écrivit sa fureur à Condé : « vous ne doutez pas, Monseigneur, que nous n’aimions notre honneur, comme nous désirons votre salut. Or, nous serions traîtres en vous dissimulant les bruits qui courent. On nous a dit que vous faites l’amour aux dames : cela est pour beaucoup déroger à votre autorité et réputation. Les bonnes gens en seront offensés, les malins en feront leur risée ».

 Mais Condé n’a cure des remontrances de Calvin. La mort de deux de ses enfants, Catherine et Henri, à quelques heures d’intervalle, l’arrache au Louvre pour quelques jours, le temps des funérailles, mais fin novembre, il est de nouveau au Louvre, et dans les bras de la belle Limeuil.

 En janvier 1564, il suit la cour à Fontainebleau, où la reine mère prépare les futurs étapes de son long voyage de deux ans, qu’elle compte organiser à travers le royaume afin de permettre au petit roi Charles IX d’être présenté à son peuple, et aux différentes provinces de son royaume.

 Avant de partir, des fêtes somptueuses ont lieu au château de Fontainebleau : Condé y excelle, excellent cavalier, habile à la paume et à la bague, il suscite l’admiration des belles dames. Quant à Isabelle, elle n’est pas en reste : elle apparaît lors d’un ballet déguisé en déesse « Hébé », drapée dans une tunique dont la gaze transparente laisse entrevoir et deviner des formes que la déesse lui eut enviée ; elle attire elle aussi tous les regards.

 Sur la demande de Condé, plus amoureux que jamais, le poète Ronsard compose des sonnets, des odes et des chansons :

 ouce maîtresse, touche

pour soulager mon mal

mes lèvres de ta bouche

plus rouge que coral

d’un doux lien pressé

tiens mon col embrassé

heureux sera le jour

que je mourrai d’amour !

Ou encore (il s’extasie sur sa longue chevelure blonde)  :

 “Je voudrais au bruit de l’eau
D’un ruisseau
Déplier ses tresses blondes
Frisant en autant de nœuds
Ses cheveux
Que je verrais friser d’ondes
Je voudrais pour la tenir
Devenir
Dieu de ces forêts désertes
La baiser autant de fois
Il y a de feuilles vertes…”

 Et comme Brantôme précédemment, Ronsard tombe amoureux de la jeune femme.

 Le 13 mars 1563, la Cour quitte Fontainebleau pour les premières étapes du long voyage de la reine : Condé fait partie de la suite qui accompagne la reine Catherine de Médicis. Isabelle, bien sûr, fait partie du voyage.

 Le 14 mars, le cortège est à Sens, le 20 à Troyes. Or, un événement inattendu va se produire. Le 1er mai, Condé apprend que son épouse Eléonore de Roye est mourante. Il décide alors de se rendre à son chevet, et quitte la cour, et Isabelle, pour se rendre à Roye.

 Au départ de son amant, la belle Limeuil est assez mitigée : depuis plusieurs semaines déjà, elle sait qu’elle est enceinte de Condé et a dissimulé sa grossesse. Mais en même temps, un secret espoir l’habite, car Condé lui a promis le mariage s’il devenait veuf. Sa femme n’ayant jamais eu une santé florissante, il s’est hâté de consolé Isabelle lorsque celle-ci lui a avoué sa grossesse et lui a fait entrevoir le mariage.

 Après tout, Isabelle est une la Tour d’Auvergne, famille hautement respectable, et puis elle est apparentée à la reine de France. Isabelle redoute moins la colère de la reine mère lorsque celle-ci apprendra la grossesse, et dieu sait que les colères de Catherine de Médicis sont légendaires : celle ci- n’hésitait pas à faire fouetter ses filles d’honneur lorsqu’elle était mécontente d’elles. Elle croit en son amant : il l’épousera et fera d’elle une future princesse de Condé.

 Le 25 mai 1564, trois jours après l’entrée à Dijon de la Cour, la reine Catherine et son jeune fils Charles tiennent à l’hôtel de Saulx une audience solennelle auprès des échevins de Dijon. Toute la Cour est là, les filles d’honneur sont rassemblées dans la salle d’audience lorsque subitement Isabelle de Limeuil se trouve mal. Emportée dans une chambre voisine qui sert de garde robe, elle donne le jour quelques heures plus tard à un fils à l’étonnement général.

isabeau.0.de_la_tour_d_auvergneIsabelle de Limeuil, Madame Sardini

La colère de Catherine de Médicis est sans appel : le 28 mai, sur ordre royal, Mademoiselle de Limeuil est mise « hors la troupe » et conduite sous bonne garde au couvent des cordelières d’Auxonne. La grande maîtresse de la maison de Catherine, Philippes de Montespedon, princesse de la Roche sur Yon, qui n’a jamais aimé Limeuil, profite de l’occasion pour dénigrer la jeune femme et augmenter la colère de la reine.

 Abandonnée de tous, cloîtrée dans une chambre basse qui ressemble fort à un cachot, Isabelle passe ses journées et ses nuits à pleurer et à gémir. Le gouverneur de la place d’Auxonne, Mr de Ventoux la prend en pitié, et écrit à la reine mère. Celle-ci consent à ce qu’Isabelle reçoive du courrier, et puisse y répondre, à condition que Ventoux en fasse des copies. La première des lettres qu’Isabelle reçoit est un courrier de son premier amant, le secrétaire d’état, Florimond Robertet, gravement malade au moment de son arrestation, et qui se désole de la voir dans cette situation. Isabelle le supplit alors de prévenir Condé qui est toujours à Roye, et de le tenir au courant de sa situation. Robertet s’empresse de s’exécuter, et il avertit le prince du sort d’Isabelle.

 Recevoir des nouvelles de sa bien aimée par les soins d’un ancien rival déplaît souverainement à Condé, qui s’empresse de montrer sa jalousie à la première lettre adressée à la jeune femme :

 « vous savez, qu’il n’y a homme au monde qui soit tant fâché de vos peines que moi, ni qui de plus grande gaieté de cœur soit plus résolu de hasarder sa vie pour vous faire un bon service que moi. Je vous envoie une de mes robes de nuit, qui m’a servi, et à vous avec moi, vous suppliant de croire que plutôt je vous souhaite que votre robe, car je vous ferais plus de service qu’un maître. Faites moi connaître que vous avez autant d’envie de me conserver à votre bonne grâce, étant captive comme en liberté ; car vous savez qu’accoutumé à n’avoir de compagnon mais à être seul et premier, je m’étonne que vous n’ayez perdu la bonne opinion que vous aviez de moi…

 et il rajoute :

 «  j’ai des yeux qui ne font que pleurer et des forces qui n’ont point de mouvement, n’étant de vous commandées, mourrons ensemble ! »

 Mais le prince demeure à Roye, au chevet de sa femme, et ne se démène pas beaucoup pour venir en aide à Isabelle. Résolue à le faire réagir, cette dernière envoie à Condé leur fils, début juin, dans un panier à chien rempli de paille. Ce dernier accuse réception de l’enfant avec bonne grâce :

 ,,,j’ai notre fils entre mes mains, sain et gaillard et bien pour vivre. Si au commencement, ceux à qui il n’appartenait l’ont baillé comme un petit chien, je l’ai pris comme père pour le nourrir en prince ; et il le mérite, car c’est la plus belle créature que jamais homme vit »...

 Mais bientôt des soupçons viennent empoisonner l’esprit de Condé. Les jaloux d’Isabelle, ravie de sa détention, et de son infortune, font parvenir des libelles, où chacun soupçonne que le vrai père de l’enfant d’Isabelle n’est autre que Florimond Robertet. La jalousie du prince se ranime, et il exige d’Isabelle qu’elle cesse sa correspondance, de sa prison, à Florimond Robertet. Soucieuse de lui plaire, Isabelle s’exécute, et sur les conseils de Condé écrit à la reine pour implorer sa miséricorde. Celle-ci réagit en faisant déplacer Isabelle d’Auxonne à Lyon, sous bonne garde. Condé reçoit alors une nouvelle missive d’Isabelle, désespérée :

 ,,, »Je n’ai d’espérance qu’en Dieu et en vous ; il serait bon que vous écrivissiez à Mme de Savoie afin qu’elle veuille faire tant que la reine me pardonne. Je vous suis plus fidèle esclave que je ne le fus jamais, et plus mes tourments sont grands, plus je vous adore ; envoyez vers ce pays lyonnais pour voir où je serai.. mettez moi en un lieu que, pour le moins, avant de mourir je puisse vous voir. N’ayez pas un autre cœur que moi, ou bien, avant faites moi mourir. Je vous baise un million de fois les pieds et les mains.

 A Lyon où elle arrive, la peste règne ; Isabelle est donc déplacée à Vienne sur le Rhône, où on l’enferme dans une tour du château des Canaux. C’est là qu’Isabelle apprend la mort de la princesse de Condé, morte le 23 juillet à Roye. Condé est veuf, elle pense alors que l’avenir s’annonce radieux pour elle. La mort d’Eléonore de Roye parvient aussi aux oreilles de la reine Catherine, qui comprend que Condé va se mettre en chasse d’une nouvelle épouse. Or, elle ne veut pas qu’il prenne de nouveau une épouse protestante, et retomber sous l’influence des Coligny et autres Calvin, il faut absolument qu’elle le garde à ses côtés, et pour cela, elle consent à ce qu’Isabelle soit libérée de sa prison de Vienne sur le Rhône. S’il doit se remarier, autant que Condé prenne Isabelle de la Tour d’Auvergne pour épouse, une catholique !

 Isabelle de Limeuil est donc conduite, sous escorte royale, au château de Valéry, nouveau domicile de Condé, où doit se tenir une importante réunion des chefs protestants : l’amiral de Coligny est présent à Valéry, et surprend l’arrivée de l’ancienne fille d’honneur. Furieux, il quitte Condé, ravi de retrouver sa maîtresse, libérée de sa fâcheuse situation, et toujours aussi belle malgré les épreuves subies.

 Les deux amants reprennent leur liaison de plus belle au cours de l’été, sans trop se soucier de leur fils, confié à un gentilhomme du prince, pour qu’il l’élève dans sa maison. Mais les protestants conspirent pour séparer Condé de l’influence déplorable de sa maîtresse catholique.

 Pendant un an, l’amiral de Coligny s’acharne à trouver pour Condé une femme suffisamment désirable pour inciter Condé à se remarier. Au début de l’été 1565, il déniche la perle rare. Il s’agit de la jeune et jolie Françoise Marie d’Orléans, Mademoiselle de Longueville ; elle est âgée de seize ans, et est née posthume du mariage de François d’Orléans Longueville, marquis de Rothelin, et de son épouse Jacqueline de Rohan. Outre qu’elle est blonde aux yeux bleus, elle a l’avantage d’être née dans la religion protestante. De plus, elle est pucelle, et sa réputation est sans tâche.

 Condé, sur l’insistance de Coligny, accepte de voir Mademoiselle de Longueville, et il tombe instantanément sous le charme de la jeune fille. Peut être lassé de la belle Limeuil, il accepte de se remarier avec Françoise Marie d’Orléans qui possède de plus une dot confortable. L’annonce du remariage de Monsieur le prince de Condé avec une autre qu’elle même anéantit Mademoiselle de Limeuil. Elle n’a pas vu les signes annonciateurs du délaissement du prince : moins présent à la Cour celui-ci s’était fait plus distant, et les langues finissent par se délier pour dire à la jeune femme que son amant l’a trompé depuis plusieurs semaines avec la belle maréchale de Saint André, à qui il avait promis, à elle aussi, le mariage.

 Déçue, blessée, Isabelle de Limeuil réussit cependant à garder la tête haute à la Cour, mais sans se douter que son amant, dont elle commence à entrevoir l’âme peu chevaleresque, va lui asséner un dernier coup au moral. La future princesse de Condé, Françoise d’Orléans Longueville, demande un gage d’amour de la part du prince, et exige de lui qu’il réclame à la belle Limeuil tous les présents que ce dernier lui a donné pendant leur liaison.

Le prince, sous le charme de sa future épouse, s’exécute, et réclame à Isabelle de Limeuil tous les présents dont il lui a fait cadeau pendant leur deux ans de liaison. La réaction d’Isabelle ne se fait pas attendre, elle emballe tous les bijoux (collier, perle) et autres qu’elle a reçu du prince, fit un paquet, et prenant un portrait miniature du prince, elle se saisit d’un pinceau et d’encre, et lui planta au milieu du front une paire de hautes cornes toutes adornées de ramures. Elle remit le paquet au message du prince et lui dit : … tenez, mon ami, portez cela à votre maître, je lui envoie ce qu’il m’a donné, sans rien lui ôter ni ajouter, dites à cette belle princesse, sa femme qui l’a tant sollicité à me demander ce qu’il m’a donné, que si un seigneur de par le monde (et elle le nomma) en eut fait de même à sa mère et lui eut ôté tout ce qu’il lui avait donné par don d’amourette, elle serait aussi pauvre d’affiquets et de pierreries que demoiselle de la cour. Maintenant, qu’elle en fasse des pâtés et des chevilles, je les lui laisse… »

 Et le 8 novembre 1565 à Vendôme, le prince de Condé (âgé de trente cinq ans) se remariait à Françoise d’Orléans Longueville.

 Quant à Isabelle de Limeuil, le cœur lourd, elle résolut de quitter le service de la reine, et quitta la Cour en 1566. Elle n’a alors que vingt deux ans, est toujours aussi séduisante, mais elle ne supporte plus les railleries et ricanements de la Cour.

 Elle se retire sur une terre que le prince de Condé lui avait donné au temps de leurs amours (il ne lui avait quand même pas tout repris !) qui est la terre de Buzanci, près de Soissons. Pendant quelques mois, elle se terre dans sa nouvelle demeure, jusqu’à ce que la reine la convoque de nouveau au Louvre, dans le courant de l’automne 1566.

 La belle Limeuil s’exécute et écoute la reine lui annoncer qu’elle entend la récompenser de ses bons services exécutés auprès du prince de Condé : elle ne lui donnera pas de terres ni de bijoux, mais entend lui donner un mari !

 En effet, la reine a reçu une demande de mariage de la part de l’un de ses compatriotes, un banquier lucquois qui est venu faire fortune en France, et qui depuis des années est amoureux de la belle Limeuil. Ne pouvant lutter contre le charme de Florimond Robertet, ou la prestance du prince de Condé, l’amoureux transi a donc attendu que la jeune femme soit plus apte à recevoir sa demande, et à demander à la reine d’intercéder en sa faveur.

 Curieuse, Isabelle apprend que cet amoureux dans l’ombre n’est autre que le banquier Scipion Sardini, celui que toute la Cour surnomme avec mépris « la grosse Sardine », car en quelques années il s’est enrichi comme nul autre pareil. Il est âgé de quarante cinq ans, n’est ni beau ni laid, n’a jamais été marié, et est prêt à faire le bonheur de la jeune femme si Limeuil consent à l’épouser. Il est riche à millions, a acheté plusieurs terres en France (il est seigneur de St Crépin, d’Hartennes, de Taux et de Villemontoire), et italien comme la reine, il a sa confiance absolue.

 Il est pourtant chansonné par le peuple de Paris qui ne l’apprécie guère  :

 Naguère sardine, aujourd’hui grosse baleine

C’est ainsi que la France engraisse

Les petits poissons italiens…

 Isabelle de Limeuil le connait de loin, Sardini n’ayant jamais vraiment fait partie de la Cour, et au fond, elle est flattée d’avoir pu attirer l’attention d’un homme aussi puissant. Il se soucie peu de la réputation en lambeau de la jeune femme, il n’a jamais cherché à profiter d’elle pour en faire sa maîtresse, et il souhaite sincèrement qu’Isabelle l’épouse. De plus, sachant que ce cadeau lui ferait plaisir, il s’empresse d’acheter à Catherine de Médicis le château de Chaumont sur Loire (ancienne résidence de la rivale de cette dernière, Diane de Poitiers) pour en faire un cadeau de mariage à Isabelle de Limeuil si celle-ci consent à l’épouser.

 Isabelle consent, et le mariage a lieu le 30 janvier 1567.

 Ronsard, qui avait écrit jadis des vers sur la belle Limeuil à l’instigation du prince de Condé fut inconsolable à l’annonce de ce mariage avec un étranger.

 « faut il qu’un étranger me ravisse ma dame ? »

 La belle Limeuil devient alors baronne de Chaumont sur Loire, et alla habiter le somptueux hôtel Sardini, situé dans le quartier Saint Marcel à Paris. Son mari, fort amoureux, la couvrira de bijoux, tous plus splendides les uns que les autres.

   Leur mariage, contre toute attente, fut heureux, et cependant ponctué de crises domestiques de temps en temps : on les entendait se crier dessus, le caractère d’Isabelle n’ayant jamais été facile et le tempérament italien de Sardini l’emportant parfois sur le bons sens. Mais Isabelle ne devait jamais être infidèle à son époux, et lui donnera même au fil des ans deux filles et trois fils. Elle partagera son temps entre Paris et le château de Chaumont sur Loire, évitant au possible le Louvre, où sa rivale, Françoise d’Orléans Longueville, princesse de Condé, venait d’obtenir une place de dame d’honneur auprès de Catherine de Médicis.

 Elle n’avait cependant jamais pardonné l’attitude désinvolte de Condé à son égard. En mars 1689, le hasard voulut qu’elle le revit sur le chemin du château de Chaumont. Le coche de Mme Sardini, parmi le flot des voitures se heurta aux avants postes des combattants de Jarnac. Sur une civière un corps était transporté, le vainqueur de Jarnac, le duc d’Anjou (futur Henri III) qui connaissait bien l’ancienne fille d’honneur de sa mère, lui demanda si elle savait quel homme on portait là. Isabelle, curieuse, descendit de son coche, s’agenouilla, et poussa un cri vengeur « enfin ! » en reconnaissant le cadavre du prince de Condé.

 Après sa rupture avec Isabelle de Limeuil, ce dernier était retombé sous l’influence des protestants et s’était retourné contre la Cour : après son remariage, il avait rompu la paix entre les catholiques et les protestants.

En 1567, il avait tenté d’enlever le roi et sa mère à Meaux, déclenchant de nouveau les hostilités entre les Guise et les protestants. Il avait rejoint Coligny et les troupes protestantes à la Rochelle, et se préparait à affronter les troupes royales et catholiques à Jarnac, le 13 mars 1569.

 Grièvement blessé lors de la bataille, il avait tenté de se rendre, lorsqu’un capitaine du duc d’Anjou l’avait achevé d’un coup de pistolet. Promené sur un âne, son cadavre fut exposé aux quolibets de l’armée catholique avant d’être ramené comme trophée de guerre à Paris. En quatre ans de mariage, il avait eu le temps de faire trois enfants à son épouse, Françoise d’Orléans Longueville, qui ne devait jamais se remarier : elle devait mourir en 1601 à l’hôtel de Soissons, après avoir été dame d’honneur des reines Elisabeth d’Autriche (épouse de Charles IX) et de Louise de Lorraine (épouse d’Henri III). Elle aura la sagesse de se convertir au catholicisme après le massacre de la Saint Barthélémy en 1572.

madeleinesardiniMadeleine Sardini, fille d’Isabelle de Limeuil

 Quant à Isabelle de Limeuil, elle devait mourir à Paris (un an après son mari,) dans son hôtel Sardini, âgée seulement de soixante cinq ans. Elle sera inhumée auprès de son époux au Couvent des Augustins de Paris (détruit, hélas en 1797). Seule sa fille cadette, Madeleine Sardini, héritera de la beauté de sa mère, mais sage comme une image, elle se contenta de rendre heureux son époux le sire de Roffignac,

Descendants d’Isabeau de La Tour d’Auvergne (Isabelle de Limeuil)

Jusqu’aux petits-enfants.

Isabeau de La Tour d’Auvergne, née vers 1544, Lanquais (Dordogne), décédée le 25 mars 1609, Paris (à l’âge de peut-être 65 ans), demoiselle d’honneur de la reine Catherine de Médicis de 1560 à 1566.
Relation avec Louis Ier de Bourbon-Condé, prince de Condé (1er), marquis de Conti (1551), comte de Soissons, comte d’Enghien (1557), duc d’Enghien (vers 1566), né le 7 mai 1530, château, Vendôme (Loir-et-Cher), tué le 13 mars 1569, bataille de Jarnac (Charente) (à l’âge de 38 ans), colonel général de la cavalerie légère, puis de l’infanterie par delà les monts, l’un des principaux chefs protestants au cours des trois premières guerres de religion, dont

  • Nn, né en mai 1564, Dijon, mort jeune.

Mariée le 30 janvier 1567 avec Scipion Sardini, vicomte de Busancy, né le 24 janvier 1526, Lucques (Italie), décédé le 3 mai 1608, Paris, inhumé, Couvent des Augustins à Paris (à l’âge de 82 ans), financier français d’origine toscane, dont

Total: 10 personnes (conjoints non compris).

 

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