Marie Madeleine Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, abbesse de Fontevrault (1645-1704)

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mariemadeleinederochechouart

32ème abbesse de Fontevrault

soeur de la favorite

Marie Madeleine de Rochechouart de Mortemart, abbesse de Fontevrault (la “reine des abbesses”) portrait par Pierre Mignard

Née en 1645 à Paris
Morte à Fontevrault le 15 aout 1704

Elle était la fille de Gabriel de Rochechouart duc de Mortemart 1600-1675 et de Diane de Grandsaigne 1610-1666.

Elle avait pour frère et sœurs :

– Françoise Athénais de Rochechouart, marquise de Montespan 1640-1707.
– Louis Victor de Rochechouart, duc de Vivonne 1636-1688 .
– Gabrielle de Rochechouart marquise de Thianges 1634-1693 .
– Marie Christine de Rochechouart, religieuse à Chaillot.

mortemartGabriel de Rochechouart de Mortemart, duc de Mortemart, père de l’abbesse

Sa beauté surpassait selon les contemporains celle de sa sœur, la marquise de Montespan.

A l’age de quinze ans, en 1660, son père oblige Gabrielle de Rochechouart à entrer en religion à l’Abbaye aux Bois.

Ce même sort attendra sa plus jeune sœur, Marie Christine de Rochechouart.

Marie Madeleine de Rochechouart fait profession de foi en 1665.

mariemadeleinederochechouart5Portrait par Mignard en 1670

Sa sœur, Françoise Athénais, marquise de Montespan, et favorite toute puissante du roi Louis XIV, obtiendra pour elle la plus belle des abbayes.

Le 18 aout 1671, elle devint abbesse de l’ordre de Fontevrault. Elle est bénie au couvent des Filles Dieu par Mr Harlay de Champvallon, et est reçue abbesse en présence de la reine Marie Thérèse, de Monsieur, des princesses et de toute la cour.

 mariemadeleinederochechouart5bisPortrait par Mignard en 1670

Au mois de mars, elle part pour l’Anjou et son abbaye de Fontevrault : tout au long du chemin, les magistrats des villes traversées lui font des éloges. Elle était très férue en langues et savait le latin, l’espagnol, le grec et l’italien. Elle put même entreprendre une traduction du récit grec du “banquet” de Platon en s’aidant du latin.

Elle fut placée par Ménage dans la liste des femmes philosophes et connaissait la théologie scholastique.

dianedegrandseigneDiane de Grandseigne, mère de l’abbesse (par Dumonstier en 1627)

Elle avait fréquemment auprès d’elle l’abbé Testu, un abbé mondain amie de Mme Scarron, de Mme de Sévigné, et de Mme de Coulanges, qui cherchait désespérément à obtenir un évéché de Louis XIV qui n’y consentit jamais. Mme de Sévigné, mauvaise langue, insiste dans ses lettres sur la relation entre l’abbesse et l’abbé :

« …l’abbé Testu est parti, disant que Paris lui pèse sur les épaules, il est allé droit à Fontevrault, ce voyage parait ridicule à bien des gens et semble l’éloigner encore de l’épiscopat, vous voyez qu’il ne s’accomode pas si bien de l’absence de Mme de Fontevrault que de la votre » (lettre du 13/05/1671 à sa fille).

athenaisdemontespan2Françoise de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan, soeur de l’abbesse (par Pierre Mignard en 1672)

Lorsqu’elle séjourne à Paris, elle rend visite à son père à Clagny, et Mme de Sévigné en profite pour écrire « que l’abbé Testu la gouvernait fort… » tout en soulignant la rivalité existante entre l’abbesse et Mme de Coulanges pour l’affection du bel abbé : « ….j’admire le soin qu’à la providence de son amusement ; quand l’une s’en va à Lyon (Mme de Coulanges), il en vient une autre d’Anjou ». En septembre 1675, le peintre Mignard réalise un portrait de Marie Madeleine de Rochechouart (elle a alors 30 ans) ; ce portrait a malheureusement disparu mais Mme de Sévigné (encore elle !) relate sa visite à Mignard et en parle ainsi dans sa correspondance : « …j’ai été tantôt chez Mignard pour voir le portrait de Louvigny, mais je n’y ai pas vu Mignard. Il peignait Mme de Fontevrault que j’ai regardée par le trou de la porte, je ne l’ai pas trouvée jolie, l’abbé Testu était auprès d’elle dans un charmant badinage… ».

marie_madeleine.0.de_rochechouart_de_mortemartMarie Madeleine Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, abbesse de Fontevrault (portrait par Gautrel en 1693)

En 1693, le peintre Gautrel réalisera un autre portrait de Marie Madeleine de Rochechouart, alors agée de 48 ans.

On y distingue bien la ressemblance Mortemart avec sa sœur Françoise Athénais.

Elle continua ses visites à la cour, même après la disgrâce de sa soeur Mme de Montespan. Le roi lui avait accordé son amitié et appréciait son esprit et sa présence.

madamedemontespanetsessoeurs
Les soeurs Mortemart : de gauche à droite : Gabrielle marquise de Thianges, Marie Madeleine future abbesse de Fontevrault et Françoise future marquise de Montespan)

Le roi est aussi généreux envers l’abbesse de Fontevrault : “le roi a donné encore à Mme de Fontevrault, outre les 10 000 écus, un diamant de 3 000 louis, j’en suis bien aise” (lettre de Mme de Sévigné).

Elle fit connaissance avec Mme de Scarron, et eut avec elle une correspondance amicale.

Mme_deMaintenonMadame Scarron, Françoise d’Aubigné future marquise de Maintenon et épouse morganatique du roi Louis XIV

Cette dernière devenue Mme de Maintenon, se proclame l’amie de l’abbesse : « …Mme l’abbesse de Fontevrault doit venir dimanche ici. Elle y entendra la messe à dix heures dans la tribune du roi où il faut mettre des carreaux. Elle y dinera à mon parloir, on nous servira du dehors, et la maison n’en aura nul embarras. Je demande deux moines, qui avec les demoiselles que j’aurai suffiront pour nous servir. Que les classes soient en bon ordre, que mon appartement soit propre et paré, Mme de Fontevrault ne l’a jamais vue ». (correspondance de 1700).

Le 2 décembre 1700, Marie Madeleine de Rochechouart fait sa dernière visite à Versailles.

l’abbaye de Fontevrault vers 1680

Le 5 septembre 1703 elle représente la reine d’Angleterre au baptème de la fille ainée du duc de Bourbon agée de treize ans qui reçut les prénoms de Marie Eléonore Gabrielle, la cérémonie à lieu à l’abbaye de Fontevrault.

Elle mourut à Fontevrault le 15 aout 1704 d’une mort assez soudaine (au bout de trois jours de maladie), entourée d’ouvrages de morales, de piété et de critique.

Mme de Montespan cacha sa douleur à l’ancien hotel Créqui (lettres de la marquise d’Huxelles du 20 aout).

son caractère :

Dangeau écrit à la date du 18 aout : “le roi nous relata le soir, à son petit coucher, la mort de Mme l’abbesse de Fontevrault. Il la regrette extrèmement, c’était une fille de beaucoup de mérite, et d’esprit”..

Le Cardinal de Fleury la décrit ainsi :

« Mme de Fontevrault avait tout l’esprit imaginable. J’était charmé du tour et de la grace qu’elle donnait à ce qu’elle disait. Son esprit n’était que sentiment, sa plaisanterie gaieté, sa critique instruction badine ».

IMGP3688Avec Melle de Blois la fille illégitime du roi et de Mme de Montespan

Mme de Caylus la décrit ainsi :

…”on ne pouvait rassembler dans la même personne plus de raison, plus d’esprit et plus de savoir : son savoir fut même un effet de sa raison. Religieuse sans vocation, elle chercha un amusement convenable à son état. Mais ni les sciences, ni la lecture ne lui firent rien perdre de ce qu’elle avait de naturel”…

louisLouis Victor de Rochechouart de Mortemart, duc de Vivonne,  frère de l’abbesse

Mémoires de St Simon sur le décès de l’abbesse de Fontevrault (année 1704) :

“…La mort de l’abbesse de Fontevrault dans un âge encore assez peu avancé, arrivée dans ce temps-ci, mérite d’être remarquée: elle était fille du premier duc de Mortemart, et soeur du duc de Vivonne, de Mme de Thianges et de Mme de Montespan; elle avait encore plus de beauté que cette dernière, et ce qui n’est pas moins dire, plus d’esprit, qu’eux tous avec ce même tour, que nul autre n’a attrapé qu’eux, ou avec eux par une fréquentation continuelle, et qui se sent si promptement, et avec tant de plaisir. Avec cela très savante, même bonne théologienne, avec un esprit supérieur pour le gouvernement, une aisance et une facilité qui lui rendait comme un jeu le maniement de tout son ordre et de plusieurs grandes affaires qu’elle avait embrassées, et où il est vrai que son crédit contribua fort au succès; très régulière et très exacte, mais avec une douceur, des grâces et des manières qui la firent adorer à Fontevrault et de tout son ordre. Ses moindres lettres étaient des pièces à garder, et toutes ses conversations ordinaires, même celles d’affaires ou de discipline, étaient charmantes, et ses discours en chapitre les jours de fête, admirables.

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Marie Madeleine de Rochechouart, abbesse de Fontevrault

 Ses soeurs l’aimaient passionnément, et malgré leur impérieux naturel gâté par la faveur au comble, elles avaient pour elle une vraie déférence. Voici le contraste. Ses affaires l’amenèrent plusieurs fois et longtemps à Paris. C’était au fort des amours du roi et de Mme de Montespan. Elle fut à la cour et y fit de fréquents séjours, et souvent longs. À la vérité elle n’y voyait personne, mais elle ne bougeait de chez Mme de Montespan, entre elle et le roi Mme de Thianges et le plus intime particulier. Le roi la goûta tellement qu’il avait peine à se passer d’elle. Il aurait voulu qu’elle fût de toutes les fêtes de sa cour, alors si galante et si magnifique. Mme de Fontevrault se défendit toujours opiniâtrement des publiques, mais elle n’en put éviter de particulières. Cela faisait un personnage extrêmement singulier. Il faut dire que son père la força à prendre le voile et à faire ses veaux, qu’elle fit de nécessité vertu, et qu’elle fut toujours très bonne religieuse. Ce qui est très rare, c’est qu’elle conserva toujours une extrême décence personnelle dans ces lieux et ces parties où son habit en avait si peu. Le roi eut pour elle une estime, un goût, une amitié que l’éloignement de Mme de Montespan ni l’extrême faveur de Mme de Maintenon ne purent émousser. Il la regretta fort et se fit un triste soulagement de le témoigner. Il donna tout aussitôt cette unique abbaye à sa nièce, fille de son frère, religieuse de la maison et personne d’un grand mérite. -*-*-

sources :
– correspondance générale de Mme de Maintenon (année 1686).
– mémoires de St Simon (année 1704).
– les vestales de l’église, de Mr de Montifaud, 1877.

2 réflexions sur « Marie Madeleine Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, abbesse de Fontevrault (1645-1704) »

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